L’ONU a lancé lundi un avertissement appuyé contre une vague mondiale de discrimination visant les deux milliards de musulmans de la planète, dans un monde déjà fracturé par les guerres et les crises politiques.
« Nous sommes confrontés à une montée de l’intolérance et de la haine antimusulmanes », a déploré le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lors d’une réunion à l’Assemblée générale sur la question, organisée à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’islamophobie, célébrée le 15 mars de chaque année.
Cette hostilité prend selon lui des formes multiples : « Discrimination institutionnelle, marginalisation socio-économique, restrictions migratoires généralisées, surveillance et profilage injustifiés ».
Mais, a-t-il insisté, la violence la plus visible n’est que la partie émergée d’un phénomène plus diffus.
« Les préjugés peuvent aussi être subtils », a averti le chef de l’ONU, évoquant « des opportunités discrètement refusées, des suppositions laissées sans réponse, des questions empreintes de suspicion ».
Autant d’expériences quotidiennes qui, accumulées, « façonnent des vies entières ».
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte international particulièrement inflammable.
Les conflits qui secouent le Moyen-Orient alimentent une circulation massive de discours hostiles sur les réseaux sociaux, tandis que certaines rhétoriques politiques contribuent à banaliser les stéréotypes.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, évoque ainsi une « vague croissante » d’islamophobie.
« Partout dans le monde, les actes de harcèlement, de discrimination et de violence visant les musulmans ont augmenté », a-t-il déclaré dans un message vidéo.
Des musulmans « sont attaqués dans la rue et à l’école », des mosquées sont vandalisées et « les commentaires haineux prolifèrent sur les réseaux sociaux », ciblant souvent « les femmes et les filles qui portent le hijab ».
Au-delà des agressions physiques, les discriminations s’infiltrent dans des domaines plus ordinaires, tels que l’emploi, le logement et l’accès aux soins.
Dans certains pays, souligne le responsable onusien, ces biais peuvent même être « inscrits dans la loi ».
Il dénonce également l’usage abusif de politiques antiterroristes qui servent à « surveiller et détenir des musulmans », ou encore le profilage systématique des voyageurs venant de pays à majorité musulmane.
Antonio Guterres a nommé en mai 2025 Miguel Angel Moratinos envoyé spécial chargé de coordonner l’action internationale contre l’islamophobie, un mandat destiné à renforcer les initiatives existantes contre les discours de haine.
Pour ce dernier, la dynamique actuelle dépasse largement la sphère numérique.
« L’augmentation des actes islamophobes en Europe est très, très grave », a-t-il déclaré à l’Assemblée.
Mais l’origine du danger principal se situe selon lui ailleurs : « Le plus dangereux n’est pas la plateforme numérique, c’est la plateforme politique.
Ce sont des responsables qui encouragent leur électorat à utiliser les réseaux sociaux pour insulter et répandre la haine ».
L’ancien ministre espagnol pointe également « la grande ignorance qui existe dans le monde occidental à propos de l’islam », un déficit de connaissance qui nourrit les fantasmes et les amalgames.
