Le déficit de financement du commerce en Afrique risque de se creuser de nouveau pour atteindre entre 86,6 et 102,6 milliards de dollars d’ici 2027, sous l’effet des tensions géopolitiques mondiales, de la hausse des coûts logistiques et du durcissement des conditions financières internationales, selon un rapport présenté mercredi à Brazzaville lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD).
Intitulé « L’offre de financement du commerce en Afrique : tendances post-COVID et nouvelles opportunités », le document avertit que les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement mondiales pourraient réduire à néant une décennie de progrès accomplis par le continent dans la réduction du déficit de financement du commerce.
Le rapport souligne qu’après la pandémie de Covid-19, les interventions des banques multilatérales de développement, des gouvernements et des institutions de financement du développement (IFD) avaient permis de contenir le déficit à un niveau estimé entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024, contre plus de 100 milliards de dollars redoutés sans ces mesures de soutien.
Toutefois, le rapport estime que la résurgence des tensions géopolitiques, conjuguée à l’augmentation des prix de l’énergie et des engrais, à la hausse des coûts du fret et de l’assurance, ainsi qu’à la dépréciation des monnaies locales, risque d’aggraver les difficultés d’accès au financement commercial sur le continent.
La BAD relève que le commerce africain reste largement sous-financé par les banques commerciales. Entre 2020 et 2024, celles-ci n’ont assuré que 23 % du financement du commerce total du continent, contre 40 % durant la période 2011-2019.
Le rapport identifie la pénurie de liquidités en devises étrangères comme le principal obstacle à l’expansion du financement du commerce en Afrique. Environ 36 % des banques interrogées considèrent le manque de devises comme le premier frein à la croissance de leurs activités, contre 18 % avant la pandémie.
Malgré ces contraintes, le document fait état de progrès dans le financement du commerce intra-africain, qui a représenté 34 % du commerce intermédiaire par les banques entre 2020 et 2024, contre 18 % avant la crise sanitaire.
Cette évolution est notamment attribuée au développement des mécanismes régionaux de paiement, à l’image du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), destiné à faciliter les règlements en monnaies locales et à réduire les coûts des transactions transfrontalières.
Le rapport souligne également le rôle croissant des organismes africains dans le financement du commerce, précisant qu’entre 2020 et 2024, les institutions de financement du développement ont facilité environ 32 milliards de dollars de financement commercial par an, ce qui représente près de 3 % du commerce total de marchandises du continent.
La numérisation des opérations de financement du commerce et le renforcement des capacités des banques africaines seront « déterminants » pour réduire durablement le déficit de financement et soutenir l’intégration économique du continent, lit-on dans le même document. Les Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la BAD se tiennent du 25 au 29 mai à Brazzaville sous le thème « Mobiliser les ressources à grande échelle pour financer le développement de l’Afrique dans un monde fragmenté ».
