Le patrimoine musical andalou algérien a une nouvelle fois brillé de mille feux à Alger à travers un concert magistral animé par l’association culturelle El Fen El Acil.
Accueillie à l’Auditorium du Palais de la Culture Moufdi-Zakaria sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts, cette formation artistique a offert au public une immersion exceptionnelle dans l’univers raffiné du tarab andalou authentique, mêlant rigueur académique, virtuosité instrumentale et richesse patrimoniale.
Devant une assistance conquise dès les premières notes, la trentaine d’instrumentistes dirigée par le maestro Mohamed Benladjreb a transporté les spectateurs dans un voyage musical retraçant plusieurs siècles d’histoire culturelle algérienne.
Entre émotion, spiritualité et finesse mélodique, le concert a révélé toute la profondeur artistique de ce patrimoine savant transmis de génération en génération.
L’ensemble musical, composé également d’une dizaine de musiciennes, a choisi de remettre à l’honneur des pièces rares issues du répertoire connu sous le nom de « Nouba El Mefkouda » ou encore « Noubet El Djad », témoignant d’un héritage musical longtemps préservé grâce au travail de recherche et de transmission mené par les grands maîtres de la musique andalouse algérienne.
Dans leurs élégants costumes traditionnels, les artistes ont offert une prestation d’une grande qualité artistique à travers un programme riche interprété en deux parties.
Les œuvres exécutées dans le mode Zidène ont particulièrement séduit le public qui s’est laissé porter par la beauté poétique et musicale de pièces emblématiques telles que « Ya maâdan el asrar », « Mata yadjoud bil’wissal » ou encore « Ya kouma sallou âla habibi ».
Les voix harmonieuses des chanteurs Ahmed Medaouer, Yassine Tebbiche et Yacine Cherchar, associées aux tessitures cristallines de Maria Zier et Aya Chikh Baelhadj, ont profondément marqué l’assistance qui a salué chaque prestation par de longs applaudissements et des youyous nourris.
Au-delà des performances vocales, le concert a également mis en lumière la remarquable maîtrise instrumentale des membres de l’association.
Les interprétations raffinées des istikhbars exécutés par Nassim Tamazouzt au piano, Nabil Bouguerra et Sofiane Zeroual aux violons, ainsi que Yousri Khelifi, Mohamed Kisserli et Redouane Ferhad aux ouds, ont donné une dimension majestueuse au spectacle.
Le public a également découvert des pièces interprétées dans les genres Aroubi et Raml El Maya, venant enrichir davantage cette soirée dédiée à l’excellence du patrimoine musical algérien.
L’atmosphère chaleureuse et la qualité des exécutions ont transformé ce récital en une véritable célébration de la mémoire artistique nationale.
Fondée en 1998, l’association El Fen El Acil œuvre activement à la sauvegarde, à la transmission et à la valorisation du patrimoine musical andalou.
Héritière du travail colossal du regretté maître Brahim Benladjreb, disparu en 2016, l’association poursuit aujourd’hui une mission essentielle de préservation culturelle à travers la récupération et la transcription de nombreux mouachahât et azjal appartenant au patrimoine musical algérien.
Les recherches menées durant plusieurs années par le défunt maître ont donné naissance à un précieux travail de documentation consacré au genre « El Djad », considéré comme un prolongement naturel de la nouba classique tout en accordant une place importante aux textes inspirés du madih spirituel.
Le futur ouvrage posthume de Brahim Benladjreb, consacré aux azjal et mouachahât dans les genres El Djad et R’Haoui, suscite déjà un grand intérêt parmi les spécialistes et passionnés de musique andalouse.
Récompensée à plusieurs reprises lors de festivals nationaux consacrés au Hawzi, à la Nouba andalouse et à la musique Sanâa, l’association El Fen El Acil confirme, à travers ce concert, son statut de référence incontournable dans la préservation et la transmission de l’un des plus précieux héritages culturels algériens.
Par Abed Meghit
