EDITORIAL Monoxyde de carbone : l’hiver meurtrier qui se répète dans l’indifférence

dknews
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Chaque hiver, le même scénario tragique se rejoue, implacable et silencieux. Avec la chute des températures, le monoxyde de carbone refait surface et fauche des vies dans l’intimité des foyers.

Ces derniers jours n’ont pas dérogé à la règle.

Bien au contraire.

Le pays a vécu un week-end dramatique, marqué par une succession d’incidents liés à ce gaz invisible, inodore et pourtant mortel.

Une hécatombe diffuse, étalée sur plusieurs wilayas, qui rappellent avec brutalité que le « tueur silencieux » continue d’agir, malgré les mises en garde répétées.

La Protection civile a été sur tous les fronts, multipliant les interventions dans une dizaine de wilayas, de Laghouat à Alger, en passant par Tiaret, El Bayadh, Oran, Tlemcen, Aïn Témouchent, Oum El-Bouaghi, Bordj Bou Arreridj, Sidi Bel Abbès, Médéa ou encore Batna.

En l’espace de 24 heures seulement, 37 personnes ont été victimes d’intoxication au monoxyde de carbone, nécessitant 16 opérations d’intervention.

Derrière ces chiffres froids se cachent des drames humains, des familles endeuillées et des survivants marqués à vie.

Le monoxyde de carbone agit sans bruit ni odeur.

Les symptômes apparaissent souvent tardivement : maux de tête, vertiges, fatigue intense, nausées, palpitations, convulsions.

Lorsque l’intervention des secours n’arrive pas à temps, l’issue est fatale.

Le gaz prive l’organisme d’oxygène, plongeant ses victimes dans une spirale irréversible.

Ce qui rend ce fléau d’autant plus cruel, c’est qu’il frappe sans distinction.

Bébés, enfants, adolescents, adultes et personnes âgées figurent tous parmi les victimes.

Aucun âge n’est épargné, aucun foyer n’est totalement à l’abri.

Les bilans périodiques de la Protection civile mettent toutefois en lumière une réalité préoccupante : la principale source de ces intoxications demeure les chauffe-eaux, notamment ceux installés dans des espaces confinés ou dépourvus d’aération.

À cela s’ajoutent les appareils de chauffage défectueux, mal entretenus ou contrefaits, souvent acquis au mépris des normes de sécurité.

Ces équipements, censés apporter chaleur et confort durant l’hiver, se transforment en pièges mortels lorsque les règles élémentaires ne sont pas respectées.

Les autorités ne cessent pourtant de rappeler les consignes de prévention.

Aérer quotidiennement les habitations pendant au moins dix minutes, éviter l’installation des chauffe-eaux dans les salles de bain ou les lieux clos, entretenir régulièrement les appareils à gaz et installer des détecteurs de monoxyde de carbone figurent parmi les recommandations essentielles.

Des gestes simples, accessibles à tous, mais encore trop souvent négligés.

À cet égard, Sonelgaz a annoncé récemment l’installation de plus de 17 millions de détecteurs de gaz et de monoxyde de carbone à travers le territoire national.

Un effort considérable, qui témoigne d’une prise de conscience institutionnelle face à l’ampleur du danger.

Pourtant, malgré ces dispositifs, les accidents continuent de se produire, révélant que la prévention ne peut se limiter à l’équipement.

Elle doit s’accompagner d’une véritable culture de la sécurité, ancrée dans les comportements quotidiens.

Les chiffres de l’année 2024 sont éloquents et alarmants : 119 décès dus aux intoxications au monoxyde de carbone et plus de 2.400 personnes secourues.

Plus inquiétant encore, 55 à 60 % des décès sont directement liés aux chauffe-bains.

Ces statistiques devraient suffire à déclencher une mobilisation générale, car derrière chaque pourcentage se cache une vie perdue, une tragédie évitable.

Le monoxyde de carbone ne relève ni de la fatalité ni du hasard.

Il est le produit de négligences, de manquements et parfois d’un manque d’information.

Tant que ce fléau continuera de tuer dans le silence des foyers, il demeurera un échec collectif.

L’hiver n’a pas à être synonyme de deuil.

La prévention, la vigilance et la responsabilité partagée restent les seules armes capables de faire taire définitivement ce tueur invisible.

A.M

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