À l’occasion de la Journée internationale des Technologies de l’Information et de la Communication (ICT Day), l’Algérie apparaît plus que jamais engagée dans une transformation numérique profonde et structurante.
Le pays connaît aujourd’hui une dynamique inédite portée par la modernisation accélérée de ses infrastructures, l’émergence d’un écosystème entrepreneurial innovant et une volonté politique affirmée de bâtir une économie fondée sur la connaissance et les technologies.
L’année 2026 s’impose ainsi comme un jalon décisif dans la construction de la société numérique algérienne.
Les derniers indicateurs publiés par la plateforme internationale d’analyse numérique DataReportal confirment cette évolution spectaculaire.
L’Algérie compte désormais près de 37,8 millions d’internautes, soit un taux de pénétration atteignant 79,5 % de la population. Cette progression de près de 5 % en seulement une année traduit une adoption massive des usages numériques par les citoyens, que ce soit pour la communication, l’information, le commerce en ligne ou les services administratifs. Cette croissance rapide repose avant tout sur un renforcement significatif des infrastructures télécoms nationales. Les autorités ont engagé d’importants investissements afin d’améliorer la qualité et la fiabilité de la connexion à Internet.
L’extension des câbles sous-marins reliant l’Algérie aux réseaux internationaux a permis d’augmenter considérablement la capacité de bande passante, qui atteint désormais 7,8 térabits par seconde, avec un potentiel d’extension dépassant les 32 Tbps. Cette évolution contribue à désengorger les flux de données et à améliorer la fluidité de l’accès au réseau mondial. Sur le plan national, le réseau de transport en fibre optique dépasse désormais les 200.000 kilomètres, constituant l’un des maillages technologiques les plus étendus de la région.
Cette infrastructure constitue la colonne vertébrale du déploiement du très haut débit fixe, notamment à travers le programme FTTH (Fiber To The Home), qui vise à connecter directement les foyers à la fibre optique et à offrir une qualité de connexion nettement supérieure. Les effets de ces investissements sont déjà perceptibles dans la vie quotidienne des utilisateurs. Selon les données du cabinet international Ookla, la vitesse médiane de téléchargement sur les connexions fixes a connu une progression spectaculaire de 165 % en un an, atteignant 37,86 Mbps. Les connexions mobiles suivent la même tendance avec une augmentation de 65,5 %, pour atteindre une vitesse médiane de 41,21 Mbps. Ces performances placent désormais l’Algérie parmi les pays enregistrant les progressions les plus rapides dans le domaine de la connectivité numérique, comme l’a également souligné l’Union Internationale des Télécommunications. Cependant, malgré ces avancées notables, certains défis demeurent.
La couverture mobile 4G dépasse aujourd’hui les 80 % du territoire national tandis que la 3G atteint près de 98 %.
Néanmoins, les zones rurales et sahariennes, où vivent près d’un quart de la population, nécessitent encore des efforts supplémentaires afin de réduire les disparités territoriales en matière d’accès au numérique.
Parallèlement à l’amélioration des infrastructures, une véritable révolution entrepreneuriale est en train de s’opérer dans l’économie algérienne. L’écosystème des start-up, autrefois embryonnaire, connaît aujourd’hui une croissance remarquable et commence à attirer l’attention des investisseurs internationaux.
Des entreprises innovantes se distinguent dans plusieurs domaines technologiques, notamment la mobilité, les solutions financières numériques, la gestion d’entreprise ou encore la legaltech. Des start-up telles que TemTem dans le secteur du transport numérique, Fatoura by Brainiac dans les solutions de facturation et de gestion SaaS, ou encore UbexPay dans la fintech illustrent parfaitement cette nouvelle génération d’entrepreneurs technologiques.
Grâce à ces initiatives, l’Algérie s’impose progressivement comme l’un des principaux pôles d’innovation en Afrique du Nord. Ce dynamisme entrepreneurial est largement soutenu par les politiques publiques mises en place ces dernières années. La création de l’agence Algeria Venture a constitué une étape importante dans la structuration de l’écosystème start-up.
Cette structure agit comme un véritable catalyseur d’innovation en facilitant l’accès au financement, en accompagnant les incubateurs et en favorisant la collaboration entre entrepreneurs, investisseurs et institutions publiques. Le label « startup », délivré par les autorités, est devenu un véritable levier de croissance pour les jeunes entreprises technologiques. Il offre des avantages fiscaux significatifs, une meilleure visibilité auprès des investisseurs et un accès facilité aux programmes d’accompagnement. Grâce à ces mécanismes, de nombreuses start-up algériennes parviennent désormais à envisager leur expansion au-delà du marché national.
Au-delà de la promotion de l’innovation entrepreneuriale, les pouvoirs publics ont également engagé une stratégie ambitieuse visant à renforcer la souveraineté numérique du pays.
Plusieurs lois structurantes ont été adoptées pour encadrer l’économie numérique, notamment celles relatives au commerce électronique, à la protection des données personnelles et à la signature électronique.
Ces textes juridiques contribuent à instaurer un climat de confiance indispensable au développement des transactions numériques et des services dématérialisés.
Dans cette perspective, la réalisation de la dorsale transsaharienne en fibre optique constitue un projet géostratégique majeur. Cette infrastructure relie Alger à la frontière nigérienne et ouvre une nouvelle voie de connectivité pour les pays africains enclavés, leur permettant d’accéder aux réseaux européens via les câbles sous-marins algériens. Ce projet renforce la position de l’Algérie en tant que futur carrefour numérique entre l’Europe et l’Afrique. L’actualité récente de mars 2026 illustre également la volonté de l’État de renforcer sa capacité industrielle dans le domaine des technologies de l’information.
La création de nouveaux établissements publics spécialisés dans la production d’équipements TIC et de fibres optiques marque une étape importante dans la stratégie de maîtrise de la chaîne de valeur technologique.
L’Algérie numérique progresse donc à grands pas, portée par une vision stratégique combinant développement des infrastructures, soutien à l’innovation et affirmation de la souveraineté technologique.
Si les progrès sont indéniables, le véritable défi des années à venir consistera à transformer cette dynamique en moteur durable de création d’emplois, de diversification économique et d’inclusion numérique pour l’ensemble des citoyens.
Par Abed Meghit
