MAROC – Casablanca : Des démolitions controversées ravivent le débat sur le droit au logement et la justice sociale

dknews
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 À Casablanca, la plus grande métropole du Maroc, des opérations de démolition de maisons et d’expulsions forcées menées ces dernières semaines suscitent une vive indignation au sein de la société civile et de la classe politique.

Plusieurs organisations de défense des droits humains et formations politiques ont dénoncé, jeudi, ce qu’elles qualifient de violations flagrantes du droit au logement et à une vie digne, pourtant garantis par les lois nationales et les conventions internationales ratifiées par le Royaume.

Dans un communiqué commun, les coordinations des victimes des démolitions, l’Association marocaine des droits humains (AMDH), l’association ATTAC Maroc, ainsi que plusieurs partis politiques de gauche ont exprimé leur ferme opposition à ces opérations qui auraient affecté des milliers de familles pauvres, de commerçants et d’artisans.

Selon ces organisations, les démolitions en cours ne relèvent nullement d’une logique de développement urbain légitime, mais s’inscrivent plutôt dans une politique coercitive visant à déplacer les populations les plus vulnérables et à vider des quartiers entiers de leurs habitants historiques.

Les signataires du communiqué pointent du doigt une approche urbanistique jugée excluante et autoritaire, dans laquelle des projets qualifiés de « développement » sont imposés sans concertation préalable avec les citoyens concernés, ni transparence sur leurs objectifs réels.

« Les habitants sont transformés en victimes directes de choix urbanistiques qui ignorent totalement leurs conditions sociales et économiques », dénoncent-ils.

Les organisations alertent également sur le fait que ces opérations s’inscriraient dans le cadre d’un ancien plan architectural, longtemps gelé en raison de scandales de corruption et de détournements de fonds publics, ayant donné lieu à des condamnations judiciaires.

Pour elles, la relance de ces projets soulève de sérieuses interrogations quant à leur légalité et leur légitimité, et met en lumière la persistance de l’impunité dans la gestion des affaires urbaines.

Sur le terrain, les expulsions et démolitions auraient débuté dès le mois de décembre 2025, ciblant principalement des quartiers situés en périphérie de la ville, hors des anciens remparts.

Les habitants affirment ne pas avoir été informés à l’avance ni associés aux décisions les concernant.

Menées en pleine période hivernale et en cours d’année scolaire, ces opérations ont plongé de nombreuses familles dans une précarité accrue, les privant brutalement de leur logement et de leurs moyens de subsistance.

Les mécanismes de compensation proposés aux personnes affectées sont, eux aussi, vivement critiqués.

Les organisations dénoncent des procédures opaques, dépourvues de garanties juridiques claires, laissant les victimes à la merci de décisions administratives arbitraires.

Plusieurs familles se retrouvent ainsi sans solution de relogement adéquate, exposées à l’insécurité et à l’exclusion sociale.

Plus préoccupant encore, selon les mêmes sources, ces pratiques se seraient étendues à la médina de Casablanca, un espace à forte valeur historique et sociale.

Le prétexte d’habitations menaçant ruine serait utilisé pour évincer progressivement les habitants originels et transformer ces quartiers populaires en zones à vocation touristique et commerciale, au profit d’investisseurs privés.

Une dynamique perçue comme une forme de « gentrification forcée » qui efface la mémoire sociale des lieux et marginalise les populations les plus modestes.

Pour les organisations signataires, ces politiques traduisent l’absence d’une véritable vision de développement urbain fondée sur la justice sociale et le respect des droits humains.

Elles estiment que les autorités considèrent les populations pauvres non pas comme des acteurs du développement, mais comme un obstacle à éliminer au nom de projets économiques dont les bénéfices profiteraient essentiellement à une minorité.

En conclusion, les organisations de défense des droits humains et les partis politiques appellent à un arrêt immédiat des expulsions forcées et des démolitions arbitraires.

Elles exigent l’ouverture d’un dialogue transparent, inclusif et responsable avec les habitants concernés, ainsi que l’élaboration de politiques urbaines respectueuses du droit au logement, de la dignité humaine et des engagements internationaux du Maroc.

À Casablanca, ces événements ravivent un débat fondamental sur la manière de concilier développement urbain, attractivité économique et justice sociale.

Un débat qui, au-delà des murs démolis, interroge le modèle de ville et de société que les autorités entendent construire pour l’avenir.

Abed MEGHIT

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