Kamel Baddari alerte sur les nouveaux défis de la manipulation numérique et plaide pour une souveraineté cognitive nationale

dknews
6 Min Read

Face aux mutations rapides du monde numérique et à l’émergence de nouvelles formes de conflits immatériels, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a mis en garde contre les dangers croissants de la guerre cognitive et appelé à la mise en place d’un environnement numérique hautement résilient capable de protéger la société et particulièrement la jeunesse. Dans une contribution publiée dans les colonnes du quotidien Le Soir d’Algérie, le ministre a livré une analyse approfondie des mécanismes de manipulation de l’opinion publique à l’ère des technologies numériques avancées. Dans cet article intitulé « La guerre cognitive, vecteur de déstabilisation mentale d’une société », le ministre souligne que les formes contemporaines de confrontation ne reposent plus uniquement sur des stratégies militaires classiques visant le contrôle territorial. Désormais, les conflits s’étendent au domaine immatériel, où l’information, la perception et les émotions collectives deviennent des terrains de bataille. Selon lui, la guerre cognitive repose essentiellement sur l’instrumentalisation de l’opinion publique par des actions hostiles destinées à semer la confusion, affaiblir la confiance collective et fragiliser la cohésion sociale. Dans cette perspective, le développement fulgurant de technologies comme l’intelligence artificielle, la diffusion massive d’informations via les réseaux sociaux ou encore l’utilisation de contenus falsifiés tels que les « deepfakes » constituent autant d’outils susceptibles d’être exploités pour manipuler l’information et altérer la perception de la réalité. Ces technologies, explique le ministre, peuvent être utilisées pour diffuser de fausses informations, amplifier des discours polarisants ou provoquer des crises de confiance à l’égard des institutions. Le responsable du secteur de l’enseignement supérieur insiste particulièrement sur la vulnérabilité des jeunes générations face à ces phénomènes. Dans un environnement numérique où l’information circule à une vitesse sans précédent, les jeunes internautes sont souvent exposés à des contenus trompeurs ou manipulés sans toujours disposer des outils nécessaires pour en mesurer les dangers. Cette situation impose, selon lui, une vigilance accrue et une mobilisation collective afin de préserver l’équilibre psychologique et intellectuel de la société. Les réseaux sociaux occupent dans ce contexte une place centrale. Le ministre souligne qu’ils constituent un vecteur privilégié pour les acteurs hostiles cherchant à influencer l’opinion publique de manière discrète et progressive. Par la circulation rapide d’informations non vérifiées ou par la mise en scène de contenus émotionnels, ces plateformes peuvent contribuer à créer des tensions sociales, à nourrir des divisions ou à fragiliser les fondements de la confiance collective. Dans son analyse, Kamel Baddari attire également l’attention sur l’instrumentalisation de l’histoire nationale et de l’identité collective, souvent exploitée dans les campagnes de manipulation informationnelle. La question identitaire, explique-t-il, peut être utilisée comme un levier émotionnel puissant visant à opposer les différentes composantes de la société et à raviver des clivages artificiels. Cette stratégie, fondée sur la réinterprétation ou la déformation de repères historiques, cherche à affaiblir le sentiment d’appartenance nationale et à semer le doute autour des valeurs communes issues de la lutte de libération nationale. Le ministre met également en garde contre la normalisation progressive de discours violents ou destructeurs dans l’espace numérique. Ces discours, souvent amplifiés par des algorithmes favorisant les contenus les plus polarisants, contribuent à banaliser les attaques contre les institutions ou les symboles nationaux et participent à la fragmentation du débat public. Pour faire face à ces défis, le ministre appelle à la construction d’un environnement numérique résilient reposant sur une mobilisation collective de la société. Un tel environnement, explique-t-il, devrait permettre de prévenir les tentatives de manipulation et de renforcer la capacité des citoyens à identifier les campagnes de désinformation. Dans cette perspective, il préconise la mise en place d’une véritable veille cognitive nationale permettant d’anticiper les menaces plutôt que de simplement y réagir. Cette approche stratégique suppose la création de mécanismes de surveillance et d’analyse capables de détecter rapidement les campagnes de manipulation informationnelle et d’y répondre de manière coordonnée. Le ministre insiste également sur la nécessité de renforcer la coopération entre les différents secteurs institutionnels, qu’il s’agisse des institutions académiques, des organismes de recherche, des acteurs économiques ou des autorités publiques. Une coopération internationale avec des partenaires fiables apparaît également indispensable afin de partager les expériences, les outils technologiques et les stratégies de prévention face aux menaces émergentes. Au-delà de la défense contre les tentatives de manipulation, l’objectif pour l’Algérie, selon Kamel Baddari, est de construire une véritable souveraineté cognitive. Cette ambition repose sur la capacité du pays à produire des contenus numériques de qualité reflétant les valeurs, la culture et les aspirations de la jeunesse algérienne. Le développement d’un écosystème numérique national dynamique, capable de créer des contenus innovants et attractifs, constitue ainsi un élément essentiel pour renforcer l’influence culturelle et intellectuelle du pays dans l’espace numérique mondial. Investir dans la résilience cognitive, conclut-il, revient à préparer la société aux conflits informationnels du futur tout en consolidant l’unité nationale et en sécurisant les perspectives de développement à long terme.

Abed MEGHIT 

Share This Article
Leave a Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *