Des enquêteurs indépendants de l’ONU ont exprimé, vendredi, leur profonde inquiétude concernant les informations selon lesquelles des corps auraient été découverts dans l’Etat de Jonglei lors de récents travaux routiers, mettant en lumière » le coût humain caché de la recrudescence de la violence » au Soudan du Sud.
La Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme au Soudan du Sud a averti que le véritable bilan humain de la recrudescence de la violence dans le pays pourrait être bien plus lourd qu’on ne le pense.
« Ces informations sont profondément troublantes.
La découverte de restes humains dans une zone touchée par le conflit est toujours un sujet de grave préoccupation », a déclaré Yasmin Sooka, présidente de la Commission.
Ces informations font surface alors que le conflit a repris dans le pays, notamment avec des combats intenses autour d’Akobo ces derniers jours, où le contrôle du territoire aurait basculé entre les Forces de défense populaires du Soudan du Sud (SSPDF) et des éléments du Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition (APLS-IO).
La Commission a averti que la reprise des hostilités traduisait un effondrement plus général de l’accord de paix et un retour à des schémas de violence qui, historiquement, ont conduit à des atrocités de masse.
« La possibilité que des victimes soient enterrées dans des sites non signalés met en lumière une réalité encore plus troublante : celle où l’ampleur réelle des souffrances est dissimulée », a ajouté Mme Sooka.
La Commission a également souligné que la découverte de fosses communes liées au conflit suscitait de graves préoccupations au regard du droit international humanitaire et des droits de l’homme, et nécessitait l’ouverture d’une enquête rapide, indépendante et impartiale.
Elle a insisté, à ce titre, sur le droit des familles à connaître le sort de leurs proches et à voir leur dignité respectée.
« Tous les efforts doivent être déployés pour veiller à ce que les dépouilles soient identifiées dans la mesure du possible et à ce que les enquêtes soient menées de manière transparente et conformément au droit international », a-t-elle plaidé.
La Commission a souligné que ces sites devaient être sécurisés et préservés en vue d’une enquête indépendante, impartiale et professionnelle, comprenant des examens médico-légaux appropriés, conformément aux normes internationales.
L’ONU alerte contre le risque d' »effondrement » du Soudan du Sud
Le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, a mis en garde vendredi contre un glissement du Soudan du Sud vers la « famine généralisée » et « l’effondrement », au moment où les combats s’intensifient et que la mission de maintien de la paix onusienne dans le pays (Minuss) se réduit.
« En visitant le Soudan du Sud il y a quelques semaines, j’ai entendu encore et encore le sentiment de désespoir et d’abandon » de la population, a déclaré M. Fletcher devant le Conseil de sécurité. « Et avec raison. Le pays le plus jeune du monde est à un tournant dangereux. Conflit plus intense, déplacements en hausse, faim en hausse, maladies en hausse, attaques contre les travailleurs humanitaires en hausse. Financements en baisse », a-t-il décrit. Il a ainsi appelé le Conseil à prendre des mesures immédiates pour « empêcher le Soudan du Sud de glisser vers la famine généralisée et l’effondrement ».
Ce pays né en 2011 de la partition du Soudan est le théâtre depuis son indépendance d’une série de conflits meurtriers. Il connaît ces dernières semaines une recrudescence des combats entre forces gouvernementales loyales au président Salva Kiir et milices d’opposition fidèles à Riek Machar, le vice-président suspendu de ses fonctions et assigné à résidence depuis un an. Et les « civils continuent à payer le prix » de l’intensification des combats, a dénoncé la nouvelle cheffe de la Minuss Anita Kiki Gbeho.
Mais en parallèle, la Minuss a dû réduire ces derniers mois de « 25 à 30% ses capacités opérationnelles », a-t-elle noté. Résultat d’une crise budgétaire qui touche toutes les missions onusiennes. Alors que le Conseil de sécurité doit se prononcer d’ici la fin du mois sur le renouvellement du mandat de la Minuss, « il est important de reconnaître le dilemme auquel nous faisons face: l’ampleur et l’urgence des besoins sur le terrain ne correspondent pas encore à l’engagement durable et aux investissements nécessaires pour répondre à l’ambition d’un chemin durable vers la paix », a-t-elle averti.
