La ville de Constantine préserve jalousement sa singularité culturelle et sociale à travers la « M’hiba », une tradition séculaire parmi les plus ancrées de l’Aïd El-Fitr.
Cette tradition consiste en l’offre de cadeaux à la fiancée durant le deuxième ou le troisième jour de l’Aïd, dans une ambiance familiale traduisant la profondeur des liens sociaux.
La « M’hiba » se compose d’un ensemble de présents offerts par la famille du prétendant à la future mariée. Elle comprend essentiellement des pâtisseries traditionnelles disposées sur un plateau en cuivre (siniya), accompagnées de tenues luxueuses, de parfums et parfois de bijoux en or.
Les familles veillent à une présentation esthétique raffinée, reflétant le statut de la fiancée et le respect mutuel, un usage qui consacre les valeurs de considération entre les deux familles.
A « Rahbet Essouf », dans les ruelles de la vieille « Souika » au cœur de la ville de Constantine ou encore à la circonscription administrative Ali-Mendjeli, les bijouteries connaissent une affluence remarquable.
Salah, propriétaire d’un magasin de bijoux traditionnels, souligne que la demande s’intensifie durant cette période pour les pièces identitaires de la mariée constantinoise, à l’instar des parures en or, des bracelets « M’sayes » et des broches « Flayek », et ce, en dépit de la hausse des cours du métal jaune.
A proximité de « Djamaa Lakhdar », au cœur de la vieille ville, les vitrines des magasins de tissus exposent les plus nobles variétés de velours (katifa) et de « cherb » destinés à la confection de la célèbre « gandoura el Fergani ».
Noureddine, commerçant de tissus et de prêt-à-porter, explique que cette occasion représente une saison cruciale pour le commerce.
Il précise que la future mariée privilégie actuellement un mélange entre l’authenticité de la broderie constantinoise et les coupes modernes, tout en maintenant un fort engouement pour les « coffrets de bain », le « kat » et le « caraco » revisité.
Toutefois, la Gandoura brodée au fil d’or demeure la pièce maîtresse indissociable de la « M’hiba ».
De leur côté, les parfumeurs traditionnels s’attellent à proposer les fragrances caractéristiques du trousseau de la mariée.
Abbas, vendeur d’essences concentrées, note que le goût constantinois s’oriente vers des parfums authentiques tels que « Rouh El Mesk » (âme du musc) et l’ambre, en plus de l’eau de rose distillée localement.
Il ajoute que de nombreuses familles optent pour des coffrets personnalisés contenant parfums, encens et bois de oud.
Par ailleurs, des citoyens rencontrés par l’APS ont exprimé leur attachement à cette coutume malgré le coût élevé de la vie.
C’est le cas de Mme Naïma, en pleins préparatifs pour la « M’hiba » de sa future belle-fille : « L’Aïd est une opportunité pour consolider les liens avec la belle-famille et préserver les traditions ancestrales », confie-t-elle, précisant que la préparation de la « siniya », garnie de douceurs telles que la Baklawa, le Makroud et Tamina El Louz, demeure l’un des aspects fondamentaux de cette pratique sociale.
Pour sa part, le jeune Yacine estime que ces usages, bien qu’onéreux, confèrent une saveur particulière aux fêtes et reflètent la place de la femme dans la société constantinoise, tout en soulignant la nécessité de concilier moyens financiers et préservation de ce patrimoine.
