Après plusieurs années marquées par un stress hydrique persistant et une inquiétude croissante quant à la disponibilité des ressources en eau, l’Algérie retrouve un souffle d’optimisme grâce à une pluviométrie exceptionnelle enregistrée depuis le mois de décembre dernier.
Des précipitations abondantes, régulières et bien réparties sur l’ensemble du territoire national ont profondément transformé le paysage hydrique du pays, redonnant vie aux barrages, aux oueds, aux plaines agricoles et aux zones montagneuses.
Cette dynamique naturelle, conjuguée à une stratégie nationale anticipative fondée sur la multiplication des infrastructures hydrauliques, permet aujourd’hui d’afficher des indicateurs rassurants et porteurs d’espoir pour l’avenir.
Face à une demande en eau en constante augmentation, alimentée par la croissance démographique, les besoins industriels et l’extension des périmètres agricoles, les pouvoirs publics ont, depuis plusieurs années, fait le choix stratégique d’investir massivement dans la construction et la modernisation des barrages.
Ces ouvrages constituent une réponse structurelle et durable aux aléas climatiques, offrant non seulement des capacités de stockage importantes, mais aussi des moyens techniques avancés pour la gestion des eaux de ruissellement, la lutte contre l’envasement et le traitement des eaux de pluie afin de les rendre exploitables pour l’alimentation en eau potable, l’irrigation et l’industrie.
Les pluies qui arrosent le pays depuis décembre ont ainsi provoqué un véritable retournement de situation.
Les bulletins officiels font état de taux de remplissage particulièrement encourageants, avec plusieurs barrages dépassant les 70 %, tandis que le taux national avoisine désormais les 38 %, contre un peu plus de 33 % au début du mois de janvier 2026.
Une progression rapide et significative qui témoigne de l’impact direct de ces précipitations soutenues.
À l’échelle nationale, plus de dix barrages ont atteint un taux de remplissage de 100 %, un fait rare ces dernières années et hautement symbolique dans un contexte régional marqué par la rareté de l’eau.
Les images relayées par l’Agence nationale des barrages et transferts illustrent clairement cette embellie hydrique.
Des retenues pleines à craquer, des déversoirs en activité et, dans certains cas, des lâchers d’eau préventifs ont été nécessaires pour garantir la sécurité des ouvrages.
Les barrages de Mexa à El Tarf, Kissir à Jijel et Oued Taht à Mascara figurent parmi les infrastructures ayant évacué d’importants volumes d’eau, estimés à près de 11 millions de mètres cubes, à la suite de crues provoquées par des pluies diluviennes.
Cette situation favorable concerne également plusieurs barrages de l’intérieur du pays.
À Tissemsilt, le barrage de Koudiat Rosfa a enregistré un apport hydrique remarquable, atteignant un volume de près de 3 millions de mètres cubes.
Un niveau jugé très satisfaisant par les spécialistes, compte tenu du rôle stratégique de cet ouvrage dans l’alimentation en eau potable et le soutien à l’agriculture locale.
Ce remplissage constitue un véritable soulagement pour les habitants de la région, longtemps confrontés à des restrictions et à l’irrégularité de l’approvisionnement.
À ce jour, des barrages tels que Seklafa à Laghouat, Bouzegza à Tissemsilt et celui d’Aïn Témouchent affichent un taux de remplissage maximal de 100 %, confirmant que les effets positifs de cette pluviométrie ne se limitent pas aux zones côtières, mais s’étendent également aux Hauts Plateaux et à certaines régions sahariennes.
Cette couverture géographique large renforce la résilience globale du système hydraulique national.
Si ces pluies ont parfois engendré des désagréments et des dégâts matériels, notamment dans l’ouest du pays, elles n’en demeurent pas moins une bénédiction sur le plan hydrique.
Le passage de la tempête Harry a provoqué des inondations dans les wilayas de Relizane et d’Aïn Defla, entraînant la crue de l’Oued El Kébir, qui alimente le barrage de Sidi Yaâkoub à Chlef, ainsi que celle de l’Oued Mina à Relizane.
Des routes ont été coupées et des biens endommagés, mais ces crues ont aussi permis de reconstituer des réserves précieuses pour les agriculteurs, durement éprouvés par les sécheresses successives des années précédentes.
Les spécialistes soulignent que, bien que le renouvellement des nappes phréatiques reste difficile à mesurer en temps réel, les indicateurs de surface sont extrêmement positifs.
Les chutes de neige observées sur les massifs montagneux viennent renforcer cette tendance, promettant un apport progressif et durable aux barrages à l’approche du printemps.
Cette accumulation nivale joue un rôle clé dans l’alimentation différée des retenues, contribuant à stabiliser les réserves sur le moyen terme.
Au-delà des chiffres, cette amélioration de la situation hydrique conforte la pertinence de la stratégie nationale adoptée par l’Algérie.
La sécheresse, bien que récurrente, apparaît désormais comme un phénomène cyclique pouvant être atténué par une politique volontariste, une planification rigoureuse et une exploitation rationnelle des ressources.
Les barrages, loin d’être de simples ouvrages de stockage, s’imposent comme des piliers de la souveraineté hydrique et du développement durable.
L’enjeu, désormais, réside dans la préservation de ces acquis.
Une gestion prudente, une lutte renforcée contre le gaspillage et une sensibilisation accrue des usagers demeurent indispensables pour garantir la pérennité de cette embellie.
Les pluies ont fait leur part ; il appartient désormais aux institutions et aux citoyens d’en faire un levier durable au service de la sécurité hydrique, de la stabilité sociale et du développement économique du pays.
Abed MEGHIT
