Le secteur des assurances en Algérie franchit un cap historique, confirmant sa dynamique de croissance dans un environnement économique en mutation.
Avec un volume de primes émises atteignant un niveau inédit de 200,5 milliards de dinars, le marché national enregistre une performance remarquable qui témoigne de sa résilience et de sa capacité à accompagner les transformations économiques du pays.
Cette évolution, mise en évidence par la dernière note de conjoncture du Conseil national des assurances, reflète une progression soutenue dans la majorité des branches, avec une prédominance notable des assurances-dommages, qui représentent à elles seules près de 83 % de la production globale.
Derrière ces chiffres encourageants, se dessine une réalité plus nuancée, marquée par des avancées significatives mais aussi par des défis structurels qui freinent encore l’essor du secteur.
Selon Youcef Benmicia, président de l’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance, cette croissance repose essentiellement sur le dynamisme des branches automobile et des risques divers.
L’augmentation des tarifs de la responsabilité civile automobile, amorcée début 2025, conjuguée à la reprise des importations de véhicules et à la relance de la production locale, a contribué à stimuler les recettes du secteur.
Parallèlement, l’expansion des projets structurants dans plusieurs domaines a généré une demande accrue en couverture assurantielle, renforçant ainsi la branche des risques divers.
Toutefois, malgré ce franchissement symbolique de la barre des 200 milliards de dinars, les professionnels du secteur appellent à relativiser cette performance.
Pour Hassan Khelifati, vice-président de l’Union algérienne des sociétés d’assurance, le potentiel réel du marché reste largement supérieur, estimé entre 7 et 8 milliards de dollars.
Cet écart significatif met en évidence les marges de progression considérables dont dispose encore le secteur, à condition d’engager des réformes structurantes et d’améliorer les mécanismes de régulation.
Parmi les leviers identifiés, l’accélération de l’adoption d’une nouvelle loi des assurances apparaît comme une priorité.
Une réforme attendue qui permettrait d’instaurer une régulation indépendante et plus efficace, capable de moderniser le cadre juridique et de renforcer la transparence.
La persistance de certaines pratiques, telles que la sous-déclaration ou l’insuffisance de couverture dans des segments clés comme les assurances catastrophes naturelles ou incendie, constitue en effet un frein majeur au développement du marché.
Les experts soulignent également l’importance de renforcer les dispositifs de contrôle et de gouvernance.
L’implication accrue des commissaires aux comptes dans la vérification des déclarations et la mise en place de mécanismes rigoureux de suivi pourraient contribuer à assainir le secteur et à améliorer sa crédibilité.
Dans cette optique, la modernisation des outils de gestion et l’adoption de standards internationaux en matière de reporting et de solvabilité apparaissent comme des conditions indispensables pour attirer davantage d’investissements et renforcer la confiance des assurés.
Au-delà des questions réglementaires, le secteur des assurances en Algérie est confronté à des contraintes structurelles plus profondes.
Des travaux académiques menés par Kafia Benahmed et Farida Nemiri-Yaici mettent en lumière l’absence d’un marché financier développé, capable d’absorber et de valoriser les primes collectées.
Cette situation limite les possibilités d’investissement des compagnies et réduit leur capacité à générer des rendements compétitifs.
À cela s’ajoute une faible densité d’assurance, traduisant un niveau encore limité de pénétration des produits assurantiels au sein de la population.
Un autre enjeu majeur réside dans le cadre réglementaire, notamment l’absence d’obligation d’assurance pour le transport maritime des importations.
Cette lacune prive le secteur de ressources importantes et freine son expansion.
Dans un contexte de mondialisation des échanges, l’intégration de ce type de couverture pourrait constituer un levier significatif de croissance.
De son côté, l’expert international Mokhtar Naouri plaide pour une réforme en profondeur de la gouvernance du secteur.
Il insiste sur la nécessité de structurer les fonctions clés, telles que l’audit interne, la gestion des risques, la conformité et l’actuariat, afin d’aligner les pratiques locales sur les standards internationaux.
Il appelle également à une implication plus active des conseils d’administration, à travers la création de comités spécialisés, capables de superviser efficacement les risques et les performances.
Dans cette perspective, la transparence devient un enjeu central.
La publication systématique des états financiers, accompagnée d’une communication claire et accessible, est essentielle pour renforcer la confiance des assurés et des partenaires.
Cette exigence s’inscrit dans une logique de modernisation globale du secteur, qui doit évoluer pour répondre aux attentes d’une économie en pleine transformation.
Ainsi, si les résultats enregistrés traduisent une dynamique positive, ils ne constituent qu’une étape dans un processus de développement plus large.
Le secteur des assurances en Algérie dispose d’atouts indéniables, mais son véritable essor dépendra de sa capacité à relever les défis structurels qui persistent.
Entre croissance confirmée et réformes nécessaires, l’avenir du marché s’inscrit dans une trajectoire ambitieuse, portée par la volonté de bâtir un système plus performant, plus transparent et mieux adapté aux exigences contemporaines.
Abed MEGHIT
