Dr Fethi Benachenhou Médecin généraliste, l’invité du Forum DK NEWS Maladies chroniques et jeûne : Une alerte médicale pour replacer la santé publique au cœur du Ramadhan

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À l’heure où les maladies chroniques s’imposent comme l’un des défis majeurs de santé publique en Algérie, le forum du quotidien DKNEWS s’est affirmé, ce mardi dernier, comme un espace de réflexion scientifique et citoyenne de premier plan.

Consacrée au thème sensible et largement débattu du jeûne face aux maladies chroniques, cette rencontre a réuni professionnels de santé et journalistes autour d’une question centrale : comment concilier spiritualité, pratiques sociales et impératifs médicaux, sans mettre la santé des patients en danger ? Invité de ce forum, le docteur Fethi Benachenhou, médecin de santé publique, a livré une intervention dense, rigoureuse et profondément responsable.
Dès l’entame, il a tenu à exprimer sa gratitude au journal DKNEWS pour l’organisation de ces forums, qu’il a qualifiés « d’initiatives essentielles dans la promotion de l’éducation sanitaire et de la conscience collective ».
Il a souligné que le Ramadhan est indissociable de la santé publique, appelant à une approche moderne, rationnelle et scientifique du jeûne, loin des idées reçues et des discours approximatifs.

Les maladies chroniques : un enjeu stratégique pour la santé nationale
Dans son intervention, le Dr Benachenhou a replacé le débat dans son contexte national.
Les maladies chroniques « diabète, hypertension artérielle, maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques » représentent aujourd’hui une charge considérable pour le système de santé algérien.
Elles touchent toutes les catégories sociales, affectent durablement la qualité de vie des patients et pèsent lourdement sur les ressources humaines et financières du pays.
« Nous sommes face à une transition épidémiologique qui exige des réponses structurées, durables et fondées sur la prévention », a-t-il souligné.
Pour lui, l’éducation sanitaire, la responsabilité individuelle et le suivi médical régulier constituent désormais des piliers incontournables de toute politique de santé publique efficace.

Jeûne et santé : dépasser les discours simplistes
Abordant le cœur du sujet, le Dr Benachenhou a tenu à déconstruire les idées simplistes et parfois dangereuses entourant le jeûne.
Si cette pratique est profondément ancrée dans la société algérienne et porte une dimension spirituelle majeure, elle entraîne néanmoins des modifications physiologiques importantes qui doivent être évaluées au cas par cas.
« Le jeûne n’est ni une solution miracle ni un danger absolu.
Il doit être analysé à la lumière de l’état de santé réel de chaque individu », a-t-il affirmé.
Une mise au point essentielle, destinée à protéger les patients chroniques contre des décisions prises sans avis médical, souvent sous l’influence de pressions sociales ou de croyances non fondées.

Ramadhan : spiritualité, discipline et responsabilité sanitaire
Le Dr Benachenhou a rappelé avec fermeté que le Ramadhan doit être un mois de spiritualité, de discipline et de modération, et non une période de surconsommation alimentaire. Il a dénoncé une dérive inquiétante transformant ce mois sacré en une succession d’excès nutritionnels : abondance de plats riches en sucres, en graisses et en sel, horaires alimentaires désorganisés et sédentarité accrue.
Une situation aux conséquences sanitaires directes, particulièrement chez les personnes atteintes de maladies chroniques.

Diabète : une vigilance médicale indispensable
Le diabète a occupé une place centrale dans les échanges.
Le Dr Benachenhou a insisté sur la diversité des profils cliniques et sur l’absolue nécessité d’une approche personnalisée.
Certains patients diabétiques, bien équilibrés et correctement suivis, peuvent envisager le jeûne sous conditions strictes.
D’autres, notamment ceux sous insulinothérapie ou présentant des complications, s’exposent à des risques graves.
« Les hypoglycémies sévères, la déshydratation et les déséquilibres métaboliques ne sont pas des hypothèses théoriques.
Nous les observons chaque année », a-t-il averti, appelant à une prise de conscience nationale.

Hypertension et maladies cardiovasculaires : attention aux faux bénéfices
Concernant l’hypertension artérielle et les maladies cardiovasculaires, le médecin a nuancé certains discours présentant le jeûne comme systématiquement bénéfique.
Si une amélioration transitoire peut être observée chez certains patients, ces effets positifs peuvent être annulés par de mauvaises habitudes alimentaires lors de la rupture du jeûne.
L’excès de sel, de sucres rapides et de graisses saturées constitue, selon lui, un véritable piège sanitaire, rappelant l’importance du respect strict des traitements et du suivi médical continu.

Système immunitaire et jeûne : entre équilibre et fragilité
Interrogé sur l’impact du jeûne du Ramadhan sur le système immunitaire, le Dr Benachenhou a apporté une réponse nuancée et scientifique.
Chez les personnes en bonne santé, un jeûne bien conduit, associé à une alimentation équilibrée et à un sommeil suffisant, peut contribuer à un meilleur équilibre métabolique, sans altérer significativement les défenses immunitaires.
En revanche, chez les personnes fragiles « malades chroniques, personnes âgées ou immunodéprimées », le jeûne mal encadré peut affaiblir les défenses immunitaires, notamment en cas de déshydratation, de carences nutritionnelles ou de déséquilibre glycémique.

Maladies respiratoires chroniques : prudence et adaptation
Le Dr Benachenhou a également abordé les effets du jeûne sur les maladies respiratoires chroniques, telles que l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).
Le jeûne n’est pas en soi un facteur aggravant systématique, mais il peut influencer la symptomatologie selon les conditions.
La déshydratation, l’exposition à des irritants, le non-respect des traitements inhalés et la fatigue peuvent aggraver les symptômes respiratoires.
Il a insisté sur la nécessité de maintenir les traitements, d’adapter les horaires de prise et de consulter le médecin traitant avant le Ramadhan.

Désinformation médicale : un danger silencieux
L’un des messages les plus forts de ce forum a porté sur la désinformation circulant sur les réseaux sociaux.
L’idée selon laquelle le jeûne pourrait remplacer certains traitements médicaux est, selon le Dr Benachenhou, une dérive grave mettant directement en danger la santé publique.
« Aucune pratique, aussi respectable soit-elle, ne peut se substituer à un traitement médical validé scientifiquement », a-t-il martelé.
Il a appelé les médias à jouer pleinement leur rôle éducatif et à lutter contre les fausses promesses qui exploitent la vulnérabilité des patients.

Médecin traitant et activité physique : piliers de la prévention
Le médecin a enfin insisté sur le rôle central du médecin traitant, véritable rempart contre le risque. La préparation au jeûne doit se faire plusieurs semaines à l’avance, avec une adaptation personnalisée des traitements.
Il a également rappelé l’importance de l’activité physique, même modérée, durant le Ramadhan, soulignant la nécessité de « changer de disque dur » et d’adopter un mode de vie moderne, équilibré et responsable.

Une alerte médicale au service de l’intérêt général
En organisant ce forum, DKNEWS confirme son rôle de média engagé dans les grands débats de santé publique.
En conclusion, le Dr Fethi Benachenhou a lancé un appel clair : placer la santé au-dessus de toute approximation, faire du Ramadhan un mois de discipline et de prévention, et construire une culture sanitaire fondée sur la science et la responsabilité collective.
Une intervention forte, lucide et profondément citoyenne, qui résonne comme un appel national à protéger la santé publique, dans le respect des valeurs spirituelles et humaines.

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