L’Algérie vient d’inscrire son nom parmi les grandes puissances émergentes
de l’industrie mondiale de l’eau.
À Madrid, lors du Sommet mondial de l’eau organisé le 20 mai 2025, l’usine de dessalement de Cap Blanc à Oran a décroché la deuxième place des prestigieux Global Water Awards, une distinction internationale qui dépasse largement le cadre technique pour consacrer une véritable vision stratégique portée par l’État algérien.
Cette reconnaissance internationale marque un tournant majeur dans la politique hydrique du pays.
Elle confirme surtout que l’Algérie n’est plus simplement engagée dans une lutte contre la pénurie d’eau, mais qu’elle construit progressivement un modèle de souveraineté basé sur la maîtrise des ressources non conventionnelles.
Face à une pression climatique croissante et à des épisodes de sécheresse devenus récurrents, le dessalement de l’eau de mer s’impose désormais comme un pilier essentiel de la sécurité nationale.
Le choix de faire du dessalement une priorité stratégique répond à une réalité implacable.
Depuis plusieurs années, les barrages enregistrent des niveaux de remplissage fluctuants sous l’effet du changement climatique et de la baisse des précipitations.
Les besoins en eau potable, eux, continuent d’augmenter avec la croissance démographique, l’urbanisation et le développement économique.
Dans ce contexte, l’État a engagé une transformation profonde de son modèle hydraulique afin de réduire sa dépendance aux ressources conventionnelles.
L’usine de Cap Blanc, portée par l’expertise de l’Algerian Desalination Company, filiale du groupe Sonatrach, symbolise cette nouvelle ambition nationale.
Plus qu’une simple infrastructure industrielle, elle représente la capacité du pays à développer des solutions adaptées à ses défis stratégiques.
Le projet a réussi à attirer l’attention de la communauté internationale grâce à ses performances technologiques, son efficacité énergétique et sa contribution à la sécurisation de l’alimentation en eau potable.
Aujourd’hui, l’Algérie dispose déjà de 19 stations de dessalement réparties le long du littoral.
Ces installations constituent une véritable ceinture hydraulique destinée à protéger les grandes zones urbaines contre les risques de pénurie.
Cette politique permet également de préserver les ressources des barrages et des nappes phréatiques pour les besoins agricoles, secteur stratégique dans la perspective de renforcer la sécurité alimentaire du pays.
Mais Alger voit désormais plus grand.
Le lancement du programme « 5+1 » marque une nouvelle étape dans cette dynamique.
Six nouvelles stations de grande capacité doivent prochainement entrer en service afin de porter la production nationale à plus de 3,7 millions de mètres cubes d’eau par jour.
Des projets structurants comme Fouka 2 ou Koudiet Draouche devraient ainsi transformer durablement le paysage hydraulique national.
L’objectif affiché est ambitieux : parvenir, dans les prochaines années, à couvrir près de 60% des besoins nationaux en eau potable grâce au dessalement de l’eau de mer.
Une perspective qui repositionne complètement le rapport du pays à ses ressources hydriques. Désormais, la Méditerranée devient une source stratégique de sécurité et de stabilité.
Cette évolution révèle également une autre mutation importante : la montée en puissance du savoir-faire national.
Longtemps dépendante des technologies étrangères, l’Algérie cherche aujourd’hui à développer ses propres compétences dans le domaine de l’ingénierie hydraulique. L’implication de groupes nationaux comme Sonatrach et Cosider dans la réalisation des nouvelles infrastructures traduit cette volonté de bâtir une expertise locale durable.
Au-delà de la question de l’eau, cette stratégie ouvre aussi des perspectives économiques importantes.
Le développement de l’industrie du dessalement favorise l’émergence de nouvelles filières industrielles, la création d’emplois qualifiés et le transfert de technologies. Il contribue également à renforcer le positionnement régional de l’Algérie dans un contexte où la maîtrise des ressources hydriques devient un enjeu géopolitique majeur. La distinction obtenue à Madrid apparaît ainsi comme bien plus qu’un trophée symbolique.
Elle représente la reconnaissance d’un modèle de résilience construit autour de l’innovation, de l’anticipation et de la souveraineté.
Dans un monde confronté à une crise hydrique sans précédent, l’Algérie affirme désormais sa volonté de transformer l’eau dessalée en levier de puissance, de stabilité et de développement durable.
Par Abed MEGHIT
