{"id":40441,"date":"2025-04-12T14:58:13","date_gmt":"2025-04-12T13:58:13","guid":{"rendered":"https:\/\/dknews.dz\/?p=40441"},"modified":"2025-04-12T14:58:15","modified_gmt":"2025-04-12T13:58:15","slug":"puberte-precoce-quand-sinquieter-qui-consulter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dknews.dz\/index.php\/2025\/04\/12\/puberte-precoce-quand-sinquieter-qui-consulter\/","title":{"rendered":"Pubert\u00e9 pr\u00e9coce : quand s&rsquo;inqui\u00e9ter ? qui consulter ?"},"content":{"rendered":"\n<p>La pubert\u00e9 survient-elle de plus en plus t\u00f4t dans nos pays industrialis\u00e9s ? Etape charni\u00e8re de la construction d&rsquo;un individu, \u00e0 l&rsquo;origine de larges transformations, la pubert\u00e9, ce qui est normal et ce qui ne l&rsquo;est pas, suscite de nombreuses interrogations pour les parents. Entretien avec Claire Jeandel, p\u00e9diatre endocrinologue au CHU de Montpellier. <\/p>\n\n\n\n<p>La pubert\u00e9 est un ph\u00e9nom\u00e8ne orchestr\u00e9 par l&rsquo;hypophyse, cette glande nich\u00e9e dans le cerveau, qui, aux alentours de 10 ans chez les filles et 11 ans chez les gar\u00e7ons, se met \u00e0 produire des hormones qui auront des effets sur les gonades, les ovaires pour les filles et les testicules pour les gar\u00e7ons. On parle de pubert\u00e9 pr\u00e9coce lorsque des signes de d\u00e9veloppements pubertaires sont observ\u00e9s chez les filles avant 8 ans et chez les gar\u00e7ons avant 9 ans.<br>Le ph\u00e9nom\u00e8ne touche surtout les filles qui sont dix fois plus concern\u00e9es que les gar\u00e7ons. Dans de rares cas, cette pubert\u00e9 peut \u00eatre due \u00e0 une tumeur, il n&rsquo;en sera pas question ici. Nous nous int\u00e9resserons \u00e0 la pubert\u00e9 pr\u00e9coce centrale idiopathique, celle pour laquelle aucune cause n&rsquo;est observ\u00e9e et qui repr\u00e9sente la grande majorit\u00e9 des pubert\u00e9s pr\u00e9coces. Source d&rsquo;inqui\u00e9tudes et de questionnements l\u00e9gitimes pour les parents, la pubert\u00e9 pr\u00e9coce n\u00e9cessite un suivi chez un sp\u00e9cialiste. Diagnostic, prise en charge, traitements\u2026 la sp\u00e9cialiste Claire Jeandel, p\u00e9diatre endocrinologue au CHU de Montpellier nous r\u00e9pond.<\/p>\n\n\n\n<p>A quels signes chez l&rsquo;enfant, les parents doivent-ils \u00eatre particuli\u00e8rement attentifs ?<br>Claire Jeandel : Chez les filles, c&rsquo;est surtout le d\u00e9veloppement des seins qui doit interpeller. Plus rarement, cela peut aussi \u00eatre une croissance qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re ou le d\u00e9veloppement de la pilosit\u00e9. Chez les gar\u00e7ons, d\u00e9tecter la pubert\u00e9 pr\u00e9coce est plus compliqu\u00e9 car elle est beaucoup moins visible. Il s&rsquo;agit d&rsquo;abord de l&rsquo;augmentation du volume des organes g\u00e9nitaux, dans un premier temps les testicules et ensuite de la taille de la verge. La pilosit\u00e9 peut aussi appara\u00eetre mais en g\u00e9n\u00e9ral, cela intervient dans un second temps. Pour les parents de gar\u00e7ons, il s&rsquo;agit surtout d&rsquo;\u00eatre bien attentif \u00e0 une croissance qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re. Un pic de croissance doit conduire le m\u00e9decin \u00e0 examiner les organes g\u00e9nitaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les parents observent ces signes chez leur enfant, que doivent-ils faire ?<br>Il faut avant tout consulter son m\u00e9decin traitant. Les praticiens de ville, surtout les p\u00e9diatres, sont bien inform\u00e9s et form\u00e9s sur le sujet de la pubert\u00e9 pr\u00e9coce. Ils sauront s&rsquo;il faut proc\u00e9der \u00e0 des examens urgents ou pas. Des signes chez un enfant, remarqu\u00e9s par les parents, n\u00e9cessitent toujours une appr\u00e9ciation par un praticien.<\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, que ce passe-t-il quand une pubert\u00e9 centrale se d\u00e9clenche ?