Apparue avec acuité à la fin de l’année 2021 et au début de 2022, la crise liée à la spéculation sur certains produits de large consommation a profondément marqué l’opinion publique et mis à nu les failles structurelles du marché national. Cette période restera associée à des perturbations inhabituelles, caractérisées par des pénuries artificielles, des flambées de prix soudaines et un climat général d’inquiétude chez les citoyens. Très vite, l’enquête parlementaire diligentée à l’époque a levé le voile sur les véritables ressorts de cette crise, pointant sans détour la responsabilité de certains « gros bonnets » du milieu, accusés d’avoir manipulé l’offre afin de vendre la marchandise à des prix exorbitants. Les conclusions de cette enquête ont marqué un tournant décisif. Pour la première fois, le phénomène de la spéculation a été traité non plus comme une simple dérive conjoncturelle, mais comme une menace directe à la stabilité sociale et économique du pays. Face à cette réalité, les autorités ont réagi en renforçant l’arsenal juridique destiné à lutter contre ces pratiques prédatrices. L’adoption de lois plus strictes et la mise en place de mécanismes de contrôle renforcés ont envoyé un message clair : l’État ne tolérera plus que des intérêts particuliers prennent en otage le pouvoir d’achat des citoyens. Depuis l’entrée en vigueur de ce dispositif juridique, les effets commencent à se faire sentir sur le terrain. Certes, la spéculation n’a pas totalement disparu, mais elle a nettement reculé. Les marchés affichent une meilleure disponibilité des produits de base et les prix, sans être parfaitement stabilisés, connaissent une relative accalmie. Cette évolution, perceptible pour le consommateur, témoigne de l’efficacité des mesures prises, mais aussi de la vigilance accrue des services de contrôle et de répression. Elle confirme surtout qu’une régulation ferme et cohérente peut, lorsqu’elle est appliquée avec rigueur, contenir les dérives les plus nocives du marché. Cependant, la stabilité économique ne se résume pas à la seule lutte contre la spéculation. Un autre défi, tout aussi sensible, continue de préoccuper les autorités et les citoyens : la question des liquidités. L’Algérie a déjà traversé, par le passé, plusieurs épisodes de pénurie de cash, provoquant de longues files d’attente devant les bureaux de poste et les banques, et alimentant un sentiment de frustration généralisée. Ces situations, souvent aggravées par des pics de consommation ou des dysfonctionnements techniques, ont mis en évidence la fragilité du circuit de distribution des liquidités. L’expérience a toutefois démontré que ces crises ne sont pas une fatalité. À chaque fois, une réaction rapide et coordonnée des autorités a permis de rétablir progressivement le fonctionnement normal du service. À l’approche du mois de Ramadhan, période traditionnellement marquée par une augmentation significative des dépenses des ménages, la question des liquidités prend une dimension particulière. Conscient de cet enjeu, le Gouvernement a récemment mis en place une commission intersectorielle chargée d’anticiper les éventuelles défaillances et d’y remédier sans délai. Cette commission, qui regroupe plusieurs institutions concernées, aura pour mission de surveiller de près la situation sur le terrain et d’intervenir rapidement en cas de perturbation du système bancaire ou postal. L’objectif est clair : éviter toute rupture dans la disponibilité des liquidités et garantir aux citoyens un accès fluide à leurs ressources financières, notamment durant les périodes de forte demande. Une telle approche traduit une volonté de passer d’une gestion réactive à une gestion préventive des crises.
L’exemple de juillet 2020 reste, à cet égard, particulièrement révélateur. À cette époque, confrontées à des tensions similaires, les autorités avaient instruit la mise en place d’un travail de coordination plus rigoureux et plus approfondi entre la Banque d’Algérie et Algérie Poste. Cette synergie institutionnelle avait permis d’alimenter, en temps et en heure, les comptes postaux, réduisant considérablement les désagréments pour les usagers. Cette expérience réussie sert aujourd’hui de référence et démontre l’importance d’une coopération étroite entre les différents acteurs du système financier. Au-delà des mesures techniques, ces actions traduisent une vision plus globale de la régulation économique. La lutte contre la spéculation et la gestion des liquidités répondent à un même impératif : préserver la stabilité sociale et protéger le pouvoir d’achat. Dans un contexte marqué par des fluctuations internationales, des pressions inflationnistes et des attentes citoyennes de plus en plus élevées, l’État se doit d’être à la fois ferme, réactif et transparent. Il apparaît désormais clairement que les crises successives ont servi de leçons. Elles ont mis en lumière les faiblesses du système, mais aussi sa capacité à se corriger lorsque la volonté politique est au rendez-vous. Le recul de la spéculation et l’anticipation des pénuries de liquidités témoignent d’une prise de conscience progressive et d’un changement de méthode dans la gestion des affaires économiques. Toutefois, la vigilance reste de mise. Les réseaux spéculatifs, bien que affaiblis, n’ont pas disparu, et les tensions sur les liquidités peuvent ressurgir à tout moment si les mécanismes de régulation venaient à faillir. C’est pourquoi la consolidation des acquis demeure essentielle. Elle passe par le renforcement continu des contrôles, la modernisation des circuits financiers et une communication claire avec les citoyens.
En définitive, la régulation du marché et la stabilité des liquidités ne sont pas des objectifs ponctuels, mais des chantiers permanents. Ils exigent une mobilisation constante des institutions et une coordination sans faille entre les différents acteurs. À travers les mesures engagées et les dispositifs mis en place, l’État affiche sa détermination à ne plus subir les crises, mais à les prévenir. Un défi de taille, certes, mais indispensable pour instaurer durablement la confiance et garantir un climat économique plus serein.
Abed MEGHIT
