ÉDITORIAL DKNEWS DU JOUR : L’école algérienne face au défi du numérique

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Au départ, l’objectif paraissait simple, presque évident : soulager les épaules de nos écoliers.

Depuis des années, parents, médecins et enseignants alertaient sur les effets néfastes du cartable surchargé, trop lourd pour de jeunes corps encore en pleine croissance.

Scolioses, douleurs dorsales, troubles posturaux et même rétrécissement de la cavité thoracique figuraient parmi les risques évoqués.

La question du poids du cartable n’était donc ni anecdotique ni secondaire.

Elle relevait pleinement de la santé publique et de la responsabilité éducative de l’État.

C’est dans ce contexte que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait donné des instructions claires lors du Conseil des ministres du 12 septembre 2021, appelant à « trouver des solutions immédiates à la souffrance des élèves due au poids du cartable ».

Un signal fort, salué unanimement.

Les pistes de réflexion se sont alors multipliées : réduction du nombre de pages des cahiers, allègement des manuels scolaires, normalisation stricte des dimensions du cartable de l’élève du primaire, fixées à 40 cm de hauteur, 28 cm de largeur et 12 cm de profondeur.

Des mesures utiles, certes, mais qui restaient partielles.

La solution retenue, plus ambitieuse, a marqué un tournant : l’introduction des tablettes électroniques en remplacement des manuels scolaires pour les élèves de troisième, quatrième et cinquième années du cycle primaire.

Une option audacieuse, porteuse d’une vision plus large : celle d’une école algérienne engagée dans la transition numérique, adaptée aux exigences du XXIᵉ siècle.

Jeudi dernier, devant l’Assemblée populaire nationale, le ministre de l’Éducation nationale, Mohammed Saâdaoui, est revenu sur ce chantier stratégique en répondant à une question orale consacrée à l’usage des tablettes à l’école.

Il a annoncé que « l’opération de généralisation de ces équipements à l’ensemble des écoles primaires sera achevée avant la fin de l’année en cours ».

Une déclaration forte, mais qui soulève, à juste titre, plusieurs interrogations.

Car le ministre lui-même reconnaît la complexité insoupçonnée de cette opération.

La tablette n’est pas un simple objet à distribuer.

Sa généralisation implique toute une chaîne de prérequis : formation approfondie des enseignants, adaptation des salles de classe, sécurisation des lieux de stockage au sein des établissements, sans oublier la nécessité d’une maintenance technique continue.

Autant de conditions indispensables pour garantir la viabilité du projet et éviter que ces équipements ne deviennent, à terme, des outils inutilisés ou dégradés.

À cela s’ajoute la question industrielle.

La production des tablettes a été confiée à l’Entreprise nationale des industries électroniques (ENIE), avec un taux d’intégration annoncé de 30 %.

Le président de la République a rapidement fixé un nouvel objectif, bien plus ambitieux : porter ce taux à 70 %.

Une exigence stratégique visant à réduire la dépendance aux importations, à faciliter la maintenance locale et à inscrire ce projet éducatif dans une dynamique de souveraineté industrielle.

Aujourd’hui, selon les chiffres avancés par le ministre, le taux de couverture des écoles primaires en tablettes électroniques n’atteint que 18 %.

Un chiffre qui interpelle.

Comment imaginer que les 82 % restants puissent être couverts en quelques mois, alors que les premiers 18 % ont nécessité plusieurs années de mise en œuvre, d’expérimentation et d’ajustements ? La question mérite d’être posée, sans polémique mais avec lucidité.

Certes, le ministre a rassuré en annonçant qu’une enveloppe financière conséquente a été allouée à ce programme.

Mais l’argent, aussi important soit-il, ne peut à lui seul accélérer des processus humains et logistiques aussi lourds que la formation pédagogique, la sécurisation des établissements et l’accompagnement technique.

La tablette scolaire, en définitive, dépasse largement la question du cartable allégé.

Elle incarne un choix de société, un pari sur l’avenir et sur la capacité de l’école algérienne à intégrer intelligemment le numérique.

À petites tablettes, en effet, grands moyens, grandes responsabilités et grands enjeux.

Reste à transformer l’ambition affichée en réussite durable, au bénéfice exclusif de l’élève et de l’école publique.

Abed MEGHIT

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