Le Pr Rédha Mohamed Souilamas au Forum DK News : L’excellence médicale au service d’une vision ambitieuse pour l’Algérie

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Invité du Forum du quotidien DK News, le professeur Rédha Souilamas a offert une intervention d’une rare intensité, en présence de l’invité d’honneur Mr Mohand Outabet ABDI, Directeur Général d’Amana Assurances, le professeur Souilamas mêlant un récit personnel, analyse lucide et projection ambitieuse pour l’avenir du système de santé algérien.

À travers un témoignage à la fois sincère et inspirant, ce spécialiste de renommée internationale de la greffe pulmonaire a retracé un parcours hors du commun, tout en lançant un appel fort à la mobilisation des compétences nationales au service d’une médecine moderne, performante et profondément humaine.
Originaire de Cherchell et formé à la Faculté de médecine d’Alger, le Pr Souilamas s’est distingué très tôt par son sérieux et son engagement dans une discipline exigeante : la chirurgie thoracique.
Après son service militaire, il choisit de rejoindre la France pour approfondir sa spécialisation.
Ses débuts, modestes et parfois difficiles, sous le statut de faisant fonction d’interne, ne freinent en rien sa progression.
Porté par une détermination sans faille, il gravit rapidement les échelons, devenant chef de clinique, puis docteur en médecine, avant de s’imposer comme une référence dans le domaine de la transplantation pulmonaire.
Son passage à l’Hôpital européen Georges-Pompidou marque une étape déterminante.
Il y dirige un programme de greffes pulmonaires et contribue à des avancées majeures, notamment l’introduction de techniques innovantes telles que la couveuse à poumons transportable et les dispositifs liés au poumon artificiel.
Ces innovations ont permis d’élargir considérablement les possibilités thérapeutiques et d’offrir une seconde chance à de nombreux patients en situation critique.
Au sommet de cette ascension, le professeur Souilamas fait le choix de rester fidèle à ses principes.
Sollicité par des cliniques privées, il refuse des propositions financièrement très avantageuses, considérant que la médecine ne doit jamais être dictée par des logiques de profit, surtout lorsqu’il s’agit de maladies graves comme les cancers pulmonaires.

Dans son ouvrage La Couleur du bistouri, il revient avec lucidité sur ces choix, tout en décrivant les réalités d’un système où les compétences ne suffisent pas toujours à garantir la reconnaissance.
Malgré ses performances et son engagement, il se heurte progressivement à un environnement marqué par des résistances, des jalousies et une forme de marginalisation.
« J’ai fait un parcours de combattant », confie-t-il, résumant ainsi des années d’efforts et de persévérance dans un contexte parfois difficile.
Face à ces obstacles, il prend la décision, en 2013, de quitter la France pour poursuivre sa carrière à l’international.


Ce choix s’avère déterminant.
En Belgique d’abord, où il enseigne à l’Université libre de Bruxelles, puis aux États-Unis et aux Émirats arabes unis, le professeur Souilamas voit son expertise pleinement reconnue.
Il participe à la mise en place d’infrastructures hospitalières modernes, développe des programmes avancés de transplantation et contribue activement à l’innovation dans le domaine de l’assistance respiratoire.
Son parcours prend alors une dimension mondiale, portée par une reconnaissance fondée sur le mérite et la compétence.
Aujourd’hui, il totalise plus de 150 greffes pulmonaires réussies, un chiffre qui témoigne d’une maîtrise exceptionnelle et d’un engagement constant au service des patients.
Mais au-delà des performances techniques, il insiste sur la dimension humaine de la médecine.
« Chaque greffe est une seconde chance », rappelle-t-il, soulignant que derrière chaque intervention se joue une vie.
Lors de son intervention au Forum DK News, le professeur Souilamas n’a pas seulement évoqué son parcours.
Il a également livré une vision claire et ambitieuse pour l’avenir du système de santé algérien.
Remerciant le journal pour l’invitation, il a insisté sur la nécessité de développer la spécialisation des médecins au niveau local, afin de renforcer l’autonomie du pays dans la prise en charge des pathologies complexes.

Il a également mis en avant l’importance de la prévention, qu’il considère aujourd’hui comme un pilier essentiel de la médecine moderne.
« Aujourd’hui, on fait de la prévention », affirme-t-il, appelant à une prise de conscience collective autour du dépistage précoce. Pour lui, un diagnostic anticipé permet non seulement d’améliorer les chances de guérison, mais aussi de sauver des vies.
Dans ce contexte, il a lancé un appel fort contre le tabagisme, qu’il identifie comme l’un des principaux facteurs de risque.
« Le tabac est responsable de maladies cardiovasculaires et de près de 90 % des cancers du poumon », rappelle-t-il avec gravité, plaidant pour des campagnes de sensibilisation plus efficaces et une mobilisation accrue de la société.
Abordant la question des cancers pulmonaires, il souligne leur gravité et la nécessité d’agir en amont.
Il insiste sur la mise en place de programmes structurés de dépistage, basés sur des objectifs clairement définis, afin d’identifier les patients à risque et d’intervenir à temps.
Le professeur Souilamas évoque également le rôle crucial du don d’organes, qu’il qualifie de véritable « projet de société ».
Il rappelle qu’un seul donneur peut sauver plusieurs vies et appelle à une meilleure organisation de cette activité à l’échelle nationale.
Pour lui, l’Algérie dispose des compétences nécessaires pour développer la transplantation d’organes et assurer la prise en charge de ses patients sans recourir systématiquement à l’étranger.
Dans cette dynamique, il insiste sur la nécessité de structurer des programmes de lutte contre les maladies graves, avec des objectifs précis et des moyens adaptés.
Il plaide pour une approche globale, intégrant à la fois la prévention, le diagnostic, le traitement et le suivi des patients.

Sur le plan de la formation, il alerte sur les défis actuels, notamment l’augmentation du nombre d’étudiants en médecine sans un renforcement suffisant des moyens pédagogiques.
« Il faut former, mais il faut bien former », insiste-t-il, mettant en avant l’importance de la qualité de l’enseignement et de l’encadrement.
Pour le professeur Souilamas, l’Algérie possède un potentiel humain considérable, capable de relever les défis de la médecine moderne.
Il appelle à valoriser ce potentiel, à créer des passerelles avec la diaspora et à encourager le transfert de compétences.
Enfin, il rappelle que la transplantation d’organes, aujourd’hui en plein essor, s’inscrit dans une histoire longue, évoquant notamment la première greffe réalisée aux États-Unis dans les années 1960.
Un rappel qui souligne le chemin parcouru, mais aussi les perspectives à venir pour les pays qui souhaitent s’engager pleinement dans cette voie.
Au terme de son intervention, le message du Pr Rédha Souilamas apparaît clair et porteur d’espoir : l’Algérie a les moyens de construire un système de santé performant, à condition de miser sur la compétence, la formation, la prévention et l’innovation.
Son parcours, marqué par les défis mais aussi par les réussites, incarne une vision exigeante et humaniste de la médecine, où chaque geste compte et où chaque vie mérite d’être sauvée.

Par Abed MEGHIT

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