La wilaya de Tissemsilt fait face, depuis plusieurs jours, à une crise aiguë des télécommunications provoquée par des vols répétés de câbles de téléphone fixe et d’Internet. Ces actes criminels, devenus récurrents, ont plongé des centaines de citoyens, des institutions publiques et même des professionnels des médias dans une situation de paralysie quasi totale, révélant une vulnérabilité inquiétante des infrastructures de communication dans le chef-lieu de wilaya.
La majorité des quartiers de la ville de Tissemsilt ont été touchés par ce phénomène. La cité des 320 logements figure parmi les zones les plus affectées, ayant subi quatre vols successifs de câbles en un laps de temps très court. À chaque tentative de réparation, un nouvel acte de vandalisme vient anéantir les efforts déployés, replongeant les habitants dans l’isolement numérique. Téléphone fixe hors service, connexion Internet inexistante : le quotidien des résidents est devenu un véritable parcours du combattant.
D’autres quartiers n’ont pas été épargnés, notamment Aïn El Bordj, El Karia, ainsi que plusieurs secteurs résidentiels et administratifs du chef-lieu. Plus grave encore, la Direction opérationnelle des télécommunications (DOT) elle-même a été victime de ces vols, tout comme plusieurs institutions publiques, ce qui illustre l’ampleur et la gravité de la situation. Les dégâts ne se limitent donc pas aux simples abonnés, mais touchent directement le fonctionnement des services de l’État.
La direction des Postes et des Technologies de l’Information et de la Communication (PTIC) ainsi que la DOT de Tissemsilt ont été assaillies de plaintes et de réclamations émanant des abonnés d’Algérie Télécom. Face à la colère et à l’incompréhension des citoyens, les responsables locaux reconnaissent eux-mêmes être dépassés par la situation.
« Nous aussi, nous sommes des victimes. Depuis plus de 15 jours, nous sommes sans téléphone fixe ni connexion Internet. Nous transmettons nos courriers et nos communications professionnelles uniquement par téléphone portable », confient-ils, soulignant la précarité dans laquelle ils exercent leurs missions.
Selon ces responsables, la solution durable passe par la mise en œuvre d’un programme de déploiement de la fibre optique, lequel dépend d’une décision et d’une programmation émanant du siège central à Alger. En attendant l’aval et l’envoi de ce programme, les interventions restent limitées à des réparations provisoires, souvent compromises par de nouveaux vols. Cette attente prolongée accentue le sentiment d’abandon ressenti par les habitants et les usagers.
Les répercussions de cette crise vont bien au-delà du simple confort domestique. Étudiants privés d’accès aux plateformes pédagogiques, commerçants pénalisés dans leurs transactions, administrations locales ralenties dans leurs échanges et démarches : toute la dynamique socio-économique du chef-lieu s’en trouve affectée. Même les journalistes n’ont pas été épargnés par ces vols, une situation particulièrement préoccupante. Privés d’Internet et de téléphone fixe, plusieurs professionnels de la presse se retrouvent dans l’incapacité d’envoyer leurs articles, dépêches et reportages, compromettant ainsi le droit à l’information et la continuité du travail journalistique.
Cette atteinte directe au secteur de l’information met en lumière une dimension supplémentaire de la crise. À l’ère du numérique et de la presse en ligne, l’absence de connectivité entrave la mission des journalistes, limite la couverture de l’actualité locale et isole davantage la wilaya sur le plan médiatique. Une situation paradoxale, alors même que les discours officiels prônent la modernisation et la digitalisation des services.
Face à cette réalité alarmante, les abonnés d’Algérie Télécom, rejoints par des acteurs de la société civile et des professionnels, lancent un appel solennel au wali de la wilaya de Tissemsilt afin qu’il intervienne de manière urgente pour coordonner une réponse globale impliquant les services de sécurité, les collectivités locales et les responsables du secteur des télécommunications. Ils interpellent également le ministre des Postes et des Télécommunications ainsi que le directeur général d’Algérie Télécom, les exhortant à accélérer la mise en œuvre des solutions structurelles promises.
Au-delà des réparations ponctuelles, les citoyens réclament une régularisation définitive des branchements, un renforcement de la sécurisation des réseaux et l’adoption de technologies moins vulnérables au vol. Ils appellent aussi à une lutte plus ferme contre ce type de criminalité, qui porte atteinte à l’intérêt général et freine le développement local.
La crise que traverse Tissemsilt, depuis plusieurs jours, sonne comme un signal d’alarme. Elle rappelle que l’accès aux télécommunications n’est plus un luxe, mais une nécessité vitale pour les citoyens, les institutions et les médias. Dans l’attente de mesures concrètes, des quartiers entiers demeurent coupés du monde, espérant que leurs appels répétés trouveront enfin un écho auprès des plus hautes autorités et que la stabilité numérique sera rapidement rétablie dans cette wilaya durement éprouvée.
Abed MEGHIT
