Dans un contexte international marqué par la multiplication des foyers de tension et l’aggravation de crises aux lourdes conséquences humaines et sécuritaires, l’Algérie a réaffirmé, depuis la tribune du Conseil de sécurité des Nations unies, une position constante et cohérente en faveur du règlement pacifique des conflits, du respect strict de la souveraineté des États et du rejet des ingérences étrangères.
À travers deux interventions majeures, l’une consacrée à la situation dramatique au Soudan dans le cadre du groupe A3+, l’autre portant sur les développements préoccupants dans la région des Caraïbes, la diplomatie algérienne a défendu une vision fondée sur le dialogue inclusif, la responsabilité internationale et la primauté du droit international.
Le Soudan au cœur des préoccupations du groupe A3+
Face à l’enlisement d’un conflit meurtrier au Soudan et à la dégradation continue d’une situation humanitaire déjà qualifiée de catastrophique, le groupe A3+ au Conseil de sécurité, composé de l’Algérie, de la Somalie, de la Sierra Leone, avec le Guyana, a lancé un appel solennel en faveur d’un dialogue politique inclusif, considéré comme la seule voie crédible susceptible de déboucher sur une solution durable et véritablement portée par les Soudanais eux-mêmes.
S’exprimant au nom du groupe lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation au Soudan, le représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, l’ambassadeur Amar Bendjama, a clairement souligné les limites, voire l’impasse, de la logique militaire.
Selon lui, aucune solution pérenne ne peut émerger de la poursuite des hostilités, tant les conséquences humaines, politiques et institutionnelles du conflit sont profondes et destructrices.
« La solution au conflit ne peut être trouvée par la force.
Seuls un dialogue inclusif et une véritable négociation peuvent mener à une solution durable, une solution menée et prise en charge par les Soudanais, avec l’appui de la communauté internationale », a déclaré le diplomate algérien, rappelant ainsi l’attachement du groupe A3+ au principe de l’appropriation nationale des processus de paix.
Une médiation internationale respectueuse de la souveraineté
Dans cette perspective, l’Algérie et ses partenaires du groupe A3+ ont insisté sur la nécessité de créer un espace crédible pour la diplomatie et la médiation internationales, tout en veillant scrupuleusement au respect de la souveraineté nationale, de l’unité et de l’intégrité territoriale du Soudan.
Pour le groupe, toute issue politique crédible doit impérativement conduire à l’établissement d’un gouvernement unique et légitime, en mesure de restaurer l’autorité de l’État, de reconstruire les institutions et de répondre aux aspirations profondes du peuple soudanais.
L’ambassadeur Bendjama a également plaidé pour une meilleure coordination des efforts internationaux, afin d’éviter la dispersion des initiatives et les approches concurrentes.
À ce titre, il a souligné l’importance de préserver le rôle central de l’Union africaine et des Nations unies, considérées comme des cadres légitimes et complémentaires pour accompagner le processus politique.
Le diplomate algérien a par ailleurs appelé à capitaliser sur les acquis du processus de Djeddah, invitant l’ensemble des parties soudanaises à s’y engager de manière constructive.
Selon lui, ce cadre peut constituer une base pertinente pour parvenir à un cessez-le-feu effectif et jeter les fondements d’un processus de paix national crédible, inclusif et durable.
Une situation humanitaire alarmante
Sur le terrain humanitaire, le constat dressé par le groupe A3+ est particulièrement sombre.
Les membres du groupe se sont dits profondément consternés par les atrocités signalées dans plusieurs régions du pays, notamment au Kordofan, où des informations concordantes font état d’attaques de drones ayant visé des infrastructures civiles, y compris des hôpitaux et des jardins d’enfants.
Ces violences viennent s’ajouter aux drames déjà vécus au Darfour, aggravant une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent.
Pour le groupe A3+, la réponse humanitaire doit demeurer une priorité absolue du Conseil de sécurité.
Tout en saluant les efforts déployés par le gouvernement soudanais, l’Algérie et ses partenaires ont appelé à leur renforcement urgent, face à l’augmentation vertigineuse des besoins humanitaires, directement liée à l’intensification des combats et aux déplacements massifs de populations.
Lutter contre l’impunité et protéger les Casques bleus
Au-delà de l’urgence humanitaire, l’ambassadeur Amar Bendjama a mis l’accent sur la nécessité impérieuse de lutter contre l’impunité.
