À Tizi Ouzou, comme dans de nombreuses régions du pays, les vacances scolaires ne riment plus systématiquement avec insouciance, liberté et découverte.
Elles sont devenues, pour une grande partie des enfants, synonymes de temps passé devant les écrans, connectés à Internet, souvent sans cadre ni alternative réelle.
Un constat partagé, non sans inquiétude, par de nombreux parents interrogés durant la première semaine des vacances d’hiver.
Les vacances d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec celles que décrivent les générations précédentes.
Les souvenirs des journées passées dans les forêts, au bord des rivières, à inventer des jeux ou à fabriquer des jouets de fortune semblent appartenir à un autre monde.
Un monde que beaucoup de parents évoquent avec nostalgie, tout en reconnaissant que comparer ces deux époques revient parfois à « comparer l’incomparable ».
« Les enfants d’aujourd’hui vivent dans un univers totalement différent du nôtre », explique Abdenour, enseignant à la retraite.
« Nous passions nos vacances dans la nature, à courir, à observer, à créer.
Aujourd’hui, les moyens de distraction sont collés aux technologies modernes.
C’est une évolution normale, mais elle doit être accompagnée.
» Pourtant, cet accompagnement semble faire défaut.
À l’exception de quelques initiatives ponctuelles, comme le programme culturel mis en place par la direction de la culture à la Maison de la culture « Mouloud-Mammeri » de Tizi Ouzou, l’offre d’activités structurées destinées aux enfants durant les vacances reste très limitée, notamment dans les communes rurales.
Faute de structures adaptées et de programmes correspondant à leurs centres d’intérêt, les enfants passent l’essentiel de leur temps libres scotchés à leurs téléphones portables.
« Mon fils passe ses journées à surfer sur Internet à la recherche de distractions », confie Abderrazak, parent d’élève et fonctionnaire.
« Cela m’inquiète énormément, mais je ne sais pas réellement quoi faire pour changer la situation.
» Les parents sont d’ailleurs divisés sur la manière d’aborder les vacances scolaires.
Pour certains, ces périodes ne doivent en aucun cas être synonymes de relâchement.
Les cours de soutien deviennent alors la priorité, surtout pour les élèves en classes d’examen.
« Les vacances ne doivent pas être l’occasion de baisser le rythme », tranche un parent.
« Quelques jours de repos suffisent.
L’essentiel reste la réussite scolaire.
» À l’opposé, d’autres estiment que le repos est une nécessité absolue pour l’équilibre psychologique et intellectuel de l’enfant.
« Nos enfants ont des programmes scolaires très chargés », souligne Saâdia, retraitée de l’éducation.
« Les priver de repos, c’est les exposer à la fatigue et à la saturation.
Le repos est indispensable pour mieux assimiler.
» Entre ces deux visions, de nombreux parents se sentent démunis, incapables de trouver le juste équilibre entre les outils modernes de distraction et les activités traditionnelles de leur propre enfance.
Cette impuissance se traduit souvent par une résignation amère face à un quotidien dominé par les écrans.
Certains témoignages rappellent pourtant que, même dans des contextes difficiles, les vacances pouvaient être riches de sens.
Tassadit, sexagénaire, se souvient avec émotion de ses vacances dans les années 1950, à l’école de Tarihant, sur le littoral de Tizi Ouzou.
« Notre instituteur nous prenait en charge même durant les vacances.
Nous découvrions la nature, collections des plantes, apprenions des chansons.
C’était inoubliable.
» D’autres évoquent les années 1960 et 1970.
« Pendant les vacances, je gardais les moutons avec des livres », raconte Da Youcef, ancien lycéen à Tigzirt.
« Ce changement total d’activité me libérait de toute pression.
» Belaid, ingénieur en pétrochimie à la retraite, se rappelle quant à lui des longues journées de jeux et de fabrication artisanale de jouets.
Ces récits soulignent une évidence : les vacances ne sont pas seulement un temps de repos, mais un moment fondamental de construction personnelle.
À l’ère du numérique, le défi consiste désormais à repenser les vacances scolaires pour offrir aux enfants des alternatives enrichissantes, capables de rivaliser avec l’attraction omniprésente d’Internet.
A.M