<br>La pubert\u00e9 centrale est r\u00e9gul\u00e9e par la glande hypophysaire. Dans de tr\u00e8s rares cas, elle est li\u00e9e \u00e0 une tumeur c\u00e9r\u00e9brale. Si non, on parle de pubert\u00e9 pr\u00e9coce centrale idiopathique (sans origine connue, ndlr), soit la pubert\u00e9 centrale que tout un chacun d\u00e9veloppera. L&rsquo;hypophyse s\u00e9cr\u00e8te des hormones qui stimulent les gonades. Les ovaires se mettent alors \u00e0 produire des hormones f\u00e9minines, les testicules des hormones masculines, \u00e0 l&rsquo;origine des caract\u00e8res sexuels secondaires comme le d\u00e9veloppement des seins chez les filles ou l&rsquo;augmentation du volume des testicules chez les gar\u00e7ons. Ce sont les dosages hormonaux qui permettront de conna\u00eetre le niveau de mise en route de la glande hypophyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le diagnostic de la pubert\u00e9 centrale idiopathique est pos\u00e9, un traitement est-il toujours propos\u00e9 ?<br>Il faut se demander quel est le risque pour l&rsquo;enfant de faire sa pubert\u00e9 tr\u00e8s jeune. L&rsquo;un des risques principaux est d&rsquo;arr\u00eater de grandir trop t\u00f4t. Il y a un v\u00e9ritable enjeu sur la croissance et la taille \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. L&rsquo;autre risque est d&rsquo;avoir ses r\u00e8gles t\u00f4t chez les filles et une virilit\u00e9 affich\u00e9e pr\u00e9coce chez les gar\u00e7ons. A mes yeux, ce risque n&rsquo;est pas suffisamment pris en compte dans les recommandations, cela peut \u00eatre tr\u00e8s p\u00e9nalisant d&rsquo;\u00eatre f\u00e9minis\u00e9 ou virilis\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t. En primaire, cela reste tout de m\u00eame compliqu\u00e9 d&rsquo;avoir ses r\u00e8gles! La mise en place ou non d&rsquo;un traitement fait l&rsquo;objet d&rsquo;une grille d&rsquo;\u00e9valuation par un sp\u00e9cialiste de l\u2019endocrinologie p\u00e9diatrique. Il faudra tenir compte de plusieurs param\u00e8tres qui ne sont pas exclusivement m\u00e9dicaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur quels crit\u00e8res d\u00e9cide-t-on ou non de traiter un enfant ?<br>L&rsquo;indication du traitement ne doit \u00eatre pos\u00e9e que par des sp\u00e9cialistes. Aujourd\u2019hui, on dispose d&rsquo;une grille de mise en place du traitement afin d&rsquo;avoir une efficience sur la croissance. L&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;enfant, le pronostic de sa taille adulte, le risque de d\u00e9velopper rapidement sa pubert\u00e9\u2026 C&rsquo;est une discussion qu&rsquo;on a avec les parents. Est-ce que l&rsquo;enfant qu&rsquo;on a en face de nous, qui a d\u00e9marr\u00e9 sa pubert\u00e9 et chez qui on a fait la preuve qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien de plus grave, pr\u00e9sente-t-il un risque important pour sa croissance?<\/p>\n\n\n\n<p>Qui sont les enfants qui selon vous devraient-\u00eatre trait\u00e9s ?<br>On est beaucoup plus vigilant \u00e0 encourager les parents au traitement quand les enfants sont tr\u00e8s jeunes et quand ils sont de petite taille au d\u00e9but des signes. Ce tableau laisse entendre que si on laisse \u00e9voluer la situation sans la m\u00e9dicaliser, cela aura de lourdes cons\u00e9quences sur la taille adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel est le traitement propos\u00e9 ?<br>Dans le cadre de la pubert\u00e9 centrale idiopathique, le concept du traitement est de bloquer \u00e0 la source de l&rsquo;hypophyse les hormones qui sont produites trop t\u00f4t. On donne \u00e0 l&rsquo;enfant, en injection, des analogues de la GnRH (Gonadotropin Releasing Hormone en anglais ; hormone de lib\u00e9ration des gonadotrophines hypophysaires en fran\u00e7ais, ndlr). Ce traitement bloque l&rsquo;activit\u00e9 de la glande hypophyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont les effets secondaires de ce traitement ?<br>Ce traitement n&rsquo;est pas anodin et il est bien normal que cela m\u00e8ne \u00e0 une r\u00e9flexion des parents lorsqu&rsquo;il est propos\u00e9.