TISSEMSILT-L’Ouarsenis se souvient : hommage au wali martyr Mohamed Bellal, symbole d’un État debout face à la barbarie

dknews
5 Min Read

Trente et un ans se sont écoulés depuis ce 11 janvier 1994, une date gravée à jamais dans la mémoire collective de la wilaya de Tissemsilt et de toute la région de l’Ouarsenis. Ce jour-là, l’Algérie perdait l’un de ses jeunes et valeureux serviteurs : Mohamed Bellal, wali de Tissemsilt, tombé en martyr dans une embuscade terroriste, aux côtés de près d’une vingtaine de gendarmes, dont le chef du groupement de la Gendarmerie nationale de la wilaya, ainsi que d’autres officiers des forces de sécurité.

Le drame s’est produit sur l’axe reliant Theniet El Had à Oued El Gherga, aujourd’hui rebaptisée Youssoufia. Le wali Mohamed Bellal faisait partie d’un cortège officiel qui se rendait dans cette localité pour accomplir un geste à forte portée humaine et symbolique : rendre visite à deux employés du parc communal, blessés la veille par un groupe armé, et apporter soutien et réconfort à une population éprouvée par la violence terroriste qui sévissait alors avec une intensité croissante dans cette zone frontalière de la wilaya d’Aïn Defla.

Ce déplacement, loin d’être une simple sortie administrative, traduisait la conviction profonde de Mohamed Bellal que l’État devait rester présent sur le terrain, aux côtés des citoyens, malgré les menaces et les dangers. Seul civil du cortège, le jeune wali avait, par sens aigu des responsabilités, refusé que les autres membres de l’exécutif de la wilaya l’accompagnent. Il estimait, avec une lucidité presque prémonitoire, que la mission était trop risquée pour exposer l’ensemble des cadres de l’administration locale. Une décision courageuse, saluée aujourd’hui encore par ceux qui lui doivent la vie et qui reconnaissent en lui un responsable conscient de la valeur humaine derrière chaque fonction.

L’embuscade meurtrière coûta la vie à Mohamed Bellal, aux gendarmes qui l’accompagnaient, ainsi qu’à deux autres officiers, l’un de la police et l’autre de l’armée nationale populaire. Tous étaient jeunes, animés par un profond sens du devoir et par la volonté de servir leur pays dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Ils sont tombés en martyrs, victimes de la folie terroriste qui n’épargnait ni les responsables de l’État, ni les forces de sécurité, ni les citoyens sans défense. À Tissemsilt, le choc fut immense. Le lendemain du carnage, les fonctionnaires de la wilaya observèrent une journée de protestation, un fait rare, voire unique, témoignant de l’estime et de l’affection que le personnel administratif portait à leur wali. Mohamed Bellal avait su marquer les esprits par son ouverture, sa proximité avec les citoyens et sa capacité à communiquer avec simplicité et franchise. Ceux qui l’ont connu gardent le souvenir d’un responsable accessible, humain, parfois taquin, notamment avec les journalistes, avec lesquels il entretenait des relations empreintes de respect et de convivialité. La tragédie de janvier 1994 s’inscrit dans un contexte de violence généralisée qui a profondément meurtri la région de l’Ouarsenis. Les institutions, les infrastructures et même les champs de vigne, principale ressource économique de la population locale, avaient subi les effets dévastateurs de la nébuleuse intégriste. Paysans, fonctionnaires, militaires, responsables locaux : personne n’avait été épargné. Cette période douloureuse a laissé des cicatrices profondes, mais aussi des leçons de résilience et de courage.

Aujourd’hui encore, le souvenir du wali martyr Mohamed Bellal demeure vivant dans la mémoire des habitants de Tissemsilt. Son sacrifice symbolise un État qui refusait de plier, un responsable qui croyait en la mission républicaine et en la nécessité d’être présent auprès des citoyens, quelles que soient les circonstances. Le 11 janvier 1994 reste ainsi une date charnière, un rappel permanent du prix payé pour la sécurité et la stabilité retrouvées. En cette commémoration, l’hommage ne se limite pas à un devoir de mémoire. Il est aussi un message aux générations actuelles et futures sur la valeur de l’engagement, du courage et du sens de l’État. À la famille du défunt, la population de Tissemsilt renouvelle sa solidarité et son soutien, partageant une peine qui, trois décennies plus tard, demeure intacte.

Que Dieu accueille Mohamed Bellal, ainsi que tous ceux qui sont tombés avec lui, en Son vaste paradis. À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.

Abed MEGHIT

Share This Article
Leave a Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *