{"id":73461,"date":"2025-09-12T20:05:38","date_gmt":"2025-09-12T19:05:38","guid":{"rendered":"https:\/\/dknews.dz\/?p=73461"},"modified":"2025-09-12T20:05:42","modified_gmt":"2025-09-12T19:05:42","slug":"batna-les-ruines-de-la-prison-pour-femmes-de-tifelfel-rappellent-les-atrocites-du-colonialisme-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dknews.dz\/index.php\/2025\/09\/12\/batna-les-ruines-de-la-prison-pour-femmes-de-tifelfel-rappellent-les-atrocites-du-colonialisme-francais\/","title":{"rendered":"Batna: les ruines de la prison pour femmes de Tifelfel rappellent les atrocit\u00e9s du colonialisme fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"\n<p>Des t\u00e9moignages vivants de d\u00e9tenues de la prison de Tifelfel, \u00e9rig\u00e9e fin ao\u00fbt 1955 par le colonisateur pour y incarc\u00e9rer les \u00e9pouses de Moudjahidine, \u00e9difient quant aux atrocit\u00e9s des forces d&rsquo;occupation fran\u00e7aises et leur cruaut\u00e9 envers les Alg\u00e9riens, hommes, femmes et enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines parmi les femmes qui eurent l&rsquo;infortune d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9es dans ce lieu sinistre dont il ne subsiste que des ruines, se souviennent, malgr\u00e9 leur \u00e2ge avanc\u00e9, de l&rsquo;horreur qu&rsquo;elles v\u00e9curent et des souffrance mentales et physiques qu&rsquo;elles endur\u00e8rent entre les murs de cette prison, unique \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucune d&rsquo;entre elles n&rsquo;a pu oublier ces longues nuits blanches peupl\u00e9es de terreurs nocturnes qui les poursuivent encore dans leur sommeil, rendant l&rsquo;\u00e9veil douloureux, malgr\u00e9 le fait qu&rsquo;elles aient quitt\u00e9 cette prison il y a 63 ans, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait, plus de six d\u00e9cennies plus tard, d&rsquo;une profonde blessure qui refuse de gu\u00e9rir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Chaque fois que je me trouve dans l&rsquo;obscurit\u00e9, cette prison me revient \u00e0 l&rsquo;esprit, immanquablement\u00a0\u00bb, affirme Zineb Bersouli (85 ans).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui encore, j&rsquo;ai toujours peur lorsqu&rsquo;une ampoule s&rsquo;allume, car cela me rappelle les irruptions, dans les cellules, des soldats fran\u00e7ais de la l\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, sp\u00e9cialement pour nous battre et nous faire subir des s\u00e9vices, chaque nuit que Dieu fait. Ils se ruaient sur nous pour nous terroriser, insensibles aux cris d\u00e9chirants des b\u00e9b\u00e9s et des enfants qui ne leur inspiraient aucune piti\u00e9\u00a0\u00bb, se souvient la vieille femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Djema\u00e2 Slimani (95 ans) certifie \u00ab\u00a0pleurer \u00e0 chaudes larmes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0trembler encore de peur chaque fois que le souvenir de cette prison ressurgit\u00a0\u00bb, car elle avait \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e sans m\u00e9nagement \u00e0 ses parents et \u00e0 ses proches.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle affirme \u00ab\u00a0d\u00e9tourner les yeux des ruines de cette prison\u00a0\u00bb lorsqu&rsquo;elle passe en voiture par la petite ville de Tifelfel car la simple vue des pierres de ce lieu sinistre lui rappelle les ann\u00e9es de d\u00e9tention et la vie tr\u00e8s dure qu&rsquo;elle y avait men\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Lehalmat Mebarka (97 ans) affirme, quant \u00e0 elle, que l&rsquo;image la plus \u00ab\u00a0insoutenable\u00a0\u00bb qui reste grav\u00e9e dans sa m\u00e9moire, reste celle des \u00ab\u00a0fragments de corps m\u00eal\u00e9s \u00e0 la poussi\u00e8re des Martyres Saighi Rokia, Meftah Aicha, Ouezani Mahbouba et Belaiche Fatma et ses deux enfants, Ahmed et Fatima, \u00e0 la suite du bombardement au mortier de la prison, le 26 septembre 1955.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nuit-l\u00e0, se souvient-elle, l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, s\u00e9v\u00e8rement \u00ab\u00a0secou\u00e9e\u00a0\u00bb par une attaque des Moudjahidine contre un centre militaire de Tifelfel, lui faisant subir des pertes consid\u00e9rables, dont la mort d&rsquo;un lieutenant, \u00ab\u00a0d\u00e9cida de se venger sur nous en bombardant la prison\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;horreur, soutient la vieille femme, \u00ab\u00a0\u00e9tait indicible car, pour nous mouvoir, nous \u00e9tions oblig\u00e9es de passer entre les corps, ou ce qu&rsquo;il en restait, et &#8211; comble de la monstruosit\u00e9 -, les soldats fran\u00e7ais tuaient des animaux et les jetaient sur nous, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la prison, enveloppant les cellules d&rsquo;une insupportable puanteur qui causait l&rsquo;\u00e9vanouissement de plusieurs jeunes femmes, le tout sous le regard amus\u00e9 des soldats\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les repr\u00e9sailles fran\u00e7aises \u00ab\u00a0ne s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent pas l\u00e0, puisqu&rsquo;en plus de d\u00e9truire la prison, la soldatesque coloniale avait incendi\u00e9 de nombreuses maisons de Tifelfel et des villages voisins avant de d\u00e9placer leurs habitants\u00a0\u00bb, se rappelle encore Mebarka.