À l’heure où les premières notes parfumées de la chorba annoncent chaque soir la rupture du jeûne dans les foyers de Tizi-Ouzou, le mois de Ramadhan 2026 révèle une dynamique culinaire profondément ancrée dans la mémoire collective : le retour remarquable des plats traditionnels algériens sur les tables de l’Iftar et des festivités de l’Aïd.
Dans cette wilaya au riche patrimoine culturel, la gastronomie devient un véritable vecteur de transmission identitaire.
Les familles redécouvrent avec fierté les recettes héritées des générations passées, transformant chaque repas de Ramadhan en un voyage gourmand au cœur de l’histoire culinaire nationale.
Ce mouvement de redécouverte s’inscrit dans une volonté grandissante de préserver un patrimoine culinaire menacé par l’uniformisation des habitudes alimentaires et par la mondialisation des goûts.
À l’ère des réseaux sociaux, où les images de plats circulent à une vitesse fulgurante, de nombreux passionnés de cuisine se mobilisent pour documenter et partager les recettes traditionnelles dans leur forme la plus authentique.
Chefs cuisiniers, blogueurs culinaires et amateurs éclairés deviennent ainsi les nouveaux gardiens d’un savoir-faire ancestral transmis autrefois de manière orale au sein des familles.
Armés de leurs fourneaux et de leurs smartphones, ils contribuent à préserver une mémoire gastronomique qui constitue l’un des piliers de l’identité culturelle algérienne.
Dans cette quête des saveurs d’antan, les cuisines de Tizi-Ouzou voient renaître des mets longtemps oubliés.
Des plats emblématiques tels que la Babroussa, également appelée El Bouirket, la Sfiriya, la Gritliya ou encore le célèbre Lham Lahlou réapparaissent sur les tables familiales.
D’autres recettes rares, comme Sbiâat Laâroussa, Lemghlef fi Ghlafou ou Tadjine Dar Aami, témoignent de la richesse et de la diversité de la gastronomie traditionnelle.
Les pains artisanaux occupent également une place centrale dans ce renouveau culinaire.
Galettes rustiques, pains feuilletés à l’huile d’olive, pains aux herbes aromatiques ou préparations à base de céréales anciennes retrouvent leur prestige sur les tables ramadanesques.
Leur préparation, souvent réalisée à la main, perpétue des gestes hérités des aïeules et confère aux repas une dimension authentique et chaleureuse.
À l’approche de l’Aïd El-Fitr, les cuisines familiales se transforment en véritables ateliers de pâtisserie traditionnelle.
Les femmes au foyer, mais aussi de nombreux passionnés de gastronomie, replongent dans les vieux cahiers de recettes ou sollicitent la mémoire des aînées afin de retrouver les préparations originales de gâteaux oubliés.
Ainsi, les plateaux de pâtisseries se parent à nouveau de spécialités emblématiques comme le Bourek Errena, le Tcharek, les dattes farcies à la pâte d’amande, la Ghribia, Halwat Ettabaa, le Makrout ou encore les Dziriettes.
Sans oublier les traditionnels Tighrifine, ces délicieuses crêpes légères, et le Sfenj, beignet incontournable des soirées ramadanesques.
Pour Nora, blogueuse culinaire très suivie sur les réseaux sociaux, cette tendance dépasse largement la simple préparation de plats traditionnels.
Selon elle, il s’agit désormais d’un véritable travail de documentation du patrimoine immatériel algérien.
De son côté, Abderrahmane, chef cuisinier actif sur le web, estime que la mise en valeur des recettes traditionnelles constitue également un levier pour la promotion touristique du pays.
Selon lui, la gastronomie algérienne représente une richesse culturelle capable d’attirer les visiteurs en quête d’authenticité et de découvertes culinaires. Au-delà de la simple dégustation, ce retour aux racines gastronomiques traduit un attachement profond des familles à leur histoire et à leur identité.
À Tizi-Ouzou, la table du Ramadhan devient ainsi le miroir d’un patrimoine vivant, riche et diversifié, où chaque plat raconte une histoire et perpétue la mémoire collective.
Abed M.
