Les routes algériennes continuent de se transformer, jour après jour, en véritables couloirs de la mort.
Derrière chaque bilan hebdomadaire communiqué par les services de sécurité ou de la Protection civile se cachent des familles brisées, des vies interrompues brutalement et une société confrontée à une violence routière devenue chronique.
L’accident de la circulation ne relève plus du simple fait divers.
Il s’impose désormais comme une crise nationale majeure, aux dimensions humaines, économiques et sociales particulièrement alarmantes.
L’ampleur du phénomène dépasse largement le cadre statistique.
À l’échelle mondiale, l’insécurité routière constitue l’une des premières causes de mortalité chez les jeunes.
Des millions de personnes perdent la vie ou gardent des séquelles irréversibles à la suite d’accidents qui auraient pu être évités.
En Algérie, la situation atteint un seuil critique qui interpelle l’ensemble des institutions.
Les chiffres enregistrés ces dernières années traduisent une aggravation inquiétante du phénomène, malgré les campagnes de sensibilisation, les contrôles routiers et les réformes législatives engagées.
L’année 2025 avait déjà laissé apparaître un tableau particulièrement sombre avec près de 27.000 accidents corporels recensés à travers le pays.
Plus de 37.000 blessés et près de 4.000 décès avaient alors été enregistrés, révélant une hausse notable par rapport à l’année précédente.
Mais les premiers bilans de 2026 confirment une tendance encore plus dramatique.
En l’espace d’une seule semaine, du 10 au 16 mai, 31 personnes ont perdu la vie et plus de 1.500 autres ont été blessées dans plus de 1.200 accidents survenus dans différentes wilayas.
Ce lourd tribut humain pose avec acuité la question des véritables causes de cette tragédie nationale.
Si les autorités soulignent régulièrement que le facteur humain demeure responsable de plus de 96% des accidents, cette réalité mérite une lecture plus approfondie.
Excès de vitesse, dépassements dangereux, usage du téléphone au volant, fatigue, incivilités et non-respect du Code de la route continuent d’alimenter quotidiennement le cycle infernal de la violence routière.
Mais au-delà de ces comportements, un autre problème persiste : l’absence d’une véritable culture de la conduite et d’une formation adaptée aux réalités des véhicules modernes.
Les voitures d’aujourd’hui sont de plus en plus puissantes, rapides et sophistiquées.
Pourtant, nombre de conducteurs continuent de prendre le volant sans maîtriser les principes élémentaires liés à l’aérodynamisme, à l’adhérence ou encore à la force centrifuge.
Certains accidents spectaculaires survenus récemment illustrent parfaitement cette carence.
Le drame du bus de voyageurs tombé dans l’Oued El-Harrach avant de s’écraser sur les rochers à Bologhine a profondément choqué l’opinion publique.
Cette catastrophe rappelle que l’erreur humaine ne se limite pas à l’imprudence ; elle résulte aussi d’un déficit de formation et d’une banalisation du danger.
Face à cette situation, les spécialistes insistent sur la nécessité d’une réforme profonde du système d’apprentissage de la conduite.
L’obtention du permis ne peut plus être réduite à une simple formalité administrative.
Elle doit devenir un véritable parcours éducatif intégrant des modules liés à la sécurité routière, à la psychologie du conducteur et aux comportements à adopter dans des situations d’urgence.
Les professionnels du transport public, en particulier, devraient être soumis à des exigences plus rigoureuses en matière de qualification et de formation continue.
L’adoption du nouveau Code de la route constitue certes une avancée importante, mais elle ne suffira pas à elle seule à inverser la tendance.
La lutte contre ce que beaucoup qualifient désormais de « terrorisme routier » nécessite une mobilisation globale impliquant les pouvoirs publics, les établissements scolaires, les médias, les associations et les familles.
L’éducation civique et le respect de l’espace public doivent redevenir des valeurs fondamentales dans la société.
Au-delà des pertes humaines, les accidents de la route représentent également un gouffre économique considérable.
Selon des études nationales, leur coût équivaut à plus de 1,4% du Produit national brut.
Entre les dépenses médicales, les pertes de productivité, les dommages matériels et les conséquences sociales sur les familles, l’impact économique est colossal.
Aujourd’hui, l’urgence n’est plus uniquement de sanctionner les infractions, mais de changer durablement les mentalités.
Car tant que la route restera un espace de tension, d’agressivité et d’individualisme, les chiffres continueront d’augmenter.
La sécurité routière doit devenir une priorité nationale permanente, portée par une vision éducative, humaine et préventive capable de sauver des milliers de vies.
Abed MEGHIT