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Volont\u00e9 d&rsquo;accentuer la pression sur les Moudjahidine et d&rsquo;\u00e9touffer la R\u00e9volution<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des Moudjahidine de la r\u00e9gion soulignent que les forces d&rsquo;occupation avaient lanc\u00e9, apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la R\u00e9volution, le 1er novembre 1954, des rafles \u00e0 grande \u00e9chelle pour r\u00e9cup\u00e9rer des armes ayant servi lors de la 2\u00e8me guerre mondiale, de peur qu&rsquo;elles (les armes) ne soient utilis\u00e9es dans les maquis de la lutte arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, soutiennent les m\u00eames Moudjahidine, ni les tueries, ni la mise \u00e0 feu et \u00e0 sang des villages, ni le pillage des biens, n&rsquo;ont pu dissuader les Alg\u00e9riens de rejoindre les rangs de l&rsquo;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration nationale. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;arm\u00e9e coloniale avait d\u00e9cid\u00e9, sur \u00ab\u00a0conseil\u00a0\u00bb des harkis, d&rsquo;\u00e9riger une prison pour femmes \u00e0 Tiflfel pour accentuer la pression sur les combattants alg\u00e9riens et \u00e9touffer la R\u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines prisonni\u00e8res, dont Abidallah Dahbia, Nasraoui Hania et Benrahmoune Chamkha, soutiennent, en d\u00e9crivant cette prison, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une \u00ab\u00a0grande maison\u00a0\u00bb, dot\u00e9e de 10 chambres et d&rsquo;une cour, le tout d\u00e9pourvu des conditions d&rsquo;existence les plus \u00e9l\u00e9mentaires, et o\u00f9 furent incarc\u00e9r\u00e9es, dans un premier temps, 20 femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9tenues de la prison de Tifelfel y \u00e9taient conduites sans leur prog\u00e9niture, \u00e0 l&rsquo;exception des nouveau-n\u00e9s et des enfants de moins de trois ans, de la tomb\u00e9e du jour jusqu&rsquo;au lendemain avant d&rsquo;\u00eatre autoris\u00e9es \u00e0 regagner leurs domiciles, souvent \u00e9loign\u00e9s, pieds nus sur des sentiers rocailleux, apr\u00e8s des nuits pass\u00e9es dans des conditions inhumaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque soir, les soldats fran\u00e7ais proc\u00e9daient \u00e0 l&rsquo;appel pour conduire \u00e0 nouveau les malheureuses femmes vers la prison et si l&rsquo;une d&rsquo;elles \u00ab\u00a0osait\u00a0\u00bb ne pas r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel de son nom, ou tentait de s&rsquo;\u00e9chapper, elle \u00e9tait froidement abattue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut savoir, poursuivent Dahbia, Hania et Chamkha, que le drame des prisonni\u00e8res n&rsquo;avait pas pris fin avec l&rsquo;effondrement de la prison des suites de son bombardement au mortier, le 26 septembre 1955.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, se souviennent-elles, un nouveau lieu de d\u00e9tention fut am\u00e9nag\u00e9 au lieu-dit \u00ab\u00a0Isseksoukene\u00a0\u00bb o\u00f9 furent emprisonn\u00e9es quelque 300 femmes, toutes \u00e9pouses de Moudjahidine de la r\u00e9gion de Ghassira et de ses environs.<\/p>\n\n\n\n<p>Des femmes qui n&rsquo;\u00e9taient autoris\u00e9es \u00e0 sortir que durant trois ou quatre heures pour apporter de la nourriture pour elles et leurs enfants, \u00e9tant donn\u00e9 que les forces fran\u00e7aises n&rsquo;assuraient aucun approvisionnement de vivres. Elles \u00ab\u00a0v\u00e9curent\u00a0\u00bb ainsi jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreux moudjahidine de Ghassira, dont Lakhdar Feloussi, ont indiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;APS que l&#8217;emplacement de la prison pour femmes, le long de l&rsquo;actuelle route nationale n 31 traversant la commune de Ghassira en direction de la localit\u00e9 de M&rsquo;choun\u00e8che, dans la wilaya de Biskra, \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9 par le centre militaire de Tifelfel et entour\u00e9 de maisons appartenant \u00e0 des traitres (harkis), ce qui n&rsquo;avait pas permis aux Moudjahidine de l&rsquo;attaquer avec le succ\u00e8s escompt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;il n&rsquo;en subsiste aujourd&rsquo;hui que des ruines, le souvenir de la prison pour femmes de Tifelfel est perp\u00e9tu\u00e9 par une imposante fresque murale portant les noms et les photographies de celles qui y furent d\u00e9tenues pour y subir les formes les plus abjectes de tortures psychologiques et physiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fresque, \u00e9rig\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la commune de Ghassira, permet de se rem\u00e9morer les sacrifices consentis par les Alg\u00e9riens, hommes et femmes, pour l&rsquo;ind\u00e9pendance du pays, et rappelle au monde entier que cette prison reste une ignominie qui assombrit davantage l&rsquo;histoire de la France coloniale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des t\u00e9moignages vivants de d\u00e9tenues de la prison de Tifelfel, \u00e9rig\u00e9e fin ao\u00fbt 1955 par le colonisateur pour y incarc\u00e9rer les \u00e9pouses de Moudjahidine, \u00e9difient quant aux atrocit\u00e9s des forces d&rsquo;occupation fran\u00e7aises et leur cruaut\u00e9 envers les Alg\u00e9riens, hommes, femmes et enfants. 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