Donbass, ligne rouge du Kremlin Moscou durcit ses exigences à la veille de pourparlers sensibles à Abou Dhabi

dknews
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À l’approche de discussions diplomatiques présentées comme cruciales pour l’avenir du conflit en Ukraine, la Russie a réaffirmé avec une fermeté sans équivoque sa position sur le dossier territorial, exigeant le retrait des forces armées ukrainiennes du Donbass comme condition préalable à tout règlement durable.

Cette exigence a été formulée vendredi, alors que des responsables russes, ukrainiens et américains s’apprêtent à se retrouver à Abou Dhabi pour des pourparlers qualifiés d’inédits dans le cadre d’un plan de règlement promu par Washington.
Le message de Moscou a été porté par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui a insisté sur le caractère central de la question territoriale dans toute tentative de sortie de crise.
Selon lui, sans un règlement clair du statut du Donbass, il serait illusoire d’espérer la conclusion d’un accord de long terme susceptible de mettre fin à plus de trois années de guerre.
Le retrait des troupes ukrainiennes de cette région de l’est de l’Ukraine est ainsi présenté par la Russie comme un préalable incontournable, traduisant une ligne politique rigide et assumée.
Le Donbass, territoire à forte valeur stratégique, industrielle et minière, englobe principalement les régions de Donetsk et de Lougansk.
Partiellement contrôlée par les forces russes, la région de Donetsk demeure l’épicentre des combats les plus violents depuis le déclenchement de l’offensive russe à grande échelle en 2022.
Les affrontements y ont causé, selon des estimations concordantes, des dizaines de milliers de morts, civils et militaires confondus, et ont profondément bouleversé l’équilibre géopolitique européen.
Cette nouvelle séquence diplomatique s’inscrit dans un contexte international particulièrement dense.
La réunion d’Abou Dhabi intervient au lendemain de deux rencontres de haut niveau qui illustrent l’intensification des efforts diplomatiques autour du conflit.
À Davos, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est entretenu avec le président américain Donald Trump, tandis qu’à Moscou, le président russe Vladimir Poutine recevait les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner.
Ces échanges successifs témoignent du rôle central que les États-Unis entendent jouer dans la recherche d’un compromis, malgré la complexité des positions en présence.
Du côté ukrainien, le président Volodymyr Zelensky a reconnu que la question territoriale reste le principal point de désaccord entre Kiev et Moscou.
Il a confirmé que le dossier du Donbass serait au cœur des discussions prévues à Abou Dhabi, appelées à se dérouler sur deux jours.

Conscient de la sensibilité des enjeux, le chef de l’État ukrainien a indiqué qu’il prévoyait de rester en contact étroit avec son équipe de négociateurs sur place, notamment par des échanges téléphoniques, afin de coordonner la position de Kiev dans le cadre de cette réunion tripartite.
À ce stade, l’architecture exacte des discussions demeure incertaine.
Il n’est pas confirmé que les délégations russe et ukrainienne négocieront directement face à face.
Depuis l’annonce, en novembre dernier, d’un plan américain visant à trouver une issue au conflit, aucun cycle structuré de négociations directes n’a véritablement vu le jour.
Le dernier épisode de ce type remonte à juillet 2025 à Istanbul, sans débouché politique notable, hormis des accords limités portant sur des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats.
Sur le plan des représentations, Moscou a choisi de confier la conduite de sa délégation au général Igor Kostioukov, chef des renseignements militaires russes.
Cette désignation souligne la dimension sécuritaire et stratégique accordée par le Kremlin à ces pourparlers, dans un contexte où la frontière entre diplomatie et rapport de force militaire demeure étroite.
Kiev, pour sa part, sera représentée par une délégation de haut niveau comprenant le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, le chef de cabinet présidentiel Kyrylo Boudanov, son adjoint Serguiï Kyslytsia, le chef du parti présidentiel David Arakhamia, ainsi que le chef d’état-major des forces armées ukrainiennes, le général Andriï Gnatov.
Le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov, a qualifié de « utile à tous points de vue » l’entretien tenu la veille à Moscou entre Vladimir Poutine et Steve Witkoff.
Il a également annoncé la tenue, en marge des discussions politiques, d’une réunion consacrée aux questions économiques entre l’émissaire américain et Kirill Dmitriev, représentant spécial du Kremlin pour les affaires économiques internationales.
Cette dimension économique rappelle que toute perspective de règlement du conflit ne pourra faire l’impasse sur des dossiers sensibles tels que les sanctions, la reconstruction et les équilibres énergétiques.
Malgré les déclarations affirmant un intérêt pour une solution politico-diplomatique, la Russie n’a pas dissimulé sa détermination à poursuivre ses objectifs militaires tant qu’aucun accord concret ne sera trouvé.
Selon Iouri Ouchakov, Moscou continuera d’atteindre ses objectifs « sur le champ de bataille », confirmant que la pression militaire reste un levier central de sa stratégie de négociation.
À Davos, Volodymyr Zelensky a adopté un ton particulièrement sévère à l’égard des partenaires européens de l’Ukraine.

Il a décrit une Europe « fragmentée » et « perdue », incapable selon lui d’exercer une influence décisive sur les positions de Donald Trump et manquant de volonté politique face à Vladimir Poutine.
Ces propos traduisent une inquiétude croissante à Kiev quant à la solidité du soutien occidental, à un moment où la guerre s’enlise et où les équilibres politiques internationaux évoluent rapidement.
Lors de son échange avec le président américain, qualifié de positif mais complexe, Volodymyr Zelensky a affirmé être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité que les États-Unis devraient offrir à l’Ukraine afin de prévenir toute nouvelle offensive russe.
Cette question des garanties reste centrale pour Kiev, qui redoute qu’un cessez-le-feu ou un accord partiel ne conduise à une situation gelée favorable à Moscou.
Pendant que les tractations diplomatiques se poursuivent, la situation sur le terrain demeure extrêmement préoccupante.
La Russie a intensifié ces derniers mois ses frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, provoquant des coupures massives d’électricité et de chauffage, notamment à Kiev, alors que le pays affronte des conditions hivernales rigoureuses.
Ces attaques accentuent la pression sur les autorités ukrainiennes et renforcent l’urgence d’une solution politique, même provisoire.
À la veille des discussions d’Abou Dhabi, le conflit ukrainien apparaît ainsi à un moment charnière.
Entre exigences territoriales russes, préoccupations sécuritaires ukrainiennes et médiation américaine sous haute tension, les marges de manœuvre semblent étroites.
Le Donbass, plus que jamais, s’impose comme la clé de voûte d’un conflit dont l’issue continue de façonner l’équilibre géopolitique mondial.

Par Abed Meghit

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