Le 18e Festival national du théâtre professionnel (FNTP), qui se déroule à Alger sous le slogan « Le théâtre réduit les distances », a offert jeudi soir une représentation mémorable avec la pièce « Carnaval romain » du Théâtre régional de Constantine.
Présentée sur la scène du Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi (TNA), cette tragi-comédie aux contours burlesques et noirs a immédiatement captivé le public par sa profondeur humaine et son originalité scénique.
Écrite et mise en scène par Mouni Boualem, sur un texte adapté de l’œuvre du dramaturge hongrois Miklos Hubay (1918-2011), la pièce explore avec finesse et humour la tragédie silencieuse d’une artiste de théâtre vieillissante, Margit, campée par Raja Houari.
Ancienne gloire des planches, Margit se retrouve confinée dans une chambre au cœur même d’un théâtre, seule avec ses souvenirs, ses blessures et ses regrets, accompagnée uniquement de son petit chat, confident fidèle de ses émotions et de ses frustrations.
La force de « Carnaval romain » réside dans sa capacité à mêler tragédie, humour noir et comédie burlesque, offrant des situations rocambolesques qui dévoilent les coulisses de la carrière théâtrale et les sacrifices liés à la passion artistique.
Aux côtés de Raja Houari, une équipe talentueuse assure un jeu énergique et subtil : Chaker Boulemdaïs (directeur du théâtre), Zaki Ouafek (Zinou le gardien), Abderraouf Boufennaz (Batoury, scénariste italien), Rayane Hamaïdi (Adriana), Islem Haderbach (danseur), Farid Zouaoui (Othello) et Racha Saadallah (Démona) composent un ensemble scénique harmonieux et vivant.
La scénographie, imaginée par Chahinez Neghouache, se distingue par sa polyvalence et sa créativité : chaque élément fonctionnel devient un outil au service de l’action, modulant les espaces selon les besoins de la narration.
L’éclairage, parfois feutré, parfois éclatant, et la musique, dirigée par Abdelkader Soufi, contribuent à renforcer l’atmosphère, offrant au spectateur une immersion totale dans l’univers de la pièce.
Sortie en mai 2025, « Carnaval romain » a déjà été salué pour son audace, son intelligence et sa capacité à émouvoir, obtenant plusieurs récompenses, notamment lors des Journées Théâtrales de Carthage.
Le public algérois a applaudi avec enthousiasme, louant tant la performance des comédiens que la qualité de la mise en scène et de l’ensemble de la production.
Dédiée au comédien, dramaturge et metteur en scène Abdellah Hamlaoui, cette 18e édition du FNTP se poursuit jusqu’au 1er janvier 2026, avec 18 pièces en compétition et 8 spectacles en off, complétés par des conférences, des master classes et des spectacles de rue.
La représentation de « Carnaval romain » illustre parfaitement l’objectif du festival : rapprocher le théâtre des publics, révéler de nouveaux talents et faire dialoguer tradition et modernité sur la scène nationale.
En conclusion, « Carnaval romain » marque une étape majeure dans la vie artistique algérienne : elle démontre comment le théâtre, par son mélange d’émotion, de rire et de réflexion, continue de réduire les distances entre les artistes et le public, tout en affirmant la vitalité et la créativité du théâtre algérien contemporain.
A.M