<br>Toutefois, je ne vois aucun effet secondaire hormis les effets positifs attendus. Mais il a des effets ind\u00e9sirables comme des allergies au point d&rsquo;injection ou une prise de poids notamment.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment rassurez-vous des parents inquiets ?<br>Le traitement d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne normalement physiologique peut parfois d\u00e9router les parents. Ils redoutent notamment les difficult\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte pour avoir des enfants. Ils se demandent comment, en arr\u00eatant les r\u00e8gles, elles pourront reprendre normalement apr\u00e8s le traitement. Ce traitement est utilis\u00e9 dans le traitement des cancers de la prostate et en fertilit\u00e9 pour d\u00e9cider du moment de l&rsquo;ovulation. On le conna\u00eet depuis plus de 30 ans ces m\u00e9dicaments, on en fait l&rsquo;exp\u00e9rience dans le traitement de la pubert\u00e9 pr\u00e9coce depuis des ann\u00e9es. En terme de s\u00e9curit\u00e9, on a l&rsquo;exp\u00e9rience n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment peuvent s&rsquo;expliquer ces pubert\u00e9s pr\u00e9coces centrales ?<br>Quand on a exclu la tumeur, on retrouve tr\u00e8s fr\u00e9quemment dans le panel des petites filles qui d\u00e9marrent leur pubert\u00e9 jeune, un poids excessif. Certaines prot\u00e9ines bien particuli\u00e8res, accumul\u00e9es en cas de surpoids, sont tr\u00e8s certainement des prot\u00e9ines qui permettent l&rsquo;expression de la pubert\u00e9 au niveau de la glande hypophyse. Nous incitons les parents \u00e0 prendre en charge tr\u00e8s s\u00e9rieusement la probl\u00e9matique du poids. On ne peut pas essayer de freiner la pubert\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre laisser courir un ph\u00e9nom\u00e8ne qui stimule l&rsquo;hypophyse, c&rsquo;est contradictoire et peut nuire \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 du traitement. Il faut bien expliquer aux parents que le poids en exc\u00e8s peut expliquer le ph\u00e9nom\u00e8ne de la pubert\u00e9 pr\u00e9coce et qu&rsquo;il faut s&rsquo;en occuper.<\/p>\n\n\n\n<p>Constatez-vous, dans votre quotidien professionnel, que les filles sont pub\u00e8res de plus en plus t\u00f4t ?<br>L&rsquo;\u00e2ge moyen des premi\u00e8res r\u00e8gles est toujours aux alentours de douze ans. Mais pour les extr\u00eames, l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;apparition des premiers signes, lui, a effectivement chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On pointe volontiers les perturbateurs endocriniens (bisph\u00e9nol A, pesticides\u2026) comme responsables de la pubert\u00e9 pr\u00e9coce. Est-ce l&rsquo;unique explication ?<\/p>\n\n\n\n<p>Certains \u00e9l\u00e9ments environnementaux peuvent en effet expliquer certaines manifestations plus pr\u00e9coces chez certains individus de la pubert\u00e9. Mais tout le monde est soumis au m\u00eame environnement et n&rsquo;exprime pas ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Plausiblement, par le biais des r\u00e9cepteurs, certains individus ont sans doute une sensibilit\u00e9 plus importante \u00e0 un bruit de fond de perturbateurs endocriniens, pr\u00e9sents dans l&rsquo;alimentation ou l&rsquo;environnement, que d&rsquo;autres. Ces perturbateurs endocriniens jouent tr\u00e8s certainement un r\u00f4le mais on ne peut pas en faire l&rsquo;explication exclusive. La question est encore tr\u00e8s d\u00e9battue entre scientifiques. On pourrait aussi avancer une explication darwinienne \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne : les femmes faisant des enfants de plus en plus tard dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales, la nature pourrait-elle s&rsquo;adapter en avan\u00e7ant l&rsquo;\u00e2ge de la pubert\u00e9 ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pubert\u00e9 survient-elle de plus en plus t\u00f4t dans nos pays industrialis\u00e9s ? 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