L’école est censée être un sanctuaire de savoir, de protection et d’égalité, un espace où l’élève apprend, s’épanouit et construit son avenir à l’abri de toute forme de peur ou de pression.
Pourtant, à Tissemsilt, une affaire grave survenue au Collège d’Enseignement Moyen « Émir Khaled » vient ébranler cette vocation fondamentale et interpelle, au-delà des autorités locales, le ministre de l’Éducation nationale lui-même. Les faits, rapportés par la famille de la victime et corroborés par plusieurs témoignages, concernent une collégienne qui aurait vécu, durant plusieurs semaines, sous la menace répétée d’une camarade de classe.
Selon les éléments portés à la connaissance de l’administration de l’établissement, ces pressions auraient pris la forme de messages écrits, transmis discrètement à l’élève, l’enjoignant de dérober de l’argent à ses parents et de remettre une somme de 1 000 DA , sous peine de représailles.
Une situation qui aurait plongé la jeune élève dans un état de peur permanente, au point de redouter quotidiennement de se rendre en classe et de ne plus se sentir en sécurité dans son propre établissement scolaire.
Le père de la collégienne évoque une enfant profondément marquée psychologiquement, affirmant avec inquiétude que sa fille ne bénéficie plus de la protection que l’école est censée lui garantir.Plus préoccupant encore, selon des sources concordantes, une enseignante aurait surpris l’élève mise en cause en flagrant délit, en train de rédiger et de transmettre ces messages de menace.L’incident aurait été immédiatement signalé à la direction du CEM Émir Khaled, plaçant ainsi l’administration devant une responsabilité claire et immédiate.Or, selon la famille de la victime, aucune mesure concrète et formalisée n’aurait été prise pour assurer la sécurité de l’élève.Ni décision disciplinaire écrite, ni mesure d’éloignement, ni accompagnement psychologique officiel ne semblent avoir été mis en place, laissant perdurer un climat d’angoisse et d’insécurité.
Cette inertie présumée alimente un sentiment profond d’abandon institutionnel.
Plus grave encore, le père de la collégienne affirme avoir le sentiment que l’affaire ferait l’objet d’une tentative de dissimulation au sein même de l’établissement.
Selon ses déclarations, la direction du collège, incluant le directeur, le censeur et certains enseignants, chercherait à minimiser les faits afin d’éviter toute exposition extérieure.
Ces accusations, rapportées avec prudence, traduisent néanmoins une perte totale de confiance de la famille envers l’administration locale et renforcent le malaise autour de cette affaire.À ce climat déjà lourd s’ajoutent d’autres signalements préoccupants.
Plusieurs élèves du CEM Émir Khaled dénoncent des comportements jugés humiliants et intimidants de la part d’une enseignante, évoquant des insultes verbales, des propos dégradants et un refus répété de réexpliquer les cours malgré leurs difficultés de compréhension.
Selon ces témoignages, les élèves seraient confrontés à un environnement pédagogique anxiogène, incompatible avec les principes fondamentaux de l’enseignement.
La gravité de la situation est accentuée par le contexte scolaire dans lequel elle s’inscrit.
Les élèves concernés préparent le Brevet d’Enseignement Moyen (BEM), une étape décisive de leur parcours éducatif.
À ce niveau, la stabilité psychologique, l’encadrement pédagogique et le respect de la dignité des élèves sont des conditions indispensables à la réussite.
Tout manquement à ces exigences risque de compromettre durablement leur avenir scolaire.
Face à l’absence de réponses jugées satisfaisantes au niveau de l’établissement, une correspondance officielle a été adressée à la direction de l’éducation de la wilaya de Tissemsilt.
Des instructions auraient été données afin de recueillir des explications auprès de la direction du collège.Toutefois, selon des sources proches du dossier, les faits auraient été niés ou fortement minimisés, malgré l’existence de signalements antérieurs et de témoignages directs.
À ce jour, aucune enquête administrative approfondie n’a été officiellement annoncée.
Pourtant, le cadre réglementaire régissant les établissements scolaires algériens est explicite : toute menace, toute intimidation, toute atteinte à la dignité d’un élève et tout manquement à l’acte pédagogique doivent faire l’objet d’une intervention immédiate, documentée et protectrice.
L’absence de réaction adéquate engage nécessairement la responsabilité administrative et soulève de sérieuses interrogations sur la gouvernance locale du secteur éducatif.
Estimant que toutes les voies locales ont été épuisées, le père de la collégienne lance aujourd’hui un appel solennel au ministre de l’Éducation nationale.
Il demande l’ouverture d’une enquête administrative indépendante, la mise en place de mesures immédiates pour garantir la protection effective des élèves, la clarification des responsabilités et le rétablissement d’un climat scolaire sain, sécurisé et conforme aux valeurs de l’école algérienne.
Au-delà du cas du CEM Émir Khaled, cette affaire pose une question fondamentale qui concerne l’ensemble du système éducatif national : l’école algérienne peut-elle tolérer que la peur, le silence et la dissimulation prennent le pas sur la protection de l’enfant et le respect de sa dignité ? À Tissemsilt, le silence n’est plus une option.
Il appelle désormais une réponse claire, ferme et responsable au plus haut niveau de l’État, afin que l’école demeure, partout en Algérie, un espace de confiance, de justice et d’avenir.
Abed MEGHIT
