Le Théâtre régional d’Annaba est entré, mercredi soir à Alger, en compétition du 18e Festival national du théâtre professionnel (Fntp), avec la pièce « Bibliomania » (Bibliomanie) un spectacle réaliste qui met en garde contre toute forme d’exagération dans la lecture des livres, entrainant l’aliénation et l’isolement.
Mis en scène par Fakhreddine Lounis, sur un texte de Souad Khelfaoui, et un traitement dramaturgique de Hichem Bousehla, le spectacle met en scène des personnages dont la passion exagérée pour les livres, devient une forme de folie, entrainant l’isolement de la réalité sociale.
Dès l’entame du spectacle, les personnages investis dans un antagonisme apparent, ont été brillamment servi par Mouna Bensoltane (Asmaa), Amina Bouyoune (Lina), Hadjer Kermit (Amina) et Ahmed Sofiane Hamissi (Salim), qui se sont donné la réplique autour de Sofia, personnage principal rendu par Fariza Chemakh et la relation obsessionnelle qu’elle entretient avec les livres, s’enfermant des journées entières dans ses interminables lectures.
S’embarquant avec passion dans la trame des différentes histoires qu’elle parcourt, Sofia se retrouve inconsciemment contrainte de gérer des relations fusionnelles avec les personnages qu’elle rencontre, se privant ainsi du monde extérieur pouvant lui offrir une vie équilibrée et une meilleure adhésion à la réalité sociale.
La scénographie, œuvre de Fakhreddine Lounis, a consisté en un « repère spatial » réduit symbolisant l’enferment, avec un décor minimaliste suggérant des piles d’ouvrages et de feuilles de papier jonchant le sol, un désordre visuel symptôme d’isolement et de basculement vers un mode de vie désordonné.
L’ambiance lugubre créée par un éclairage sombre et la bande son de Soufi Abdelkader, en partie basée sur une version réarrangée de la célèbre chanson « Ya el warka » du Cheikh El Hachemi Guerrouabi (1938-2006), ont renforcé la thématique et les atmosphères de la trame, empreinte d’angoisse, d’incertitude et d’anxiété, conséquence d’un enfermement dû à une passion abusive du livre.
Les comédiens ont réussi à porter la densité du texte, occupant tous les espaces de la scène dans des échanges ascendants et soutenus, un moyen que le metteur en scène a délibérément choisi pour alerter contre tout abus, par le livre et la lecture fût-il.
Dédiée au comédien, dramaturge et metteur en scène Abdellah Hamlaoui, la 18ème édition du FNTP se poursuit jusqu’au 1 er janvier 2026 sous l’intitulé « Le théâtre réduit les distances », avec au programme, 18 pièces en compétition et 8 autres en off, en plus de conférences, master classes et spectacles de rue.
