Alger a été, ce dimanche dernier, le théâtre d’un tournant stratégique pour l’avenir de l’agriculture nationale.
Deux conventions de coopération majeures ont été signées entre le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dans une démarche résolument orientée vers la modernisation des pratiques agricoles, l’amélioration du rendement des terres et la valorisation concrète de la recherche scientifique au service du développement économique et de la sécurité alimentaire.
La cérémonie officielle s’est déroulée au siège du ministère de l’Agriculture, sous la supervision du ministre du secteur, Yacine El Mahdi Oualid, et de son homologue de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari.
À travers ces deux accords, les pouvoirs publics entendent instaurer un nouveau modèle de coopération intersectorielle, fondé sur la science, l’innovation et l’exploitation optimale des ressources humaines et technologiques du pays.
La première convention, signée par le directeur général de la production agricole, Lotfi Ghernaout, et le directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique, Mohamed Bouhicha, vise à mobiliser le potentiel des universités et de leurs laboratoires pour réaliser des analyses agricoles au profit des agriculteurs et des investisseurs.
Il s’agit notamment des analyses des sols, des engrais, des eaux d’irrigation, des semences et des plants, selon une approche scientifique structurée reposant sur la mise en réseau des capacités universitaires et l’unification des protocoles d’analyse à l’échelle nationale.
Cet accord répond à un déficit structurel longtemps observé dans la disponibilité de services d’analyses fiables et accessibles, un manque qui a souvent conduit à des décisions techniques approximatives et à une utilisation inadaptée des intrants agricoles.
En instaurant une culture de l’analyse scientifique préalable, les autorités ambitionnent de renforcer la qualité des pratiques agricoles, d’optimiser l’utilisation des engrais et de contribuer à la durabilité des systèmes de production, tout en améliorant de manière tangible les rendements.
Les analyses prévues dans le cadre de cette coopération permettront d’évaluer avec précision les caractéristiques physiques, chimiques et biologiques des sols afin de déterminer leurs besoins réels en éléments fertilisants.
Elles incluront également l’estimation de la qualité des eaux d’irrigation et de leur impact sur les sols et les cultures, l’analyse des engrais pour vérifier leur conformité aux normes en vigueur, le contrôle des proportions des éléments nutritifs essentiels, notamment l’azote, le phosphore et le potassium, ainsi que l’examen des semences et des plants pour garantir leur conformité aux spécifications techniques requises.
Au-delà de l’aspect purement technique, cette convention revêt une dimension académique et formatrice importante.
Les deux secteurs se sont accordés sur le soutien aux étudiants, l’accompagnement de leurs stages scientifiques et de leurs mémoires de fin d’études, ainsi que sur l’intensification des travaux de recherche et développement dans des domaines stratégiques.
Parmi les axes prioritaires figurent la production et la sélection de nouvelles variétés agricoles capables de s’adapter aux contraintes climatiques et environnementales, le recours aux technologies moléculaires modernes, l’amélioration de la qualité de l’eau d’irrigation et l’optimisation de la composition des engrais.
La seconde convention, quant à elle, a été signée par le directeur général des forêts, Djamel Touahria, et la directrice générale de l’Institut technique des grandes cultures, Houria Bouneder.
Elle porte sur la fourniture de drones à l’institut, destiné à la surveillance des grandes cultures.
Ces outils technologiques permettront un suivi précis de l’évolution des cultures en termes de productivité, ainsi qu’une détection précoce des maladies et des parasites, renforçant ainsi les capacités de prévention et d’intervention rapide sur le terrain.
Dans une déclaration à la presse à l’issue de la cérémonie, le ministre de l’Agriculture a souligné l’importance stratégique de ces deux accords, qui s’inscrivent pleinement dans la mise en œuvre de la feuille de route du secteur agricole à l’horizon 2026.
Il a insisté sur le lien indissociable entre la modernisation de l’agriculture et la valorisation des résultats de la recherche scientifique, estimant que ces conventions permettront d’apporter des solutions concrètes à de nombreuses difficultés auxquelles fait face le secteur.
Le ministre a notamment mis en exergue l’impact négatif de l’absence de culture de l’analyse des sols avant l’utilisation des engrais, un facteur qui entraîne une baisse significative de la productivité en raison de l’emploi de quantités ou de formulations inadaptées à la nature des sols.
Le recours systématique aux analyses scientifiques préalables, a-t-il affirmé, permettra d’améliorer sensiblement les rendements, en particulier dans les filières stratégiques comme celle du blé, dont le rendement pourrait augmenter de l’ordre de 20 quintaux par hectare.
Pour sa part, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a qualifié ces conventions de pierre angulaire dans le processus de transformation de l’agriculture nationale.
Selon lui, il s’agit d’un passage nécessaire d’une agriculture à caractère artisanal vers une agriculture moderne, innovante et fondée sur la connaissance.
Il a souligné l’impératif de traduire les résultats de la recherche scientifique en projets concrets sur le terrain, capables de stimuler la productivité et de créer de la valeur ajoutée.
Cette initiative, a-t-il conclu, s’inscrit pleinement dans les efforts visant à instaurer une agriculture durable, compétitive et résiliente, apte à renforcer la sécurité alimentaire nationale et à répondre aux ambitions de l’Algérie nouvelle.
À travers ces partenariats structurants, l’État affirme sa volonté de faire de la science et de l’innovation des leviers essentiels du développement agricole et économique du pays.
Abed MEGHIT
