Il y a près de sept ans, un séisme politique d’une ampleur inédite a traversé l’Algérie, propulsant des millions de citoyens dans la rue, hors de toute tutelle partisane ou idéologique.
Le Hirak s’est imposé comme un événement fondateur dans l’histoire de l’Algérie indépendante, révélant une société en éveil, consciente de ses droits, de ses libertés et de ses responsabilités.
Une société qui, par son civisme et sa maturité, a démontré une capacité rare à exprimer le changement sans basculer dans le chaos.
Les Algériennes et les Algériens sont sortis de cette séquence historique plus unis, plus lucides et profondément transformés.
Mais dans le même temps, le Hirak a mis à nu une réalité longtemps occultée : la disqualification d’une large partie de la classe politique, pouvoir et opposition confondus.
Les partis, censés incarner la représentation populaire, ont été dépassés par une dynamique citoyenne qui ne se reconnaissait plus en eux.
Dès lors, une question fondamentale, presque existentielle, s’est imposée à la société algérienne : sur quelle base politique l’État peut-il exercer sa gouvernance lorsque les institutions élues et les formations partisanes peinent à incarner la diversité et les aspirations de la collectivité nationale ? Si la légitimité issue des urnes est fragilisée, quelle autre source de légitimité peut garantir la continuité de l’État et la cohésion nationale ? Face à ce vide, une réponse s’est imposée, presque naturellement : le recours à une légitimité révolutionnaire renouvelée.
Ce socle historique, partagé par l’ensemble des composantes sociales et politiques du pays, a permis à l’Algérie de rester debout, forte et unie dans un contexte régional et international instable.
Il constitue indéniablement un rempart contre les tentatives de division, notamment celles fomentées de l’extérieur.
Cependant, aussi puissant soit-il sur le plan symbolique, ce legs ne peut à lui seul constituer un mode de gouvernance durable.
La conscience de ce déficit de représentation est largement partagée.
Mais la véritable interrogation demeure : les acteurs politiques, institutionnels et sociaux sont-ils prêts à engager une réflexion sincère et profonde pour imaginer un nouveau modèle d’organisation politique, capable d’assurer une gouvernance rationnelle, efficace et armée pour faire face aux crises ? Force est de constater que nombre de partis persistent à vouloir ressusciter les schémas d’avant le Hirak, sans réelle remise en question de leur utilité ou de leur crédibilité.
De son côté, l’État demeure vigilant, craignant qu’une liberté instrumentalisée de l’extérieur ne fragilise l’unité nationale.
D’où la mise en avant de concepts tels que la démocratie responsable et le front interne, notions légitimes, mais qui appellent à une traduction concrète sur le terrain.
Avec qui gouverner ? Comment associer les citoyens ? Et dans quel objectif ? Ces interrogations centrales ne sauraient trouver réponse ni dans le huis clos institutionnel, ni dans les cercles partisans traditionnels, encore moins dans l’expertise technocratique exclusive.
La solution ne peut qu’émaner de la société elle-même, dans toute sa diversité.
Si les Algériens ont su inventer le Hirak, ils disposent sans doute encore de la capacité d’imaginer un modèle de gouvernance renouvelé, fondé sur l’inclusion, la responsabilité et la participation.
Le mot-clé, celui qui conditionne toute avancée durable, est sans équivoque : la confiance.
Sans elle, aucune réforme ne peut prospérer.
Avec elle, tout devient possible.
A.M
