À mesure que l’échéance des élections législatives se profile à l’horizon « prévues, sauf surprise, pour juin 2026, à l’issue du mandat de la neuvième législature élue le 12 juin 2021 », l’atmosphère politique nationale semble déjà gagner en intensité. Sans proclamation officielle de campagne, sans calendrier électoral arrêté, les signaux d’une mobilisation anticipée sont pourtant de plus en plus visibles. Le terrain politique, longtemps en veille, s’anime de nouveau, comme si la perspective du renouvellement de la composante de l’Assemblée populaire nationale suffisait à réveiller les ambitions et à réactiver les appareils partisans.
Le dernier week-end en a donné une illustration éloquente. Cinq formations politiques, parmi les plus en vue sur l’échiquier national, ont renoué simultanément avec les sorties de terrain, les rencontres militantes et les discours à forte portée politique. Un mouvement qui, au-delà de la simple animation de la vie partisane, pose une question centrale : assiste-t-on déjà aux prémices d’une campagne électorale larvée ? Du côté de la majorité parlementaire, le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND) et le Front El-Moustakbal (FEM) ont investi plusieurs wilayas, multipliant meetings et rassemblements. Une dynamique somme toute attendue. Ces partis, solidement implantés dans les assemblées nationales et locales, n’ont jamais quitté durablement la scène institutionnelle. Leur participation au prochain scrutin ne fait guère de doute, tant leur ancrage électoral et organisationnel reste conséquent.
Le RND, conduit par Mounder Bouden, a ainsi jeté son dévolu sur les wilayas de Laghouat et d’El-Bayadh, tandis que le FLN d’Abdelkrim Benmbarek s’est rendu à El-Oued. De son côté, Fateh Boutbig, président du FEM, a animé une rencontre à Bordj Bou Arreridj. Partout, le discours s’est voulu rassembleur, institutionnel et résolument aligné sur le programme présidentiel. Les dirigeants de ces formations ont apporté un soutien appuyé aux récentes décisions du chef de l’État, notamment celles relatives à la prise en charge des ressortissants algériens en situation irrégulière ou critique à l’étranger. Un appui qui dépasse la simple approbation politique pour s’inscrire dans une logique de mobilisation nationale, appelant les militants à « faire front » derrière les institutions et à défendre la stabilité du pays. Mais derrière cette rhétorique d’unité et de soutien, difficile de ne pas percevoir les accents d’un discours préélectoral soigneusement calibré. La référence aux réalisations, la valorisation des choix présidentiels et l’appel à la mobilisation populaire constituent autant de marqueurs classiques d’une entrée progressive en campagne. L’opposition, loin d’être en reste, a elle aussi marqué ce week-end politique dense de son empreinte. Le Front des forces socialistes (FFS) et le Parti des travailleurs (PT), conduits respectivement par Youcef Aouchiche et Louisa Hanoune, ont clairement affiché leur présence et réaffirmé leur participation aux prochaines législatives. Le FFS a frappé un grand coup symbolique en organisant à Alger un colloque international dédié à son fondateur et leader historique, Hocine Aït Ahmed. Un hommage à forte charge politique, rappelant le poids historique et le prestige intact d’un parti qui demeure une référence dans le paysage oppositionnel.
De son côté, Louisa Hanoune a saisi l’occasion pour prendre position publiquement en faveur de l’initiative présidentielle relative au retour des Algériens sans-papiers à l’étranger. Une prise de position qui, au-delà de son contenu, témoigne d’une volonté de s’inscrire pleinement dans le débat national et de ne pas laisser le monopole du discours politique à la majorité. Ainsi, sans être officiellement lancée, la dynamique électorale semble bel et bien enclenchée. Les partis avancent leurs pions, testent leur capacité de mobilisation et affinent leurs discours. Loin d’un simple rituel partisan, cette effervescence précoce traduit une réalité : à un an et demi du scrutin, la bataille de l’opinion a déjà commencé. Et avec elle, la fièvre électorale, discrète mais persistante, s’installe durablement dans le paysage politique national.
Abed MEGHIT
