Le patrimoine religieux algérien, riche de siècles d’histoire et de spiritualité, était au cœur d’une rencontre culturelle et intellectuelle de grande portée, organisée samedi après-midi à la librairie Chaïb Dzair.
L’historien et archéologue Abderrahmane Khelifa y a présenté son ouvrage « Les mosquées et sanctuaires en Algérie », récemment paru aux éditions de l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (ANEP).
Un livre de référence qui offre une vision d’ensemble inédite sur l’implantation et l’évolution des édifices cultuels musulmans à travers le territoire national.
Lors de cette rencontre, l’auteur a retracé avec rigueur et pédagogie les grandes étapes de l’implantation de l’islam en Afrique du Nord, un processus long et complexe, marqué par des affrontements qui se sont étalés sur près de soixante-dix ans.
Les premières batailles, rappelle-t-il, remontent aux années 648-650, période durant laquelle les tribus zénètes figurèrent parmi les principaux acteurs de la résistance.
Progressivement, l’adhésion des populations locales à l’islam a favorisé l’émergence d’un réseau dense de mosquées et de sanctuaires, devenus des centres spirituels, sociaux et culturels.
L’une des premières mosquées édifiées dans la région demeure celle de Kairouan, construite en 670, véritable phare de la civilisation islamique en Afrique du Nord.
Abderrahmane Khelifa souligne toutefois que l’histoire de l’implantation de l’islam en Algérie reste largement méconnue, en raison du manque de travaux approfondis des historiens locaux sur ce pan essentiel de la mémoire nationale.
Le modérateur de la rencontre, Hassan Gherab, a insisté sur la dimension stratégique de la question patrimoniale, rappelant que la sauvegarde des sites historiques relève d’un engagement presque sacrificiel.
Il a évoqué à ce titre des figures emblématiques de la protection du patrimoine, telles que Khaled al-Assaad, archéologue syrien assassiné pour avoir défendu les trésors de Palmyre face à Daech, ou encore Sabah Ferdi, conservatrice du musée de Tipasa, qui s’était interposée devant un char durant la décennie noire pour préserver le site archéologique.
Abderrahmane Khelifa a, pour sa part, mis en garde contre l’érosion accélérée de ce patrimoine, qu’elle soit due à l’outrage du temps ou à la négligence humaine.
Faisant référence à l’effondrement partiel de la mosquée Sidi M’hamed Chérif, dans la Casbah d’Alger, datant du XVIe siècle, il a déclaré avec émotion : « C’est un pan de notre chair qui s’en va ».
Pour lui, la protection de ces édifices n’est pas un luxe, mais une obligation morale et historique envers les générations futures.
L’ouvrage propose une véritable traversée du pays à travers ses mosquées emblématiques : la mosquée de Sidi Ghanem à Mila, considérée par certains historiens comme la plus ancienne d’Algérie, la mosquée Tayhouda, la mosquée Achir d’Agadir à Tlemcen (789), la mosquée Sidi Ramdane à Alger, la mosquée du vieux Ténès, la mosquée Ali Bitchin, Djamaâ el Kebir, la mosquée du vieux Djanet, Abou Marwan à Annaba, Ibn Toumert à Mellala près de Béjaïa, ou encore la mosquée de Mansourah et celle de Sidi Boumediène datant de 1337.
Chacune de ces mosquées présente des caractéristiques architecturales propres, à travers leurs minarets, mihrabs, minbars, colonnes, calligraphies et inscriptions latines ou arabes, témoignant d’un syncrétisme culturel et artistique unique.
L’auteur rappelle qu’Alger comptait autrefois 147 mosquées, contre seulement 13 recensées en 1962, dont la plus ancienne demeure Djamaâ el Kebir, édifiée en 1096.
En offrant une vue synoptique de ce patrimoine cultuel, l’ouvrage d’Abderrahmane Khelifa s’impose comme un outil essentiel pour mieux comprendre la spiritualité, l’histoire des conquêtes et l’identité profonde de l’Algérie. Un héritage d’une valeur inestimable, dont la préservation conditionne la transmission de la mémoire collective aux générations futures.
A.M
