La ville de Sétif a vécu, samedi, un moment hautement symbolique marqué par l’arrivée d’une importante délégation composée de jeunes issus de la communauté nationale établie à l’étranger, dans le cadre de la quatrième édition de la « Caravane de la mémoire nationale ». Cette initiative, portée par le ministère de la Jeunesse, s’inscrit dans une démarche de transmission historique et de consolidation du lien entre les nouvelles générations de la diaspora et leur patrie d’origine, à travers un parcours mémoriel au cœur des hauts lieux de l’histoire nationale.
Composée de 54 jeunes venus de plusieurs pays, principalement d’Europe, la délégation a été accueillie dans une atmosphère empreinte d’émotion et de recueillement dans une wilaya dont le nom demeure intimement lié aux massacres du 8 mai 1945, l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire contemporaine de l’Algérie. La visite de Sétif constitue ainsi une étape majeure dans ce voyage de mémoire qui a déjà conduit les participants à Alger, Béjaïa, Guelma et Constantine avant de poursuivre vers Tlemcen puis Oran. Dès leur arrivée, les membres de la délégation se sont rendus devant la stèle commémorative du chahid Saal Bouzid, considéré comme le premier martyr des massacres du 8 mai 1945. Dans un silence chargé d’émotion, une gerbe de fleurs a été déposée en hommage aux milliers d’Algériens tombés sous la répression coloniale. Ce moment de recueillement a profondément marqué les jeunes participants qui ont découvert, sur les lieux mêmes de la tragédie, l’ampleur des sacrifices consentis pour l’indépendance nationale. Le représentant du ministère de la Jeunesse, Hamza Khelif, a souligné que cette caravane mémorielle coïncide avec la commémoration du 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945 et vise avant tout à renforcer l’attachement des enfants de la diaspora à leur identité nationale. Selon lui, cette initiative permet aux jeunes Algériens établis à l’étranger de mieux comprendre l’histoire de leur pays et de devenir, une fois de retour dans leurs pays de résidence, de véritables ambassadeurs de la mémoire nationale. La visite a également été marquée par plusieurs rencontres riches en échanges et en témoignages. Au musée du Moudjahid, les participants ont assisté à des interventions retraçant les événements sanglants du 8 mai 1945 et les différentes étapes de la lutte de libération nationale. Le moudjahid Liamine Djemaoui, présent aux côtés du journaliste Kamel Benaïche, a livré un témoignage poignant sur les souffrances du peuple algérien durant la période coloniale, rappelant que la préservation de la mémoire demeure un devoir collectif envers les générations futures. Parmi les jeunes présents, nombreux sont ceux qui ont exprimé leur profonde émotion face aux sites historiques visités. Dalil Hitache, membre de la délégation résidant à Paris, a affirmé que le fait de se recueillir à l’endroit où est tombé le premier martyr des massacres du 8 mai 1945 représente un moment inoubliable. Il a expliqué que cette expérience lui a permis de mesurer concrètement la grandeur des sacrifices consentis par les Algériens pour arracher leur liberté et préserver leur dignité. Les participants ont également visité le musée public national d’archéologie où ils ont découvert une partie du riche patrimoine civilisationnel de l’Algérie. Cette immersion historique et culturelle vise à offrir une image complète de l’identité algérienne, façonnée à travers les siècles par les résistances, les luttes et les grandes civilisations qui ont marqué le territoire national. La caravane poursuivra son programme par une visite du camp de torture de Ksar El Abtal, anciennement appelé Ksar Ettir, lieu tristement connu pour les sévices infligés aux combattants de la Révolution. Les jeunes y rencontreront des moudjahidine ayant subi les atrocités de ce centre de détention, dans une volonté de transmettre une mémoire vivante loin des récits abstraits et des livres d’histoire. À travers cette initiative, l’Algérie réaffirme sa volonté de préserver son héritage mémoriel et de renforcer les liens avec sa communauté à l’étranger, convaincue que la transmission de l’histoire demeure l’un des piliers fondamentaux de l’unité nationale et de la fidélité aux valeurs de Novembre.
Abed MEGHIT
