{"id":66442,"date":"2025-08-12T20:43:26","date_gmt":"2025-08-12T19:43:26","guid":{"rendered":"https:\/\/dknews.dz\/?p=66442"},"modified":"2025-08-13T20:22:47","modified_gmt":"2025-08-13T19:22:47","slug":"les-enfumades-de-sbih-a-chlef-un-genocide-revele-par-les-archives-de-la-france-coloniale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dknews.dz\/index.php\/2025\/08\/12\/les-enfumades-de-sbih-a-chlef-un-genocide-revele-par-les-archives-de-la-france-coloniale\/","title":{"rendered":"Les Enfumades de Sbih \u00e0 Chlef : Un g\u00e9nocide r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par les archives de la France coloniale"},"content":{"rendered":"\n<p>Le 12 ao\u00fbt 1845, la r\u00e9gion de Deboussa, entre les communes de Sobha et Ain M\u2019rane (Nord-ouest de Chlef), fut le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019un des plus odieux crimes contre l\u2019humanit\u00e9 commis en Alg\u00e9rie par l\u2019arm\u00e9e coloniale fran\u00e7aise qui a tent\u00e9 d\u2019occulter les faits, cyniquement \u00ab\u00a0d\u00e9masqu\u00e9s\u00a0\u00bb par les archives militaires de l&rsquo;occupant. <\/p>\n\n\n\n<p>A la veille du 180e anniversaire de ces enfumades qui ont fait plus de 1.500 martyrs, des historiens et des chercheurs de la r\u00e9gion du bassin du Chelif ont rappel\u00e9 comment la France coloniale a tent\u00e9 d\u2019occulter ce massacre commis contre des civils sans d\u00e9fense de la tribu de Sbih, pour les punir d\u2019avoir soutenu la r\u00e9sistance men\u00e9e par Ch\u00e9rif Bouma\u00e2za et d\u00e9fendu la souverainet\u00e9 sur leurs terres.<br>Depuis son d\u00e9barquement en Alg\u00e9rie, la France coloniale a toujours tent\u00e9 de falsifier les faits historiques et de dissimuler les massacres de masse qu\u2019elle avait commis, \u00e0 l\u2019image du massacre de Sbih, qui s\u2019inscrit dans la s\u00e9rie des enfumades perp\u00e9tr\u00e9es contre les r\u00e9sistances populaires dans la r\u00e9gion du Dahra, entre Mostaganem et Chlef, a relev\u00e9 l\u2019enseignant en histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Mostaganem, El-Hocine Yekhtar.<br>Un des documents les plus accablants est une correspondance du g\u00e9n\u00e9ral Saint Arnaud, dat\u00e9e du 15 ao\u00fbt 1845 et adress\u00e9e \u00e0 son fr\u00e8re en France.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y d\u00e9crit, avec un cynisme gla\u00e7ant, comment ses troupes ont br\u00fbl\u00e9 vifs les habitants r\u00e9fugi\u00e9s dans Cha\u00e2bat Lebiar, \u00e0 Deboussa, croyant ainsi briser la r\u00e9sistance alg\u00e9rienne.<br>Ce t\u00e9moignage, cens\u00e9 rester confidentiel, s\u2019est transform\u00e9 en une preuve irr\u00e9futable de la barbarie coloniale et une reconnaissance involontaire de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme du peuple alg\u00e9rien. Pour Mohamed Guemoumia, membre de l\u2019Acad\u00e9mie de la m\u00e9moire nationale \u00e0 Chlef, les enfumades de Sbih se d\u00e9clinent comme \u00ab\u00a0un crime contre l\u2019humanit\u00e9, attest\u00e9 dans des correspondances militaires officielles qui, loin de rester secr\u00e8tes, ont d\u00e9voil\u00e9 le vrai visage du colonialisme aux habitants de l\u2019\u00e9poque et \u00e0 l\u2019opinion publique internationale\u00a0\u00bb.<br>Malgr\u00e9 l\u2019horreur, la tribu Sbih a marqu\u00e9 l\u2019histoire par son refus de se soumettre au diktat de l\u2019occupant, comme r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans ces correspondances, d\u2019o\u00f9 l\u2019appel de M. Guemoumia \u00e0 collecter davantage de t\u00e9moignages et de documents afin de lever le voile sur ce pan de l&rsquo;histoire et de le pr\u00e9server dans la m\u00e9moire collective.