L’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel, Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA), a lancé une mise en garde ferme contre la diffusion de classements et de listes promouvant des chaînes de télévision ou des productions audiovisuelles sous l’appellation « les plus vues », lorsqu’ils ne reposent pas sur des outils de mesure agréés et reconnus. Dans un communiqué rendu public mardi, l’Autorité a souligné que ce type de pratiques pourrait entraîner la prise de mesures réglementaires à l’encontre des acteurs concernés. Cette alerte intervient dans le cadre des missions de régulation confiées à l’ANIRA par la Loi 23-20 relative à l’activité audiovisuelle, notamment son article 40, qui lui confère la responsabilité de veiller au respect des règles régissant l’activité audiovisuelle en Algérie. L’Autorité rappelle également les dispositions du Décret exécutif 24-250 relatif au cahier des charges des services de communication audiovisuelle, qui fixe les obligations applicables aux opérateurs du secteur. Selon l’ANIRA, plusieurs pratiques observées récemment dans le paysage médiatique et publicitaire suscitent de sérieuses préoccupations quant à la transparence et à la crédibilité du secteur. L’Autorité affirme avoir constaté une recrudescence de comportements consistant à manipuler artificiellement les indicateurs d’audience et d’interaction sur les plateformes numériques, notamment à travers l’achat massif d’abonnés ou le recours à ce que l’on appelle communément des « fermes à clics ». Ces procédés visent à donner l’illusion d’une audience plus large qu’elle ne l’est réellement.
Pour l’instance de régulation, ces méthodes dépassent largement le simple cadre technique et constituent des pratiques susceptibles de fausser la transparence du marché publicitaire. Elles peuvent également influencer les décisions des annonceurs, qui fondent leurs stratégies d’investissement sur des indicateurs d’audience censés refléter la réalité du marché. En s’appuyant sur des données erronées ou manipulées, les entreprises risquent ainsi de consacrer des budgets publicitaires importants à des supports dont l’impact réel est largement surestimé. L’Autorité rappelle que la présentation de statistiques d’audience non vérifiées ou artificiellement gonflées peut s’apparenter à une forme de publicité trompeuse, interdite par l’article 51 du cahier des charges régissant les services audiovisuels. Une telle pratique porte atteinte aux principes fondamentaux de concurrence loyale que l’ANIRA est chargée de préserver au sein du secteur. Cette mise en garde intervient également à l’approche de périodes particulièrement sensibles sur le plan publicitaire, notamment durant le mois sacré de Ramadan, période durant laquelle les chaînes de télévision et les plateformes numériques enregistrent traditionnellement des audiences élevées et attirent d’importants investissements publicitaires. Dans ce contexte, l’ANIRA insiste sur le fait que la diffusion de classements d’audience ou de palmarès médiatiques ne peut se faire qu’en s’appuyant sur des outils de mesure scientifiques et reconnus. Or, en l’absence d’une institution nationale spécialisée et officiellement agréée dans la mesure d’audience selon des normes méthodologiques unifiées en Algérie, les chiffres et données diffusés ne peuvent être considérés comme des références fiables. Selon l’Autorité, ces indicateurs sont parfois utilisés pour justifier une hausse injustifiée des tarifs des espaces publicitaires ou pour exercer des pressions commerciales sur les annonceurs, ce qui nuit à l’équilibre économique du marché médiatique.
L’ANIRA rappelle à ce titre les dispositions de l’article 41 du décret exécutif 24-250, qui limite la diffusion d’informations relatives aux taux d’audience ou d’écoute aux données émanant d’institutions spécialisées et accréditées. Toute publication ou promotion de chiffres reposant sur des méthodologies non reconnues est susceptible de constituer une désinformation du public et des opérateurs économiques.
Plaçant la protection du consommateur et le renforcement de la confiance dans l’environnement médiatique au cœur de ses priorités, l’Autorité appelle l’ensemble des acteurs du secteur « chaînes de télévision, agences de publicité et opérateurs audiovisuels, y compris ceux opérant sur internet » à faire preuve d’un sens élevé de responsabilité professionnelle et à respecter scrupuleusement les règles de transparence et d’intégrité dans l’activité publicitaire. L’ANIRA a enfin averti qu’elle se réserve le droit de prendre toutes les mesures réglementaires nécessaires à l’encontre de toute infraction constatée, que ce soit sur les écrans de télévision ou sur les plateformes numériques relevant des services de communication audiovisuelle.
Abed MEGHIT
