Larbi Lakhal à la tête du Festival international du film arabe d’Oran : Le parcours d’un bâtisseur d’images au service de la mémoire et du cinéma

dknews
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La nomination de Larbi Lakhal en qualité de commissaire du Festival international du film arabe d’Oran consacre une trajectoire exceptionnelle, façonnée par des décennies d’engagement dans le paysage audiovisuel algérien.

À la croisée des chemins entre création artistique, transmission mémorielle et travail journalistique, ce professionnel aguerri incarne une vision exigeante et profondément enracinée du cinéma.

Cette désignation apparaît ainsi comme une reconnaissance méritée d’un parcours riche, progressif et résolument tourné vers la valorisation de l’identité culturelle nationale.

Dès ses débuts, Larbi Lakhal s’illustre dans le domaine du montage, véritable école de rigueur et de précision.

Cette étape fondatrice lui permet de collaborer avec plusieurs figures marquantes du cinéma algérien, affinant son regard et développant une maîtrise technique essentielle dans la construction narrative et visuelle.

Le montage devient pour lui bien plus qu’un simple outil : un langage, une écriture à part entière, qui nourrit par la suite son approche de la mise en scène.

Fort de cette première expérience, il s’oriente vers l’assistanat à la réalisation, où il participe activement à la production de nombreuses œuvres audiovisuelles.

Téléfilms, séries et documentaires jalonnent cette période féconde, à l’image de « Ramdhan », « L’Innocent » ou encore « Miroir brisé ».

Il contribue également à des productions d’envergure telles que « Moi et elle », « L’Arrivée » et « Amine », qui témoignent de sa capacité à évoluer dans des univers narratifs variés.

Cette immersion dans les coulisses de la réalisation lui permet d’acquérir une compréhension globale du processus de création, tout en consolidant son sens du détail et de la coordination artistique.

Parallèlement à ses activités dans le cinéma et la télévision, Larbi Lakhal développe un intérêt marqué pour le journalisme et la radio.

À travers l’émission « Clap », diffusée sur les ondes de Radio Saoura, il partage sa passion pour le septième art avec un large public, contribuant à la démocratisation de la culture cinématographique.

Son expérience en tant que correspondant pour le quotidien « El Watan » à Béchar renforce son ancrage dans le terrain et son aptitude à décrypter les réalités sociales.

Engagé dans la structuration du métier, il participe également à la fondation du Syndicat national des journalistes et préside l’Association des correspondants de la presse écrite du Sud-Ouest algérien, illustrant son attachement aux valeurs de la profession.

Mais c’est véritablement dans la réalisation que son talent s’exprime pleinement.

À la tête d’une filmographie dense, Larbi Lakhal signe plus de trente-cinq œuvres, oscillant entre documentaire, fiction et docu-fiction.

Ses premiers travaux, tels que « Les talents du Sud-Ouest » ou « Portrait d’un artiste », posent les jalons d’une démarche centrée sur la valorisation des expressions culturelles locales.

Très vite, il s’intéresse aux patrimoines immatériels, aux traditions et aux figures artistiques, comme en témoignent « Chants et étendards », « L’Architecture de Timimoun » ou encore « Les figures de l’humour dans le Sud-Ouest ».

Au fil des années, son œuvre prend une dimension historique et mémorielle de plus en plus affirmée.

Il s’attache à documenter les grandes étapes de l’histoire nationale, en mettant en lumière les luttes, les résistances et les figures emblématiques de la guerre de libération.

Des films tels que « Les jeunes et la guerre de libération », « La résistance des tribus du Sud-Ouest » ou « Zone huit : ses hommes, son histoire » s’inscrivent dans cette volonté de transmission.

À travers ces réalisations, il interroge la mémoire collective et contribue à préserver un patrimoine souvent menacé par l’oubli.

Son engagement ne se limite pas à la reconstitution du passé.

Il explore également les mutations économiques et sociales de l’Algérie contemporaine, abordant des thématiques liées aux ressources naturelles, à l’urbanisme ou encore à l’environnement.

« Histoire des mines algériennes », « Le pétrole de l’indépendance à nos jours » ou « Le criquet pèlerin » illustrent cette diversité thématique, témoignant d’une curiosité intellectuelle et d’un sens aigu de l’observation.

Larbi Lakhal accorde par ailleurs une attention particulière aux dimensions culturelles et spirituelles de la société algérienne.

Ses films consacrés à des figures telles que Cheikh Mohamed Ben Abdelkrim El Maghili ou à des pratiques artistiques comme la danse Essaf traduisent un profond respect pour les héritages symboliques et les expressions identitaires.

Cette sensibilité se retrouve également dans des œuvres plus récentes, à l’image de « El Bayadh, voyage dans la mémoire » ou « La force de la zaouïa Errahmania », où se mêlent histoire, spiritualité et narration cinématographique.

La reconnaissance de son travail ne tarde pas à franchir les frontières nationales.

En 2008, il est récompensé par la médaille d’or au Festival de la production télévisuelle des pays du Golfe, à Bahreïn, pour son documentaire consacré à l’épopée des tribus du Sud-Ouest.

La même année, il décroche l’Écran d’or du meilleur documentaire, confirmant la portée de son œuvre.

En 2011, son film sur Cheikh El Maghili lui vaut le premier prix lors de la manifestation « Tlemcen, capitale de la culture islamique », consacrant une fois de plus son approche alliant rigueur historique et sensibilité artistique.

Son expertise est également sollicitée dans le cadre de jurys internationaux.

Il participe notamment au Festival de la production audiovisuelle du Golfe au Koweït, au Festival du cinéma des peuples au Maroc, ainsi qu’au Festival arabe de la radio et de la télévision à Tunis.

Sa présence à la 67e édition du Festival de Cannes témoigne de son ouverture sur les grandes scènes cinématographiques mondiales et de son intégration dans les réseaux professionnels internationaux.

Aujourd’hui, à travers sa nomination à la tête du Festival international du film arabe d’Oran, Larbi Lakhal se voit confier une mission stratégique : insuffler une nouvelle dynamique à cet événement majeur du calendrier culturel.

Fort de son expérience et de sa connaissance approfondie du terrain, il est appelé à renforcer la visibilité du festival, à promouvoir les talents émergents et à consolider les passerelles entre les cinémas arabes et internationaux.

Ce choix apparaît d’autant plus pertinent que son parcours incarne une synthèse rare entre technique, créativité et engagement.

En plaçant la mémoire, la culture et l’identité au cœur de son travail, Larbi Lakhal s’impose comme une figure incontournable du cinéma algérien contemporain.

Sa nomination ouvre ainsi la voie à une nouvelle ère pour le Festival d’Oran, appelée à rayonner davantage sur les scènes régionale et internationale, tout en restant fidèle à ses racines et à sa vocation première : célébrer le cinéma comme vecteur de dialogue, de mémoire et d’avenir.

Abed MEGHIT

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