ÉDITORIAL DK NEWS DU JOUR Miracles en ligne, dangers bien réels : la prolifération des charlatans du numérique

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À l’ombre des algorithmes et à la faveur d’un espace numérique encore insuffisamment régulé, une nouvelle forme de charlatanisme s’impose avec une efficacité redoutable.
Baptisés charlatans du numérique, ces acteurs exploitent les réseaux sociaux pour vendre des produits présentés comme thérapeutiques, mais qui relèvent le plus souvent de la supercherie.
Compléments alimentaires aux vertus miraculeuses, cures minceur express, solutions « naturelles » contre des maladies graves : la toile est devenue un vaste marché d’illusions, où la promesse supplante la science.
Le phénomène prospère grâce à une mécanique bien huilée.
Des pages très actives, des vidéos soigneusement montées, des témoignages émotionnels et, surtout, l’appui d’influenceurs jouissant d’une forte crédibilité auprès de leurs abonnés. La frontière entre conseil bien-être et acte médical est volontairement brouillée.
Sous couvert de recommandations personnalisées, ces vendeurs déguisés incitent à une consommation désinformée, parfois dangereuse, notamment chez les jeunes publics, plus exposés à la pression sociale et au culte de l’apparence. En Algérie, le succès de ces pratiques trouve un terrain particulièrement réceptif.

La quête de solutions rapides, le coût des soins, mais aussi la déception ou la méfiance vis-à-vis de la médecine conventionnelle expliquent en partie cet engouement.
Des milliers de citoyens, confrontés à la douleur, à la maladie ou à l’angoisse, se laissent convaincre par des annonces au vernis scientifique, mais au contenu vide de toute validation médicale.
Dans la forme, tout est rassurant ; dans le fond, il s’agit d’un piège soigneusement tendu.
Le charlatanisme n’est certes pas un phénomène nouveau. Il a longtemps prospéré dans les marges, nourri par les croyances populaires et le bouche-à-oreille.
Mais les réseaux sociaux lui ont offert une caisse de résonance inédite.
Désormais, l’escroquerie se diffuse à grande échelle, portée par des « likes » et des partages qui remplacent l’expertise, tandis que l’anonymat protège les auteurs de toute responsabilité réelle. L’aura numérique devient un argument d’autorité, au détriment de la raison et de la prudence. Ceux qui succombent à ces pratiques sont souvent animés par l’espoir plus que par la naïveté. Lorsqu’un proche est gravement malade, l’idée même d’un remède miracle, aussi improbable soit-il, devient séduisante. Le bonimenteur exploite cette fragilité émotionnelle, jouant sur la peur, la culpabilité et l’urgence.
Certains vont jusqu’à renoncer à des traitements éprouvés ou à des interventions chirurgicales indispensables, préférant des solutions prétendument radicales et peu coûteuses.
Le danger est alors immédiat : retard de prise en charge, aggravation de l’état de santé, voire conséquences irréversibles.

Il convient de rappeler une évidence souvent occultée : en dehors des laboratoires reconnus et des professionnels de santé habilités, nul ne possède la légitimité scientifique pour promouvoir des produits à usage thérapeutique. La prolifération de ces offres douteuses constitue une menace directe pour la santé publique. Elle nourrit une médecine parallèle fondée sur l’illusion, la désinformation et le profit.
Face à cette dérive, la réponse ne peut être uniquement répressive, même si le renforcement des contrôles et des sanctions s’impose avec urgence. Les plateformes numériques doivent assumer leur responsabilité en limitant la diffusion de contenus trompeurs, tandis que les autorités sanitaires sont appelées à intensifier la sensibilisation. Mais la clé demeure l’esprit critique.
Dans un monde saturé de promesses numériques, apprendre à douter devient un acte de protection.
Car derrière les miracles en ligne se cachent, bien souvent, des dangers bien réels.
A.M

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