Dans un monde de plus en plus instable, où les rapports de force ne se jouent plus uniquement sur les champs de bataille mais aussi sur les marchés agricoles, la sécurité alimentaire s’impose désormais comme un enjeu stratégique majeur.
L’alimentation, autrefois perçue comme un besoin fondamental relevant de la seule sphère économique et sociale, est devenue un instrument de pression, au même titre que l’énergie, la technologie de pointe ou les matières premières critiques.
Les crises récentes ont brutalement rappelé cette réalité, soulignant l’impérieuse nécessité pour les États de rompre avec toute forme de dépendance alimentaire.
Le conflit russo-ukrainien a constitué, à cet égard, un tournant révélateur.
L’arme céréalière, longtemps sous-estimée, s’est imposée comme un levier géopolitique redoutable, capable de déstabiliser des économies entières et de provoquer des tensions sociales majeures dans de nombreuses régions du monde.
Cette situation a mis en lumière la vulnérabilité des pays fortement dépendants des importations alimentaires, en particulier ceux du Sud, confrontés à une volatilité accrue des prix et à des ruptures d’approvisionnement.
Face à une démographie mondiale en forte croissance et à des changements climatiques de plus en plus contraignants, plusieurs pays africains ont tenté de répondre à cette équation complexe par l’extension massive des terres agricoles.
Une dynamique qui, si elle a permis d’augmenter les surfaces cultivées, s’est souvent faite au détriment des équilibres environnementaux.
Selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Afrique a enregistré, entre 2001 et 2023, la plus forte croissance mondiale des surfaces agricoles, avec plus de 75 millions d’hectares supplémentaires, représentant à elle seule près de 96 % de l’augmentation globale.
Une expansion dont les conséquences écologiques, notamment en matière de déforestation et de dégradation des sols, interrogent sur sa durabilité à long terme.
L’Algérie, consciente de ces défis, a choisi une voie plus structurée et plus équilibrée.
Sans céder à une exploitation anarchique des ressources naturelles, le pays a engagé des réformes ambitieuses visant à renforcer son autosuffisance alimentaire tout en préservant l’environnement.
Cette volonté politique s’est traduite par des actions concrètes, notamment la mise en valeur rationnelle des terres du Sud, l’implantation de fermes pilotes, la création de complexes agroalimentaires intégrés et l’ouverture à des partenariats stratégiques, aussi bien nationaux qu’étrangers.
Les résultats commencent à se faire sentir.
La production céréalière, en particulier celle du blé, a atteint un niveau historique avec près de trois millions de tonnes lors de la campagne 2024-2025, plaçant l’Algérie au deuxième rang des producteurs africains.
Le secteur arboricole affiche, lui aussi, des performances notables.
Quatrième producteur mondial d’abricots, l’Algérie a vu sa production passer de 190 000 tonnes en 2021 à plus de 256 000 tonnes en 2022, illustrant la résilience et la modernisation progressive de l’agriculture nationale.
Fort de ces acquis, le président de la République a réaffirmé, lors du dernier Conseil des ministres, la nécessité de concrétiser le plan triennal à l’horizon 2028, avec pour objectif de porter la surface agricole cultivée à trois millions d’hectares.
Un cap stratégique qui traduit la conviction que l’Algérie dispose d’un potentiel considérable pour répondre à la demande nationale, mais aussi pour s’insérer durablement sur les marchés internationaux.
Cette ambition ne saurait toutefois se limiter à l’augmentation des volumes produits.
Le véritable défi réside désormais dans la transformation agroalimentaire, la valorisation des chaînes de valeur et l’amélioration de la compétitivité.
C’est à ce prix que l’Algérie pourra rompre définitivement avec la dépendance alimentaire et faire de l’agriculture un pilier solide de son développement économique durable.
Abed MEGHIT
