COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES : Vers un encadrement plus strict d’un marché en pleine expansion

dknews
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Le marché des compléments alimentaires connaît une croissance spectaculaire en Algérie, mais cette expansion rapide soulève désormais de nombreuses inquiétudes liées à la sécurité des consommateurs, à la traçabilité des produits et à l’absence, jusqu’à présent, d’un cadre réglementaire suffisamment rigoureux.

Réunis à Alger lors d’une journée scientifique organisée par l’Association de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement, experts, pharmaciens, producteurs et spécialistes de la santé ont unanimement plaidé pour un contrôle plus strict de cette filière devenue un véritable enjeu sanitaire et économique.
Estimé à près de 500 millions de dollars, le marché algérien des compléments alimentaires attire de plus en plus d’investisseurs et d’opérateurs commerciaux.
Vitamines, minéraux, produits énergétiques, stimulants ou préparations destinées à la perte de poids envahissent les pharmacies, les magasins spécialisés et les plateformes de vente en ligne.
Cette popularité croissante s’explique notamment par l’intérêt grandissant des consommateurs pour le bien-être, la nutrition et les produits présentés comme bénéfiques pour la santé.
Cependant, derrière cette dynamique commerciale se cachent de nombreuses zones d’ombre.
Les intervenants ont alerté sur les risques liés à la circulation de produits insuffisamment contrôlés, parfois importés sans traçabilité claire ou contenant des substances actives non déclarées. Cette situation alimente les inquiétudes des autorités sanitaires qui cherchent désormais à mieux encadrer un secteur en pleine mutation.
La directrice de l’enregistrement des produits pharmaceutiques à l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, Farida El Mouhab, a rappelé que les compléments alimentaires occupent une position particulière entre l’aliment et le médicament.
Cette spécificité rend leur contrôle particulièrement complexe en raison de la diversité de leurs compositions et des effets physiologiques qu’ils peuvent produire sur l’organisme.
Les experts ont souligné que certains produits commercialisés sur le marché contiennent des substances susceptibles de provoquer des effets secondaires graves lorsqu’ils sont consommés sans suivi médical.
Les risques de mésusage, d’interactions médicamenteuses ou de surdosage deviennent particulièrement préoccupants dans un contexte où de nombreux consommateurs considèrent à tort ces produits comme totalement inoffensifs.
Face à cette situation, le projet de décret actuellement examiné par le gouvernement est perçu comme une étape décisive vers la structuration du secteur.
Les spécialistes espèrent que ce futur cadre réglementaire permettra d’imposer des normes strictes concernant la fabrication, l’importation, la commercialisation et la distribution des compléments alimentaires. L’experte Soumia Yahiaoui a rappelé que le marché s’est développé depuis le début des années 2000 dans un environnement marqué par un vide juridique important.
Cette absence de réglementation claire a favorisé l’apparition de nombreuses pratiques incontrôlées et compliqué le travail des autorités sanitaires chargées de surveiller la qualité des produits mis en circulation.
Les producteurs présents lors de cette rencontre ont eux aussi plaidé pour une meilleure organisation du secteur.
Selon Tarek Boumezbar, le développement de cette industrie doit s’accompagner d’un cahier des charges rigoureux, d’un système d’agrément transparent et d’un contrôle renforcé afin de garantir la sécurité des consommateurs et d’encourager les investissements sérieux. La question de la nutrivigilance et de la pharmacovigilance a également occupé une place centrale dans les débats. Les spécialistes estiment indispensable de mettre en place des mécanismes efficaces de déclaration des effets indésirables impliquant les professionnels de santé, les autorités et les consommateurs eux-mêmes.
Cette surveillance apparaît essentielle pour détecter rapidement les produits potentiellement dangereux.
Au-delà des aspects réglementaires, les participants ont insisté sur l’importance de sensibiliser les citoyens aux risques liés à une consommation incontrôlée de compléments alimentaires. Beaucoup de consommateurs utilisent ces produits sans avis médical, influencés par la publicité ou les réseaux sociaux, alors que certains compléments peuvent présenter des contre-indications importantes.
Dans un contexte où le marché continue de croître rapidement, les autorités algériennes semblent désormais déterminées à instaurer un équilibre entre le développement économique du secteur et la protection de la santé publique.
L’encadrement de cette filière apparaît aujourd’hui comme une priorité afin d’éviter les dérives et de garantir aux consommateurs des produits conformes aux normes de qualité et de sécurité.

Par Abed Meghit

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