{"id":36299,"date":"2025-03-12T16:31:00","date_gmt":"2025-03-12T15:31:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dknews.dz\/?p=36299"},"modified":"2025-03-12T16:31:13","modified_gmt":"2025-03-12T15:31:13","slug":"musique-il-y-a-11-ans-disparaissait-na-cherifa-licone-de-la-chanson-populaire-dexpression-kabyle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dknews.dz\/index.php\/2025\/03\/12\/musique-il-y-a-11-ans-disparaissait-na-cherifa-licone-de-la-chanson-populaire-dexpression-kabyle\/","title":{"rendered":"musique : Il y a 11 ans, disparaissait Na Cherifa, l&rsquo;ic\u00f4ne de la chanson populaire d&rsquo;expression kabyle"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a 11 ans, jour pour jour, disparaissait l\u2019ic\u00f4ne et la pionni\u00e8re de la chanson f\u00e9minine d&rsquo;expression kabyle, Na Cherifa, de son vrai nom Ouardia Bouchemal, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 88 ans, apr\u00e8s un parcours mouvement\u00e9 mais fascinant, laissant derri\u00e8re un riche r\u00e9pertoire musical. D\u2019Akbou (Bejaia) qui a vu \u00e9clore son talent, \u00e0 l\u2019Olympia et au Z\u00e9nith (Paris) qui ont consacr\u00e9 sa dimension universelle en passant par Alger au sein de la radio nationale o\u00f9 elle a aff\u00fbt\u00e9 sont talent artistique, celle que d\u2019aucuns apparentent \u00e0 la m\u00e8re du pr\u00e9lude (Achewiq), a r\u00e9alis\u00e9 un parcours singulier et impressionnant, en bravant souvent tous les d\u00e9fis et embuches crois\u00e9s sur son chemin, notamment \u00e0 ses d\u00e9buts durant la p\u00e9riode coloniale, o\u00f9 il \u00e9tait mal vu qu\u2019une femme chante si ce n\u2019est dans un cadre familial et rituel admis.<\/p>\n\n\n\n<p> A ce propos, l\u2019\u00e9minente anthropologue Tassadit Yacine n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 qualifier son d\u00e9boulement et par ailleurs celui, concomitant de la grande H\u2019nifa, sur la sc\u00e8ne artistique, de \u00ab\u00a0r\u00e9volution sociale\u00a0\u00bb, notamment en animant \u00e0 la radio une \u00e9mission, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Urar l\u2019Khelath\u00a0\u00bb (f\u00eate de femmes) qui a eu pour m\u00e9rite de r\u00e9v\u00e9ler une authentique cr\u00e9ation f\u00e9minine, mais aussi de mettre sur rail le processus de rayonnement de la culture kabyle. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait une femme \u00e9mancip\u00e9e pour sa g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb, a-t-elle soutenu, mettant en relief \u00ab\u00a0ses tr\u00e8s beaux textes de penseur libre\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Elle chante l\u2019amour et tout ce que vivait sa soci\u00e9t\u00e9 en dehors de la tradition. Sa cr\u00e9ation avait un puissant ancrage social et politique. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette raison, elle \u00e9tait aussi engag\u00e9e contre le colonialisme\u00a0\u00bb, a encore opin\u00e9 l&rsquo;anthropologue, relevant \u00ab\u00a0les richesses tant po\u00e9tiques que musicales\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u0153uvre de Cherifa. N\u00e9e en janvier 1926 \u00e0 El Main, dans la wilaya de Bordj-Bou-Arredj, Na Cherifa a laiss\u00e9 un patrimoine d\u2019un millier de chansons dont 800, dument r\u00e9pertori\u00e9es et le reste a \u00e9t\u00e9 perdu ou laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019usage d\u2019artistes anonymes. Parmi ses grands succ\u00e8s, y figurent des morceaux anthologiques, chant\u00e9s dans les maisons et occasions de f\u00eate depuis des d\u00e9cennies sans prendre la moindre ride ou reprises goulument par la g\u00e9n\u00e9ration montante. \u00ab\u00a0Bqa aala Khir aya Akbou\u00a0\u00bb dont le titre est rentr\u00e9 dans le dictionnaire des locutions kabyles signifiant \u00ab\u00a0Adieu \u00e0 jamais\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Aya Zerzour\u00a0\u00bb (? \u00e9tourneau), \u00ab\u00a0Idak Erouh\u00a0\u00bb (l\u2019\u00e2me est \u00e9puis\u00e9e) et tant d\u2019autres, pour la plupart enregistr\u00e9 \u00e0 partir de 1952, une p\u00e9riode durant laquelle elle a \u00e9crit et chant\u00e9 de fa\u00e7on compulsive. Ces tubes ont toujours la cote et b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une rare fascination aupr\u00e8s du public. Son parcours est singulier mais aussi tumultueux dont le d\u00e9roulement est absolument sid\u00e9rant pouvant faire \u0153uvre d\u2019une fiction cin\u00e9matographique \u00e9pique. Orpheline de p\u00e8re et de m\u00e8re, Cherifa vivait dans des conditions sociales tr\u00e8s d\u00e9munies, \u00e0 l\u2019instar du reste de tous les jeunes alg\u00e9riens de son \u00e9poque, soumise \u00e0 la privation et aux m\u00e9faits du colonialisme, se contentant de chanter dans les champs tout en gardant les moutons. Mais consciente du don que le ciel lui a accord\u00e9, elle d\u00e9cide d\u2019en tirer profit. Muni de son balluchon, elle quitte \u00e0 18 ans son village natal et s\u2019installe dans la r\u00e9gion voisine d\u2019Akbou, o\u00f9 elle fait ses premiers pas avant de rejoindre Alger, pour s&rsquo;y installer de longues ann\u00e9es, en travaillant notamment \u00e0 la radio, avant d&rsquo;en sortir \u00e9puis\u00e9e par des difficult\u00e9s financi\u00e8res. Quelques ann\u00e9es plus tard, Na Cherifa s\u2019\u00e9tablit en France, avant de revenir au pays et de recommencer sa carri\u00e8re d\u2019artiste \u00e0 partir des ann\u00e9es 70. Elle s\u2019y implique compl\u00e8tement mais ne s\u2019en contente pas, ayant eu \u00e0 c\u0153ur de voler au secours des d\u00e9munis mais surtout des orphelins qui lui rappelaient sa propre condition. Elle est rest\u00e9e \u00e0 Alger jusqu\u2019\u00e0 sa mort le 13 mars 2014, fermant la parenth\u00e8se d\u2019une vie mouvement\u00e9e certes, mais passionnante avec des \u0153uvres intemporelles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 11 ans, jour pour jour, disparaissait l\u2019ic\u00f4ne et la pionni\u00e8re de la chanson f\u00e9minine d&rsquo;expression kabyle, Na Cherifa, de son vrai nom Ouardia Bouchemal, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 88 ans, apr\u00e8s un parcours mouvement\u00e9 mais fascinant, laissant derri\u00e8re un riche r\u00e9pertoire musical. 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