La peau du mouton sacrifié durant l’Aïd El-Adha continue d’occuper une place singulière dans les traditions familiales, mêlant héritage populaire, savoir-faire artisanal et nouvelles perspectives de valorisation économique.
Derrière ce simple élément issu du sacrifice se cache en réalité tout un pan de la mémoire collective constantinoise, transmis de génération en génération au sein des foyers.
Dans plusieurs quartiers de la ville, certaines familles demeurent attachées aux anciennes pratiques liées à la conservation et à l’utilisation des peaux de moutons.
Pour beaucoup, cette tradition dépasse largement le simple usage domestique et revêt une dimension symbolique liée à la bénédiction, à la stabilité du foyer et à la préservation des coutumes ancestrales.
Après avoir été soigneusement nettoyées, salées puis exposées au soleil pendant plusieurs jours, les peaux sont encore utilisées dans certains foyers pour la confection artisanale de matelas, d’oreillers ou de couvertures destinés notamment aux nouveau-nés.
Une pratique héritée des générations précédentes et que certaines femmes continuent de perpétuer malgré l’évolution des modes de vie modernes.
Mayssa, habitante de Constantine, explique que la peau du mouton fait partie intégrante des traditions de l’Aïd dans sa famille depuis toujours.
Selon elle, la laine naturelle demeure associée à l’idée de confort, de chaleur et de protection pour les nourrissons, une croyance encore profondément ancrée dans plusieurs foyers constantinois.
Mériem, mère de famille, rappelle pour sa part que les anciennes générations accordaient une grande importance à cette matière naturelle utilisée autrefois dans de nombreux objets du quotidien.
Elle souligne que ces pratiques artisanales constituaient un véritable savoir-faire familial transmis avec patience et minutie de mère en fille.
Dans les années passées, la peau de mouton représentait également une matière première précieuse pour les artisans de la ville.
Djamil, qui travaillait autrefois avec un artisan spécialisé dans ce domaine au vieux quartier d’Echat, se souvient d’une époque où les métiers liés à la transformation des peaux occupaient une place importante dans l’activité artisanale locale.
Selon lui, les techniques traditionnelles de traitement des peaux demandaient un travail long et méticuleux.
Après lavage et salage, la laine était nettoyée puis cardée manuellement afin d’être utilisée dans la fabrication de différents produits artisanaux destinés aux foyers constantinois.
Aujourd’hui, ces métiers tendent progressivement à disparaître sous l’effet des transformations sociales et de la généralisation des produits industriels.
Le directeur de la Chambre de l’artisanat et des métiers de Constantine estime toutefois que cette filière dispose encore d’un potentiel économique important susceptible de contribuer à la relance de certaines activités artisanales locales.
Parallèlement à cet héritage traditionnel, les autorités locales et plusieurs associations intensifient désormais les campagnes de sensibilisation destinées à encourager la collecte des peaux de moutons après l’Aïd.
L’objectif est double : préserver cette matière première de valeur tout en limitant les déchets abandonnés dans les quartiers après les sacrifices.
Entre patrimoine familial, mémoire populaire et ressource économique, la peau du mouton continue ainsi de symboliser à Constantine un lien profond entre les traditions ancestrales et les nouveaux enjeux liés à la valorisation des ressources locales.
Abed MEGHIT
