Bataille d’Ifri Leblah dans les Aurès: témoin vivant de la sagacité militaire des héros de la Révolution

dknews
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La bataille d’Ifri Leblah, commandée par le chahid Mostefa Benboulaïd, les 13 et 14 janvier 1956 au sud des Aurès, sur le djebel Ahmar Kheddou, près de Ghassira (Batna), figure parmi les épopées héroïques des moudjahidine contre les forces coloniales françaises.

La bataille témoigne de l’habileté militaire des chefs de la glorieuse Révolution algérienne qui sont parvenus à transformer les escarpements montagneux de cette région en piège fatal pour de nombreux soldats français qui furent abattus les uns après les autres.

Parmi les personnalités marquantes de la Révolution ayant participé à cette bataille qui s’était déroulée peu de temps après l’évasion de Mostefa Benboulaïd de la prison du Coudiat à Constantine (en novembre 1955), figurent les martyrs Mohamed Benmessaoud Belkacemi (commandant de la zone d’Ahmar Kheddou), Ali Bendjedidi (responsable de la kasma de Ghassira), Brahim Djimaoui, Amar Chahdi, Hocine Berrehaïl, et le moudjahid Mustapha Boucetta (décédé après l’indépendance).

La bataille s’est déroulée dans la région d’Ifri Leblah, à quelque 7 km de Kef Laârous, au sud-ouest de Ghassira, entre les villages de Baniyan (Biskra) et Ghouffi (Batna), au pied du mont Ahmar Kheddou et au sud d’Oued Labiod, au cœur d’un zone de montagnes rocheuses et difficile d’accès, en raison des crevasses et des grottes que les moudjahidines ont utilisées comme refuges et points de passage.

Les témoignages recueillis auprès de moudjahidine ayant vécu cet événement, soutiennent que cette bataille est due au « stationnement d’importantes forces d’occupation qui avaient imposé, dans les montagnes des Aurès, un blocus suivi d’un passage au peigne fin de toute la région à la suite de l’évasion de Benboulaïd dont certaines informations parvenues aux forces coloniales faisaient état de sa présence dans la zone aux côtés d’un groupe de moudjahidine ».

Le Pr Djemaâ Benzeroual, chercheuse en histoire de la Révolution dans les Aurès, enseignante au département d’histoire de l’université de Batna1, a déclaré à l’APS, citant des moudjahidine de la région, que Benboulaïd a observé, au soir du 12 janvier 1956, une halte pour se reposer chez le militant Abid-Allah Belkacem, dans la zone d’Ifri Leblah, avant de reprendre sa route vers M’chounèche (Biskra) pour rendre visite aux moudjahidine avec plusieurs de ses compagnons dont Azoui Medour, Hocine Berrehaïl et Mustapha Boucetta.

Les moudjahidine ont découvert, tôt dans la matinée du lendemain, que l’armée française avait resserré l’étau sur la région, souligne le Pr Benzeroual.

Benboulaïd avait alors ordonné au groupe dirigé par Mohamed Benmessaoud Belkacemi de se dissimuler dans les rochers et les grottes et y rester afin de contraindre les soldats français à descendre dans le lit de l’oued.

Il a chargé plusieurs combattants, dont Brahim Djimaoui et Amar Chahdi, d’abattre les soldats français qui viendraient à se mettre à découvert, après avoir réparti les djounoud dans des positions stratégiques dans les crevasses des rochers et à l’intérieur des grottes.

Le violent affrontement qui débuta, selon la même source, le 13 janvier au matin, a duré deux jours, engageant environ 4 bataillons de l’Armée de libération nationale totalisant 280 hommes répartis en petits groupes.

Ces valeureux combattants ont livré une bataille héroïque, au moment où l’aviation et l’artillerie pilonnaient à tour de rôle la zone située entre l’oued et la montagne, rapportent des témoignages cités par le Pr Benzeroual.

Les renforts militaires ne tardèrent pas à affluer dans la région depuis plusieurs centres tels que M’chounèche, Ghouffi, Tifelfel, Arris, Ichemoul et même de Batna et de Biskra, portant le nombre de soldats français à plus de 2.000, répartis en plusieurs unités appuyées par l’aviation et l’artillerie lourde.

Au total, 44 martyrs sont tombés au champ d’honneur, tandis que le bilan des forces françaises était plus lourd avec 60 soldats tués et plus de 50 autres blessés, sans compter des pertes considérables en matériel militaire, selon la même chercheuse qui a souligné que la bataille d’Ifri Leblah reste un témoin vivant du génie de Mostefa Benboulaïd qui était, à la fois, un homme politique éclairé et un chef militaire chevronné dont les hauts faits d’arme continuent de documenter les sacrifices énormes que le peuple algérien a consentis pour sa liberté et son indépendance.

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