Les peaux de moutons de l’Aid continuent d’occuper une place particulière dans de nombreux foyers constantinois, entre traditions familiales profondément ancrées et nouvelles orientations économiques liées à sa valorisation.
Dans plusieurs quartiers de la ville, des femmes tiennent encore à préserver cette pratique héritée des anciennes générations.
Selon Mayssa, la peau du mouton fait partie des traditions de l’Aïd El Adha depuis toujours, « elle symbolise la bénédiction et la pérennité du foyer ».
Après nettoyage et séchage, certaines familles la conservent pour différents usages domestiques, notamment la confection d’oreillers et de matelas artisanaux destinés aux nouveau-nés, une coutume encore présente dans plusieurs foyers constantinois.
« Nos mères faisaient déjà cela, car on estime que la laine naturelle apporte chaleur et confort au bébé », confie Bouba, mère de famille.
Autrefois très convoitée à Constantine, la peau de mouton représentait une véritable matière précieuse dans les foyers et chez les artisans, a souligné, Djamil qui travaillait dans les années 1990 avec un artisan spécialisé en la matière au vieux quartier Echat au centre-ville.
Selon lui, des artisans faisaient des merveilles à base de peau de mouton, mais des femmes maîtrisaient également les techniques traditionnelles de préparation : la peau était soigneusement lavée, salée puis exposée au soleil pendant plusieurs jours avant d’être travaillée.
La laine était ensuite nettoyée et cardée à la main afin de garnir coussins, oreillers ou couvertures artisanales.
Ce savoir-faire domestique, transmis de génération en génération, faisait partie intégrante du patrimoine populaire local, a-t-on rappelé.
Cependant, ces pratiques tendent progressivement à disparaître avec l’évolution des modes de vie et la généralisation des produits industriels.
Le directeur de la Chambre de l’artisanat et des métiers (CAM) de Constantine, Abdelghani Sifer, a indiqué, dans ce contexte, que le métier lié à la transformation et à l’exploitation des peaux n’est aujourd’hui pas réellement investi dans la wilaya, malgré le potentiel important que représente cette matière première.
Selon lui, cette filière pourrait pourtant créer une dynamique économique et artisanale locale si elle bénéficiait davantage d’intérêt.
Parallèlement à cet aspect traditionnel, les autorités locales et plusieurs associations multiplient les campagnes de sensibilisation autour de la collecte des peaux de moutons après l’Aïd.
Des opérations de communication sont organisées depuis plusieurs jours et des appels lancés afin d’encourager les citoyens à préserver les peaux dans de bonnes conditions et à les déposer dans les points de collecte prévus à cet effet.
Ces opérations visent à soutenir les filières de transformation du cuir, à limiter le gaspillage de cette matière première précieuse et à réduire les déchets abandonnés dans les quartiers après les sacrifices.
Entre symbole familial, héritage populaire et ressource économique, la peau de mouton conserve ainsi une place singulière dans les traditions de la ville de Constantine.