Il a rappelé que les massacres perpétrés dans plusieurs localités, notamment à El-Fasher, Al-Geneina, dans le camp de Zamzam, à Wad Madani et dans la région du Kordofan, ne sauraient rester sans réponse.
Les Forces de soutien rapide (FSR) ont été particulièrement mises en cause dans ces exactions.
« Il est impératif de demander des comptes en utilisant tous les outils à la disposition de la communauté internationale et du Conseil de sécurité, y compris les sanctions, les enquêtes internationales et d’éventuelles poursuites judiciaires », a-t-il martelé, soulignant l’importance de la justice comme pilier de toute paix durable.
Dans le même registre, le groupe A3+ a condamné avec la plus grande fermeté la récente attaque de drone contre une base de la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abiyé (FISNUA), à Kadugli, qui a coûté la vie à six Casques bleus bangladais.
Il a renouvelé son appel à l’ouverture d’une enquête approfondie afin d’identifier les responsables et de prévenir toute répétition de telles attaques contre le personnel onusien.
Dénonciation des ingérences étrangères
Un message clair a également été adressé à la communauté internationale concernant les ingérences extérieures dans le conflit soudanais.
Le groupe A3+ a dénoncé sans ambiguïté la fourniture d’armes, de drones et de mercenaires, estimant que ces pratiques contribuent directement à la prolongation du conflit et à l’aggravation des souffrances du peuple soudanais.
« Ceux qui permettent le massacre du peuple soudanais par la fourniture d’armes, de drones et de mercenaires doivent être tenus pour responsables », a déclaré l’ambassadeur Bendjama, appelant à une condamnation publique et sans équivoque de ces agissements.
Les Caraïbes : éviter l’escalade et préserver une zone de paix
Dans une autre intervention devant le Conseil de sécurité, l’Algérie a exprimé sa « profonde préoccupation » face aux récents développements dans la région des Caraïbes, notamment les informations faisant état d’actions ciblant des pétroliers vénézuéliens.
Selon Alger, ces actes risquent d’aggraver les tensions dans un contexte régional déjà fragile et d’ouvrir la voie à une escalade aux conséquences imprévisibles.
« L’Algérie suit de près les récents développements dans la région des Caraïbes avec une profonde préoccupation », a déclaré Amar Bendjama, soulignant que ces évolutions soulèvent de sérieuses questions en matière de paix et de sécurité internationales.
L’Algérie a insisté sur l’impératif d’éviter toute action susceptible de mener vers une confrontation, appelant l’ensemble des parties à faire preuve de retenue et de responsabilité.
Dans ce cadre, le diplomate algérien a rappelé l’importance du respect de la Charte des Nations unies, qui consacre des principes fondamentaux tels que l’égalité souveraine des États, l’autodétermination des peuples, l’intégrité territoriale, la non-ingérence dans les affaires internes et le règlement pacifique des différends.
La diplomatie comme seule voie viable
Pour Alger, le dialogue et la diplomatie demeurent les meilleures, voire les seules voies capables de résoudre les désaccords et de préserver la paix et la stabilité dans la région des Caraïbes.
L’Algérie a également rappelé l’importance de maintenir l’Amérique latine et les Caraïbes comme une zone de paix, conformément à la proclamation adoptée par les États de la région il y a onze ans.
Dans cette optique, elle a encouragé les organisations régionales d’Amérique latine et des Caraïbes à jouer un rôle constructif afin de créer un environnement propice au dialogue et aux efforts de médiation.
Par ailleurs, l’Algérie a souligné que des défis communs, tels que le trafic de drogue et le crime organisé transnational, nécessitent une coopération internationale fondée sur le respect mutuel et la solidarité, et non sur des logiques de confrontation ou de polarisation.
Une ligne diplomatique constante
À travers ces deux prises de position, l’Algérie réaffirme une ligne diplomatique constante, fondée sur le rejet de la force comme instrument de règlement des différends, la défense du multilatéralisme et la promotion de solutions politiques inclusives.
« L’histoire a démontré de manière répétée que la guerre et l’intervention militaire ne menaient pas à une paix durable.
La seule voie viable est celle de la diplomatie, de la coopération et du respect du droit international », a conclu l’ambassadeur Amar Bendjama.
Dans un monde en quête de repères et de solutions face à des crises de plus en plus complexes, la voix de l’Algérie, au sein du Conseil de sécurité, se veut celle de la raison, du dialogue et de la responsabilité collective, au service de la paix et de la stabilité internationales.
A.M
