L’Algérie s’apprête à inscrire une nouvelle page majeure de son histoire économique et stratégique.
À Béchar, la mise en service officielle du gisement de fer de Gara Djebilet et l’acheminement des premières cargaisons de minerai via la ligne ferroviaire Ouest marquent un tournant décisif qui dépasse largement le cadre d’un simple projet industriel.
Il s’agit d’un événement à forte portée nationale, régionale et continentale, longtemps attendu, longtemps différé, mais désormais concrétisé.
Un projet rêvé à l’époque de Houari Boumediene, devenu réalité sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, symbolisant la continuité de l’État et la maturation d’une vision stratégique longtemps entravée .La dimension géopolitique de ce mégaprojet est indéniable.
La ligne ferroviaire reliant Béchar, Béni Abbès, Tindouf et Gara Djebilet, sur près de 950 kilomètres, constitue un véritable axe structurant pour le sud-ouest algérien.
Elle ouvre des perspectives nouvelles d’intégration économique avec l’Afrique subsaharienne, en parfaite cohérence avec les ambitions de l’Algérie dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Cette infrastructure transforme des espaces longtemps enclavés en carrefours de circulation, de production et d’échanges, redessinant ainsi la carte économique du pays et renforçant son ancrage africain.
Sur le plan stratégique, Gara Djebilet représente un pilier fondamental de la souveraineté industrielle nationale.
En garantissant une autonomie durable en minerai de fer, ce projet sécurise l’approvisionnement des grands complexes sidérurgiques du pays, notamment ceux de Bellara, Tosyali et Sider El Hadjar.
Il s’agit là d’un enjeu crucial à l’heure où les chaînes d’approvisionnement mondiales sont soumises à des tensions croissantes et à des aléas géopolitiques imprévisibles.
En misant sur ses propres ressources, l’Algérie renforce son indépendance économique et consolide les bases d’une industrie lourde compétitive.
L’impact économique du gisement est tout aussi considérable.
Avec des réserves estimées à environ 3,5 milliards de tonnes de fer brut, dont près de 1,7 milliard de tonnes commercialement exploitables, Gara Djebilet s’impose comme l’un des plus importants gisements au monde.
Les retombées en devises, évaluées à des dizaines de millions de dollars par an, constituent un apport non négligeable dans la stratégie nationale de diversification des sources de revenus, loin de la dépendance exclusive aux hydrocarbures.
Ce projet incarne ainsi un levier puissant de croissance, d’investissement et de création de valeur ajoutée.
La dimension sociale n’est pas en reste.
La mise en exploitation du gisement devrait générer environ 5 000 emplois directs et près de 20 000 emplois indirects, contribuant à la dynamisation économique des régions du sud-ouest et à la réduction des disparités territoriales.
Au-delà des chiffres, c’est tout un tissu socio-économique qui se structure autour de cette activité, offrant des perspectives nouvelles aux jeunes et renforçant l’attractivité de zones longtemps marginalisées.
C’est précisément pour toutes ces raisons que Gara Djebilet suscite convoitises, crispations et réactions hostiles.
Le plus grand projet minier de l’Algérie indépendante dérange, car il consacre une réussite stratégique majeure et met fin à des décennies de spéculations, de blocages et de calculs géopolitiques.
Les convoitises de certains voisins, nourries par des contentieux historiques et des ambitions inassouvies, se mêlent aux manœuvres d’acteurs qui voient leurs intérêts contrariés par l’émergence d’une Algérie plus forte et plus autonome.
Depuis la relance effective du projet, les tentatives de brouillage se sont multipliées.
Entre récits fantaisistes sur les frontières, résurgences de dossiers anciens et instrumentalisation d’accords dépassés, certaines parties ont tout essayé pour entraver l’avancée de ce chantier stratégique.
L’évocation récurrente de l’accord de 1972 sur une hypothétique joint-venture, ou encore la mise en scène de discours révisionnistes autour de l’histoire territoriale, illustrent cette agitation stérile face à une réalité désormais irréversible.
Mais l’Algérie avance.
Avec le début effectif de l’extraction du minerai de fer et son transport via la ligne ferroviaire minière Ouest, le temps des illusions touche à sa fin.
Les faits s’imposent face aux discours, et la concrétisation du projet relègue les manœuvres hostiles au rang de bruits de fond sans effet réel.
Gara Djebilet est désormais une réalité industrielle, économique et stratégique, inscrite dans une vision de long terme au service de l’État algérien.
La caravane avance, portée par la volonté politique, les compétences nationales et la conviction que l’Algérie a les moyens de ses ambitions.
Les aboiements s’estompent, les convoitises se heurtent à la souveraineté, et le pays poursuit sa marche vers l’émergence, fort de ses ressources, de son unité et de sa détermination.
Abed MEGHIT
