La célébration du Nouvel An amazigh Yennayer 2976, organisée à la Maison de la Culture Mouloud-Kacem Naït Belkacem de Tissemsilt, a pris cette année une dimension résolument stratégique, dépassant le cadre festif et symbolique pour s’inscrire dans une logique de développement économique, de création d’emplois et de promotion de l’entrepreneuriat local.
À travers une approche intégrée associant culture, artisanat et dispositifs publics d’accompagnement, l’événement a illustré la capacité du patrimoine amazigh à devenir un véritable moteur de croissance inclusive.
Le coup d’envoi officiel des festivités a été donné par le chef de daïra de Tissemsilt, représentant le wali de la wilaya, en présence d’un public nombreux et de personnalités issues des milieux culturel, universitaire, intellectuel et associatif.
Dans son intervention, le représentant du wali a souligné l’importance de Yennayer en tant que repère historique et identitaire, rappelant que son officialisation comme journée chômée et payée le 12 janvier reflète la reconnaissance institutionnelle de la profondeur culturelle de la nation algérienne.
Au-delà de la symbolique, la célébration de Yennayer 2976 s’est distinguée par une forte orientation économique, faisant de la Maison de la culture un espace d’échange entre artisans, porteurs de projets et institutions publiques.
Les expositions patrimoniales ont mis en valeur des ustensiles de cuisine traditionnels, des objets anciens et des œuvres artistiques, témoins d’un mode de vie amazigh fondé sur l’autosuffisance, le travail familial et la transmission du savoir-faire, autant de valeurs aujourd’hui réinvesties dans l’économie locale.
L’art culinaire amazigh, pilier du patrimoine immatériel, a occupé une place centrale dans cette manifestation.
Des plats traditionnels emblématiques, tels que le berkoukess (mardoud), le couscous, la trida, ainsi que des gâteaux ancestraux comme le kaak et la ghribia, accompagnés de fruits de saison tels que les figues et les dattes, ont été présentés au public.
Ces expositions ont mis en lumière un savoir-faire essentiellement porté par les femmes, qui constituent aujourd’hui le socle d’un artisanat culinaire générateur d’emplois et de revenus.
C’est dans ce contexte que la présence de l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (NESDA) a pris toute son importance.
L’agence a organisé un stand d’information et de sensibilisation dans le hall de la Maison de la culture, destiné à accompagner les artisans, notamment les femmes et les jeunes, dans leurs démarches de création, de structuration et d’extension de micro-entreprises artisanales.
Ce stand a suscité un vif intérêt auprès des exposants et des visiteurs, en quête d’informations concrètes sur les opportunités offertes par les dispositifs publics d’emploi et d’entrepreneuriat.
Les représentants de la NESDA ont fourni des explications détaillées sur les mécanismes de financement, les formules d’accompagnement technique, la formation entrepreneuriale et les avantages liés à l’intégration dans le tissu économique formel.
L’accent a été mis sur la nécessité de transformer les activités artisanales traditionnelles, souvent informelles, en projets économiques viables, capables de créer de l’emploi durable et de contribuer à la diversification de l’économie locale.
Cette action de proximité illustre le rôle central de la NESDA en tant qu’outil public d’appui à l’emploi et à l’entrepreneuriat, notamment dans les secteurs à forte valeur culturelle et sociale.
En ciblant l’artisanat, la gastronomie traditionnelle et les produits du terroir, l’agence contribue à ancrer l’emploi dans le patrimoine, tout en offrant aux femmes artisanes des perspectives concrètes d’autonomisation économique et d’insertion professionnelle.
Parallèlement, les expositions d’artisanat traditionnel « tapis, burnous, robes amazighes et objets décoratifs » ont mis en évidence le potentiel de ces métiers comme vecteurs de micro-entreprises locales.
Majoritairement exercées par des femmes, ces activités constituent un gisement important d’emplois, notamment dans les zones rurales et semi-rurales de la wilaya.
Leur accompagnement par les dispositifs publics permet de renforcer leur compétitivité, d’améliorer la qualité des produits et d’élargir les débouchés commerciaux.
La célébration de Yennayer a ainsi joué le rôle de plateforme de convergence entre culture et politiques publiques de l’emploi.
Elle a permis de rapprocher les institutions d’accompagnement des citoyens, de sensibiliser les artisans à l’importance de la structuration de leurs activités et de promouvoir une économie locale fondée sur les ressources culturelles et humaines du territoire.
Sur le plan historique et éducatif, des rappels ont été faits concernant le calendrier agraire amazigh, encore utilisé dans certaines régions pour organiser les travaux agricoles.
Yennayer, symbole de renouveau et de prospérité, s’inscrit pleinement dans cette vision d’une économie enracinée, solidaire et tournée vers l’avenir.
Malgré un contexte économique marqué par la hausse des prix des produits alimentaires, la forte affluence enregistrée témoigne de l’attachement profond de la population de Tissemsilt à cette fête ancestrale et de son intérêt croissant pour les initiatives associant culture, emploi et entrepreneuriat.
À travers la célébration de Yennayer 2976, Tissemsilt a démontré que la culture amazighe, appuyée par des dispositifs publics efficaces tels que la NESDA, peut devenir un levier structurant de création d’emplois, de promotion de l’entrepreneuriat féminin et de développement des micro-entreprises artisanales.
Une expérience porteuse de sens et de perspectives, confirmant que la valorisation du patrimoine, lorsqu’elle s’accompagne d’un soutien institutionnel ciblé, constitue un pilier essentiel du développement local durable.
Abed MEGHIT
