À peine réinstallé à la Maison Blanche, Donald Trump remet sur le devant de la scène internationale une diplomatie qui lui est familière : brutale, décomplexée et fondée sur le rapport de force.
Du Venezuela à l’Arctique, le président américain multiplie les déclarations fracassantes, ravivant les inquiétudes autour du respect de la souveraineté des États et du droit international.
Dernier épisode en date : le Groenland.
À bord de l’avion présidentiel, Donald Trump a laissé entendre que les États-Unis entendaient « s’occuper » de ce territoire stratégique « dans les prochains mois », invoquant une fois de plus l’argument récurrent de la « sécurité nationale ».
Une sortie qui n’a rien d’anodine.
Déjà lors de son premier mandat, le milliardaire républicain avait exprimé ouvertement son intérêt pour cette immense île arctique, territoire autonome relevant du Royaume du Danemark.
À Copenhague comme à Nuuk, la réaction a été immédiate et sans équivoque : le Groenland « n’est pas à vendre ».
Les autorités danoises, soutenues par les responsables groenlandais, ont rappelé avec fermeté que toute discussion sur une annexion ou une prise de contrôle américaine était exclue.
Mais face à une administration américaine qui revendique ouvertement une politique étrangère fondée sur la primauté des intérêts stratégiques, ces rappels au droit international peinent à rassurer.
Car le contexte mondial a changé. La fonte accélérée des glaces arctiques transforme le Groenland en carrefour géopolitique majeur.
Routes maritimes inédites, accès facilité aux minerais stratégiques, position clé entre l’Amérique du Nord, l’Europe et la Russ : l’île concentre désormais toutes les convoitises.
Washington y voit un verrou essentiel pour sécuriser l’Arctique et contenir l’influence croissante de la Chine dans les zones polaires.
Cette posture offensive s’inscrit dans une continuité idéologique assumée par Donald Trump.
Déjà, sur le dossier vénézuélien, son administration avait adopté une ligne dure, marquée par des sanctions économiques sévères, une pression diplomatique constante et un soutien affiché à l’opposition au président Nicolás Maduro.
À l’époque, ces choix avaient été dénoncés par plusieurs pays comme une ingérence flagrante dans les affaires internes d’un État souverain, au mépris des équilibres régionaux et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Aux yeux de nombreux observateurs, la logique est la même aujourd’hui : derrière le discours sécuritaire, se dessine une stratégie de contrôle des ressources et des espaces clés de la planète.
Le pétrole vénézuélien hier, les minerais rares et les voies maritimes arctiques demain.
Une approche que certains analystes n’hésitent plus à qualifier de néo-impériale, où la puissance militaire, économique et diplomatique sert avant tout les intérêts des grandes multinationales et des marchés stratégiques.
Cette orientation inquiète d’autant plus qu’elle fragilise les alliances traditionnelles.
Le Danemark, pourtant membre de l’OTAN et allié historique de Washington, se retrouve confronté à une pression inédite.
Jusqu’où un partenaire européen peut-il résister aux injonctions d’une superpuissance déterminée à imposer sa vision stratégique ? La question dépasse largement le seul cas du Groenland et interroge l’autonomie réelle des États face aux grandes puissances.
Au-delà de l’Europe, ces signaux sont scrutés avec attention dans le Sud global.
En Afrique, en Amérique latine comme au Moyen-Orient, de nombreux pays y voient une confirmation de la nécessité de renforcer leur souveraineté, de diversifier leurs partenariats et de consolider leurs capacités de résistance économique et politique.
Pour l’Algérie, riche de ses ressources énergétiques et attachée à la défense de son intégrité territoriale, la leçon est claire.
Dans un monde où les rapports de force se durcissent et où les règles semblent de plus en plus malléables pour les puissants, seule une vigilance constante, appuyée par une solidarité régionale et internationale, peut préserver l’indépendance des nations.
Le retour de Donald Trump sur la scène mondiale agit ainsi comme un révélateur : celui d’un ordre international fragilisé, où la tentation de la loi du plus fort refait surface.
Du Venezuela au Groenland, les lignes bougent, et avec elles, les équilibres géopolitiques.
Reste à savoir si la communauté internationale saura opposer au fracas des menaces une défense ferme du droit et des peuples.
A. M.