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Correspondances coloniales d\u00e9nu\u00e9es d\u2019humanit\u00e9<br><\/strong>Tout en perp\u00e9trant leurs crimes, les chefs de la soldatesque coloniale se vantaient, dans leurs correspondances tant officielles que personnelles et avec un sang-froid gla\u00e7ant, des atrocit\u00e9s commises contre un peuple sans d\u00e9fense.<br>Saint-Arnaud rapporte, dans un \u00e9change \u00e9pistolaire avec son fr\u00e8re en France, que sa troupe avait inspect\u00e9 la grotte de Cha\u00e2bet El Abiar et qu&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0re\u00e7us \u00e0 coups de feu\u00a0\u00bb par les tribus o\u00f9 il ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de s&rsquo;y refugier. Apr\u00e8s avoir attendu vainement que ces derniers sortent, il avait alors d\u00e9cid\u00e9 de les \u00ab\u00a0sommer\u00a0\u00bb de sortir.<br>Dans son r\u00e9cit funeste, il a d\u00e9crit dans les moindres d\u00e9tails son crime, dont la pr\u00e9paration avait commenc\u00e9 le 9 ao\u00fbt, lorsqu&rsquo;il d\u00e9cida, sans conscience aucune, de mettre le feu \u00e0 la grotte pendant deux jours entiers (les 10 et 11 ao\u00fbt 1845), apr\u00e8s avoir, a-t-il reconnu, \u00ab\u00a0bouch\u00e9 herm\u00e9tiquement toutes les issues\u00a0\u00bb pour transformer la caverne en un \u00ab\u00a0vaste cimeti\u00e8re\u00a0\u00bb, selon son expression. Pour sa part, Mohamed Belil, professeur d\u2019histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Ibn Khaldoun de Tiaret, a \u00e9voqu\u00e9 une correspondance du mar\u00e9chal Bugeaud adress\u00e9e au colonel P\u00e9lissier, dans laquelle il lui ordonne d\u2019assi\u00e9ger la tribu des Ouled Riah \u00e0 Mostaganem et de les br\u00fbler, comme l\u2019avait fait Cavaignac en juin 1844 avec la tribu des Sebih \u00e0 Ain M\u2019rane.<br>Un fait attestant que les enfumades des Sebih se sont produites \u00e0 deux reprises cons\u00e9cutives dans la m\u00eame r\u00e9gion (1844-1845).<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre lettre du g\u00e9n\u00e9ral Cavaignac relate les d\u00e9tails de ce massacre perp\u00e9tr\u00e9 par l\u2019occupant fran\u00e7ais pour soumettre et exterminer la tribu des Beni Sebih qui avait jou\u00e9 un r\u00f4le actif dans le soutien de la r\u00e9sistance de Ch\u00e9rif Bouma\u00e2za.<br>Il y reconna\u00eet que \u00ab\u00a0les soldats ont entass\u00e9 de grandes quantit\u00e9s de bois \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la grotte\u00a0\u00bb o\u00f9 \u00ab\u00a0nous avions pouss\u00e9 la tribu des Beni Sbih avec tous leurs biens et leurs animaux.<br>Le soir, nous avons mis le feu en veillant \u00e0 ce qu\u2019aucun \u00eatre vivant ne puisse en sortir\u00a0\u00bb, a-t-il reconnu. Aujourd\u2019hui encore, la grotte d\u2019El Abiar t\u00e9moigne de cette effroyable trag\u00e9die.<br>Ses parois, noircies par la fum\u00e9e et l&rsquo;incendie d\u2019il y a pr\u00e8s de 180 ans, portent la m\u00e9moire d\u2019un peuple qui refusa de plier face \u00e0 l\u2019oppresseur. Pour rendre hommage \u00e0 ces martyrs, les autorit\u00e9s de la wilaya, en partenariat avec la direction des Moudjahidine, ont entrepris l\u2019\u00e9dification d\u2019un monument comm\u00e9moratif \u00e0 Deboussa, mani\u00e8re de pr\u00e9server la m\u00e9moire collective et de documenter l\u2019histoire de la r\u00e9gion.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 12 ao\u00fbt 1845, la r\u00e9gion de Deboussa, entre les communes de Sobha et Ain M\u2019rane (Nord-ouest de Chlef), fut le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019un des plus odieux crimes contre l\u2019humanit\u00e9 commis en Alg\u00e9rie par l\u2019arm\u00e9e coloniale fran\u00e7aise qui a tent\u00e9 d\u2019occulter les faits, cyniquement \u00ab\u00a0d\u00e9masqu\u00e9s\u00a0\u00bb par les archives militaires de l&rsquo;occupant. 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