Après trois ans de conflit au Soudan : L’ONU alerte sur la « crise abandonnée »

dknews
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La responsable onusienne au Soudan, Denise Brown, a exprimé sa colère, lundi, à quelques jours du troisième anniversaire de la « crise abandonnée » du Soudan, avec la poursuite du conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR).

« On est vraiment en boucle au Soudan. Répétition des violences sexuelles, répétition des déplacements, répétition des morts.
On a l’impression d’être coincé dans une boucle, tout se répète », a dénoncé Mme Brown lors d’un point presse par vidéo.
« Alors que l’ONU parle ouvertement de ces atrocités, de leur répétition, la question est: pourquoi le monde n’est pas assez révolté pour faire quelque chose? Que doit-il se passer de plus pour que tout le monde se réveille et y prête attention? », a-t-elle lancé. A titre d’exemple, elle a rappelé le sort des habitants d’El-Fasher, grande ville du Darfour prise par les FSR fin octobre.
L’ONU a estimé à au moins 6.000 le nombre de morts dans les trois premiers jours de cet assaut. Mais « nous ne savons toujours pas combien il y a eu de morts, de disparus, de personnes arrêtées », a noté la responsable onusienne, alertant maintenant sur la situation de la ville de Dilling, dans le Kordofan-Sud, soumise à des « attaques quotidiennes » et où les convois de l’ONU ne peuvent plus entrer.
Depuis avril 2023, le conflit a provoqué le déplacement de plus de 12 millions de personnes, dont plus de 9 millions restent aujourd’hui à l’intérieur du pays. Au total, environ 33,7 millions de personnes ont besoin d’assistance, un niveau sans précédent, avec des besoins urgents en nourriture, eau, soins et abris.
« Il s’agit de l’urgence la plus grande et la plus complexe. Il faut se concentrer sur les moyens de trouver une solution », et en attendant, « financer le minimum vital » dont la population a besoin, a plaidé Denise Brown.
Mais l’appel humanitaire de 2,9 milliards de dollars lancé par l’ONU pour le Soudan pour 2026, déjà largement resserré dans un contexte de réduction générale de l’aide internationale, n’est pour l’instant financé qu’à 16%, a-t-elle déploré, appelant à ne pas appeler cette guerre une « crise oubliée », mais une « crise abandonnée ».

Cinq ONG alertent sur la grave situation humanitaire

Cinq organisations non gouvernementales (ONG) ont alerté sur la grave situation humanitaire prévalant au Soudan, appelant à une réaction internationale « urgente ».
Dans un rapport publié lundi soir, Action contre la Faim, CARE International, le Comité international de secours (IRC), Mercy Corps et le Conseil norvégien pour les réfugiés ont noté que « le conflit au Soudan plonge des millions de personnes dans des conditions proches de la famine, forçant certaines communautés à risquer leur vie pour accéder à la nourriture ».
« Trois années de conflit et de violations du droit international humanitaire ont transformé l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, des exploitations agricoles aux marchés puis aux foyers, en un parcours dangereux et souvent mortel », ont-elles souligné.
Le rapport a relevé que « des millions de personnes vivant dans les zones les plus touchées, notamment dans certaines parties du Nord-Darfour et du Sud-Kordofan, survivent avec un seul repas par jour, voire moins. Certaines familles sont contraintes de sauter des repas, de réduire drastiquement leurs portions ou de consommer des feuilles et de la nourriture destinée aux animaux ». Les organisations indiquent, dans ce contexte, que « des exploitations agricoles ont été détruites, des agriculteurs tués et des marchés perturbés par des violences, des fermetures et des pratiques fiscales abusives ».
Face à cette situation, les organisations appellent la communauté internationale à « des mesures urgentes pour protéger le système alimentaire, garantir la libre circulation des personnes et soutenir les marchés locaux », avertissent que « sans intervention rapide et durable, la crise alimentaire au Soudan continuera de s’intensifier, avec des conséquences dévastatrices pour des millions de personnes ».

Près de 700 civils tués dans des frappes des FSR depuis janvier (ONU)

Près de 700 civils ont été tués par des frappes de drones des Forces de soutien rapide (FSR) depuis janvier au Soudan, a rapporté mardi le secrétaire général adjoint de l’ONU aux Affaires humanitaires, Tom Fletcher, au moment où le conflit entre dans sa quatrième année.
« Au cours des trois premiers mois de cette année, près de 700 civils auraient été tués lors de frappes de drones tirés par des FSR », a déclaré M. Fletcher dans un communiqué, estimant que le « sombre anniversaire » du conflit qui a éclaté en avril 2023 « marque une année de plus où la communauté internationale a failli à sa mission face à la crise soudanaise ».
Le conflit opposant l’armée soudanaise aux FSR a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé plus de 11 millions de personnes et plongé plusieurs régions dans la faim et la famine.
« Près de 34 millions de personnes – soit près des deux tiers de la population – ont besoin d’aide humanitaire : il s’agit de la plus grave crise humanitaire au monde », a insisté M. Fletcher.
D’après l’ONU, plus de 21 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë et les deux tiers de la population ont un besoin urgent d’assistance, alors que les combats s’intensifient au Kordofan (centre) et dans l’Etat du Nil Bleu (sud-est).
« Les femmes et les filles sont victimes de violences sexuelles systémiques et brutales (…) Des millions de personnes ont été chassées de leurs foyers à travers le Soudan et au-delà de ses frontières », a ajouté M. Fletcher.
Le chef des opérations humanitaires a rappelé que l’objectif cette année était de venir en aide à 20 millions de personnes au Soudan. « Mais la réponse humanitaire est cruellement sous-financée. Il est urgent d’agir : mettre fin aux violences, protéger les civils, garantir l’accès aux communautés les plus menacées et financer la riposte », a-t-il exhorté, alors que des donateurs doivent se réunir à Berlin mercredi pour une conférence internationale visant à relancer des pourparlers et permettre de répondre à la crise humanitaire.

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