ÉDITORIAL DKNEWS DU JOUR  CAN-2025 : Le réveil brutal d’un football africain pris en otage

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Le rideau est tombé sur la CAN-2025, mais derrière les feux d’artifice de clôture et les sourires figés des officiels, c’est un spectacle autrement plus sombre qui s’impose à la conscience africaine.

Ce qui devait être la grande fête du football continental s’est mué, au fil des semaines, en une fresque troublante où se sont mêlées corruption, pressions politiques, manipulations grossières et dérives inquiétantes, laissant une empreinte durable sur l’image du sport africain et, au-delà, sur celle du continent tout entier.

Jamais, dans l’histoire récente des compétitions africaines, un tournoi n’aura autant cristallisé les soupçons.

Intimidations à peine voilées, arbitrages controversés, climat délétère autour des délégations et, fait gravissime, la découverte de corps sans vie de journalistes africains dans des chambres d’hôtel, dans des circonstances restées floues, ont transformé l’événement sportif en une énigme aux allures de thriller politique.

Un mois durant, le football a semblé relégué au second plan, éclipsé par une mécanique implacable où l’image, le calcul et la domination symbolique ont pris le pas sur l’éthique et le fair-play.

Il est vrai que le Makhzen a mobilisé des moyens colossaux pour redorer un blason terni par une succession de scandales politiques et diplomatiques.

Des affaires d’espionnage, à l’image du dossier Pegasus, jusqu’aux accusations de corruption visant certains cercles européens, le Royaume a tenté de transformer la CAN en vitrine de respectabilité.

Plus de deux milliards de dollars auraient été sollicités auprès de bailleurs de fonds et d’institutions financières internationales pour offrir au monde un décor de façade, dont la facture, au final, sera payée par un citoyen marocain déjà éprouvé par la cherté de la vie et l’érosion de son pouvoir d’achat.

La séquence la plus marquante, et sans doute la plus révélatrice, reste celle de la cérémonie de remise du trophée.

Le refus ostentatoire du frère cadet du Roi de remettre la coupe au capitaine sénégalais, devant des millions de téléspectateurs, a choqué bien au-delà des frontières sportives.

Un geste perçu comme un affront à l’esprit même du football, mais aussi comme une illustration d’une arrogance politique transposée sur le terrain du sport.

Ces comportements rappellent d’autres scènes tout aussi édifiantes, à l’image de la tentative d’effacement de l’emblème national algérien lors d’une conférence de presse à l’ONU, ou encore l’agression d’un diplomate sahraoui en 2024 lors de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique.

Autant d’actes qui traduisent une méthode : celle de l’intimidation et de la négation de l’autre.

L’histoire, pourtant, n’oublie rien.

Du traité de Tanger de 1844 aux épisodes controversés de la diplomatie marocaine contemporaine, en passant par les alliances ambiguës et les trahisons assumées, les constantes demeurent.

Cette CAN-2025, désormais reléguée aux archives, n’aura pas seulement laissé un goût amer aux supporters privés de rêve.

Elle aura surtout éveillé une génération, la Génération Z, lucide et connectée, peu encline à se laisser berner par les artifices.

Une braise est allumée, et elle ne s’éteindra pas de sitôt.

Abed MEGHIT

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