La Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) travaille sur un projet de dispositif d’assurance contre les calamités agricoles (DACA) visant à instaurer un système anticipatif de gestion des risques climatiques, en remplacement progressif des mécanismes classiques d’indemnisation après sinistre, a indiqué jeudi à Alger son PDG, Chérif Benhabiles.
Intervenant à l’ouverture d’une journée scientifique consacrée à l’assurance paramétrique en Algérie, M. Benhabiles a expliqué que ce dispositif, actuellement à l’étude, a pour objectif de « prévenir, mesurer et amortir » les effets des catastrophes climatiques sur le secteur agricole.
Selon lui, ce projet intervient dans un contexte marqué par l’intensification des aléas climatiques et leurs répercussions croissantes sur la production agricole et la sécurité alimentaire.
Le responsable a souligné que le DACA constitue « une alternative » au système actuel, fondé principalement sur des interventions publiques après catastrophe.
« Le nouveau mécanisme devrait permettre une meilleure visibilité budgétaire pour l’Etat grâce à une évaluation anticipée des besoins liés aux risques agricoles », a-t-il précisé, ajoutant que le dispositif repose sur la prévention, la mutualisation des risques et la responsabilisation des agriculteurs.
Il vise également à rationaliser les dépenses publiques en privilégiant le soutien aux primes d’assurance plutôt que les indemnisations d’urgence, a-t-il ajouté.
M. Benhabiles a, en outre, insisté sur la nécessité d’intégrer les statistiques, les mathématiques appliquées et l’analyse des données climatiques dans la conception de solutions assurantielles adaptées aux spécificités du secteur agricole.
De son côté, le directeur des risques agricoles à la CNMA, Djamel Amari, a estimé que les évolutions climatiques, notamment le stress hydrique, imposent le développement de nouveaux instruments assurantiels dédiés à l’agriculture.
Il a rappelé que le système d’indemnisation des catastrophes naturelles (CATNAT), instauré après les inondations de Bab El Oued puis renforcé en 2023, ne couvre pas les pertes agricoles liées à la sécheresse, qualifiée de « risque difficilement assurable dans les dispositifs classiques ».
Selon lui, le projet DACA, actuellement examiné par les ministères des Finances et de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, devrait permettre de couvrir plusieurs risques climatiques, notamment la sécheresse, à travers une approche fondée sur l’assurance paramétrique.
« Ce modèle, ciblant en particulier les cultures stratégiques comme les céréales, s’appuie sur des données issues de satellites, de drones et de systèmes d’intelligence artificielle afin de permettre une évaluation rapide des dommages et de réduire les délais d’indemnisation », a-t-il expliqué.
Abordant le thème de l’assurance paramétrique, le chercheur à l’Ecole nationale supérieure de mathématiques, Kacef Mohamed Amine, a indiqué que ce mécanisme repose sur des indices climatiques déclenchant automatiquement les indemnisations en cas de catastrophe agricole.
« Ce système permettrait des indemnisations plus rapides et moins coûteuses pour les agriculteurs », a-t-il affirmé, précisant que des études pilotes menées sur des filières stratégiques, notamment les céréales, ont suscité l’intérêt des agriculteurs, en attendant une phase d’expérimentation sur le terrain.
Par ailleurs, la CNMA détient actuellement plus de 65 % du marché des assurances agricoles, selon le bilan présenté lors de cette rencontre par le directeur de l’actuariat, Farouk Imoudèche.
Le même responsable a fait état d’un chiffre d’affaires dépassant 15 milliards de dinars en 2025, en hausse de 21% sur cinq ans, grâce notamment à un réseau de 580 bureaux locaux couvrant l’ensemble du territoire national.
Le nombre de sinistres indemnisés durant la même période a atteint 210.632 sur un total de 228.670 déclarations, selon la même source.
