La célébration du Nouvel An amazigh (Yennayer) est un événement marquant, profondément enraciné au sein de la société à Souk Ahras, où Yennayer illustre l’attachement des habitants de cette région de l’est algérien à leur patrimoine culturel et à leur identité nationale, tout en reflétant la profondeur des liens sociaux et des traditions transmises à travers les générations.
Selon le Pr Djalal Khechab, chercheur en patrimoine populaire à l’Université Mohamed-Cherif Messaadia, le Nouvel An amazigh reste, dans l’ensemble des communes de la wilaya de Souk Ahras, « une tradition profondément ancrée, liée à la nature et à la saison agricole, tirant son origine de l’attachement de l’homme amazigh ancien à sa terre et de son optimisme pour une saison agricole abondante ».
Il a rappelé que Souk Ahras « est restée fidèle à son héritage amazigh », précisant que plusieurs communes portent des noms amazighs, tels que Taoura (Taghoura), Targalet (Targhoulet) et Taghast.
La célébration de Yennayer dans la wilaya de Souk Ahras se manifeste également par l’attention portée au fourneau bas en argile (kanoun) surmonté de trois supports en pierre sur lesquels est posée la « guedra » (marmite) et dont un seul est déplacé une fois par an pour introduire le charbon de bois et balayer les cendres, selon cet universitaire.
Il mentionne que la présence de trois pierres et, plus spécifiquement, le nombre « trois » se retrouve dans plusieurs aspects culturels et sociaux, notamment dans la fibule triangulaire (khelala), le tatouage, la décoration en tissu ou en bois, les bijoux en argent, mais aussi dans les proverbes et les dictons populaires, considérés comme des symboles d’équilibre, d’harmonie et d’existence stable.
La préparation de l’année agricole débute dès la fin du mois d’octobre, une préparation appelée ici « Harth (labour) de Sidna Adam », avant l’attente du moment des semailles des graines et le décompte de l’année à partir de la fin des « nuits blanches » qui se terminent le 12 ou le 13 janvier, a-t-il souligné.
Le chercheur universitaire s’attarde également sur la phase de « préparation effective de la célébration » où l’on se pare d’habits neufs en signe d’espoir pour accueillir la nouvelle année. Les femmes, elles, sortent tôt le matin pour couper certaines herbes précoces comme le « barouak » pour les jeter sur les toits des maisons avant de retourner à leur cuisine traditionnelle, un geste qui reflète les « signes avant-coureurs de la nouvelle année » et ce qu’elle apporte de « bienfaits, d’abondance et de bonheur ».
Quant à l’homme, il est chargé d’acheter les victuailles nécessaires et de ramener au foyer certains ustensiles pour la célébration, au moment où la femme sort les légumes séchés et les épices qu’elle aura patiemment stockés tout au long de l’année.
Le soir est consacré à la préparation du plat de circonstance, généralement du couscous avec de la viande de coq pour conjurer les dangers et les aléas de l’année, explique encore le même chercheur.
La célébration du Nouvel An amazigh dans la wilaya de Souk Ahras, comme dans d’autres régions du pays, reflète avant tout, selon le Pr Khechab, la profondeur de l’appartenance culturelle des habitants de la région et constitue une opportunité de renforcer la cohésion sociale à travers la préservation des us et coutumes authentiques transmises de génération en génération.
